
Il n’aura finalement fallu qu’un an à GORE. pour compléter une histoire commencée avec If You Do Not Fear Me…. Mais si le premier EP du quatuor texan se distinguait par son approche particulièrement sombre et agressive, cette seconde partie prend une direction sensiblement différente. Avec …Then You Cannot Love Me, la formation dévoile une facette plus mélodique, parfois même étonnamment accessible, sans pour autant renoncer à ce qui faisait sa singularité. Sept titres pour explorer les contradictions humaines, mais aussi affirmer une identité musicale qui ne demande qu’à s’émanciper des étiquettes.
Une identité qui prend de l’ampleur
Chez GORE., la puissance ne se mesure pas uniquement au nombre de riffs envoyés à pleine vitesse. C’est même tout l’intérêt de ce nouvel EP : comprendre que la formation possède d’autres arguments que son efficacité metalcore. Dès les premières minutes, le groupe joue sur les nuances, laissant davantage respirer ses compositions et accordant une place importante aux arrangements mélodiques. Les guitares restent imposantes, mais ne monopolisent plus systématiquement l’attention. Les textures électroniques et les variations vocales viennent enrichir des morceaux qui gagnent ainsi en profondeur.
Cette évolution repose en grande partie sur Haley Roughton. La chanteuse possède une palette suffisamment large pour passer d’un chant clair particulièrement aérien à des passages beaucoup plus abrasifs. Surtout, elle ne donne jamais l’impression de simplement juxtaposer deux registres pour répondre aux attentes du genre. Ses changements de tonalité participent véritablement à la construction des morceaux. Là où certains groupes utilisent les refrains mélodiques comme une simple porte de sortie après une déferlante de screams, GORE. leur accorde ici une place centrale.
« What You Paid For » donne immédiatement le ton avec ses riffs entraînants et ses couplets plus délicats. Une entrée en matière qui contraste avec l’approche frontale de « Lead Me To The Slaughter », dont le refrain particulièrement accrocheur rappelle que le groupe n’a rien perdu de son sens de l’efficacité. Les deux compositions illustrent parfaitement cette nouvelle orientation : conserver une base metalcore solide, tout en laissant davantage de place à la mélodie.
La démarche n’est pas sans rappeler certaines formations de la nouvelle scène metal alternatif, notamment Spiritbox, dans cette manière de faire cohabiter chant aérien et passages particulièrement lourds. Mais GORE. ne cherche pas simplement à reproduire une recette qui fonctionne. Le quatuor semble surtout vouloir trouver le terrain sur lequel ses différentes influences peuvent enfin cohabiter naturellement.
Le goût des contrastes
C’est finalement dans cette recherche d’équilibre que …Then You Cannot Love Me se montre le plus intéressant. Le groupe ne cherche pas à impressionner à tout prix et se permet quelques détours qui auraient probablement semblé moins évidents sur son précédent EP. « Crucified » en est le meilleur exemple. Porté par une ligne de basse particulièrement groovy signée Devin Birchfield, le morceau développe une approche plus sensuelle, presque dansante par moments. Les arrangements électroniques accompagnent cette évolution sans étouffer les guitares, tandis que la montée en puissance progressive apporte une véritable dynamique à la composition.
Le titre aborde également l’une des thématiques centrales du projet : cette fascination pour quelqu’un dont on connaît pourtant les intentions destructrices. Une attraction aussi douloureuse qu’irrésistible, qui finit par brouiller les frontières entre désir et souffrance. Le propos colle parfaitement à l’atmosphère du morceau, dont le groove presque séducteur contraste avec la lourdeur de certaines séquences.
Cette volonté de jouer avec les oppositions se retrouve dans « Walk On Water ». Plus proche des codes habituels du metalcore, le titre alterne passages mélodiques et changements rythmiques particulièrement efficaces. Les changements de rythme marqués donnent notamment du relief à l’ensemble, tandis que Haley Roughton passe avec une aisance déconcertante d’une interprétation fragile à une performance beaucoup plus puissante. Le morceau aurait toutefois gagné à pousser encore davantage certaines de ses idées, tant ses différentes séquences laissent entrevoir un potentiel intéressant.
Sur le fond, cette dualité dépasse largement les questions de composition. Les deux EP ont été imaginés comme les parties complémentaires d’une même histoire. Le premier privilégiait une approche plus cynique et menaçante, tandis que ce nouvel EP se veut davantage tourné vers l’acceptation. Les sentiments irréconciliables, les rapports de domination et les blessures laissées par les relations toxiques constituent le fil conducteur de l’ensemble. Une réflexion qui trouve un écho particulier dans le titre même du projet, dont les deux parties mises bout à bout forment une phrase volontairement inconfortable : « If You Do Not Fear Me… Then You Cannot Love Me« .
Une idée forte, qui donne une véritable cohérence à cette double sortie et évite à GORE. de simplement proposer une collection de morceaux supplémentaires.
Loin de la déferlante, mais pas de l’intensité
La dernière partie de l’EP confirme cette envie de sortir des sentiers battus. « Hallowed Ground » privilégie une approche plus atmosphérique, avec une interprétation particulièrement aérienne de Haley Roughton. Le morceau prend progressivement de l’ampleur sans céder à la facilité d’une ballade conventionnelle. La formation conserve une certaine tension, mais accepte de laisser ses compositions respirer. Une direction qui lui réussit particulièrement bien.
Mais c’est surtout « Alone », choisi pour refermer l’EP, qui témoigne de cette volonté d’élargissement. Là où l’on pourrait s’attendre à une ultime démonstration de puissance, GORE. prend le contrepied et s’aventure sur un terrain beaucoup plus proche de la power pop. Les premières minutes accordent une place prépondérante aux voix et aux rythmiques, les guitares arrivant progressivement dans un registre moins frontal. Le résultat est surprenant, mais loin d’être anecdotique. Cette conclusion permet au groupe de dévoiler une facette moins attendue et donne un aperçu assez clair de ses ambitions pour la suite.
C’est aussi ce qui rend l’écoute de …Then You Cannot Love Me particulièrement intéressante. GORE. ne cherche pas à cocher toutes les cases du metalcore moderne. La formation préfère expérimenter, quitte à prendre quelques risques et à s’éloigner ponctuellement de son terrain de jeu habituel. Tout n’est pas parfaitement maîtrisé, certaines transitions manquent encore de naturel et plusieurs compositions reposent sur des structures assez familières. Mais cette envie de mouvement mérite d’être soulignée.
Au final, ce second volet fonctionne surtout comme une déclaration d’intention. GORE. possède déjà une chanteuse capable de porter des compositions ambitieuses et une identité suffisamment solide pour envisager de nouvelles directions. Il lui reste désormais à transformer ces belles promesses en une proposition encore plus personnelle.
Avec …Then You Cannot Love Me, le quatuor texan franchit un cap intéressant. Moins immédiatement brutal que son prédécesseur, mais plus ouvert dans ses arrangements, cet EP démontre que GORE. a bien davantage à offrir qu’une simple succession de riffs et de refrains accrocheurs. Une évolution qui ne convaincra peut-être pas les amateurs de sa facette la plus agressive, mais qui donne surtout envie de découvrir jusqu’où le groupe compte pousser cette nouvelle liberté.
Informations
Label : Spinefarm Records
Date de sortie : 09/10/2026
Site web : www.goretheband.com
Notre sélection
- Lead Me To The Slaughter
- Crucified
- Alone
Note RUL
4/5





