Treize années d’activité et un quatrième album studio pour les Parisiens/Soissonnais de Pærish, trois ans après la sortie de You’re In Both Dreams (And You’re Scared), un disque bien accueilli par la critique, en France comme outre-Atlantique. Il faut dire que les quatre amis puisent depuis leurs débuts une grande partie de leurs inspirations dans le cinéma et le rock alternatif américain, avec un goût prononcé pour les guitares chargées d’émotions.
Écrit dans le contexte particulier de la période COVID, le précédent album baignait dans une mélancolie presque cotonneuse. Avec RITA, le groupe change de braquet. Après plusieurs tournées, l’envie de composer des morceaux plus rapides, capables de faire sauter les foules, s’est imposée. L’objectif est clair : retrouver l’urgence des débuts sans sacrifier cette identité shoegaze qui fait toute l’essence de Pærish. Le résultat est plus brut, plus nerveux, en restant toujours aussi habité.
Derrière les manettes, Will Yip, collaborateur de longue date du groupe et figure incontournable du rock indépendant américain, n’est pas étranger à cette efficacité. Lui qui a notamment travaillé avec Turnstile, Code Orange et Title Fight accompagne une nouvelle fois le quatuor dans cette recherche d’un son massif, où les murs de guitares n’étouffent jamais les mélodies.
Des guitares qui cognent, des mélodies qui envoûtent
Le ton est donné dès l’ouverture avec “Prince Of Darkness”, sur lequel Loïc Fouquet, dernier arrivé au sein du groupe, matraque ses fûts, enveloppé par des guitares atmosphériques et le timbre toujours envoûtant de Mathias Court. Une voix maîtrisée de bout en bout, capable de conserver sa limpidité au milieu du déluge sonore, mais aussi de gagner en intensité lorsque la tension monte.
Cette dualité entre rythme soutenu et mélodies accrocheuses se retrouve sur “Vapor Cloud”, “What You Want” ou “Wait For Dark”, qui nous roule dessus sans jamais nous laisser sur le bas-côté. Les riffs sont incisifs, les rythmiques galopent et les refrains s’impriment durablement. Pourtant, pas question de sacrifier les nappes vaporeuses : les guitares s’entremêlent, se brouillent et s’étirent dans une épaisseur sonore absolument jouissive. Le shoegaze n’est pas ici un simple vernis, mais une matière vivante qui donne au disque toute sa profondeur.
Les influences emo et grunge restent également bien présentes, notamment sur “Heal”, “Strawberry” et “Crashing In Circles”, où la puissance des guitares se conjugue à une sensibilité mélodique à fleur de peau. Et lorsque “Always Assuming” déploie ses presque sept minutes, Pærish s’autorise une parenthèse plus ample, presque cinématographique, sans rompre le fil émotionnel de l’album. Une manière de rappeler que derrière cette nouvelle urgence, le groupe n’a rien perdu de son goût pour les atmosphères et les constructions qui prennent leur temps.
Car RITA ne parle pas seulement de faire du bruit. À travers les souvenirs d’enfance, la nostalgie et la peur de voir s’éteindre la flamme créative avec les années, Mathias Court convoque cette spontanéité adolescente qui lui a donné envie de devenir musicien. Un disque finalement traversé par un joli paradoxe : regarder dans le rétroviseur pour mieux foncer vers l’avant.
Un groupe encore trop discret dans l’Hexagone
Malgré ses années d’existence et une fanbase qui s’étend jusqu’aux États-Unis, Pærish reste encore relativement méconnu en France. Le groupe a davantage tourné à l’étranger, partageant notamment la scène avec Movements et Tigers Jaw, tandis que des auditeurs de Chicago, New York ou Los Angeles connaissent déjà ses chansons. Une situation que les musiciens expliquent aussi par leur positionnement : chanter en anglais et naviguer entre plusieurs courants du rock alternatif ne facilite pas toujours l’identification dans un paysage français où les étiquettes ont la vie dure.
Cette difficulté à trouver une place bien définie est pourtant aussi une force. Entre emo, grunge, shoegaze et rock alternatif, Pærish refuse de se laisser enfermer. Et avec RITA, le groupe dispose peut-être de son disque le plus immédiat pour convaincre au-delà de son cercle d’initiés. L’énergie est là, les refrains aussi, et la production donne à chaque morceau une véritable dimension live.
Sainte Rita est la patronne des causes désespérées et impossibles. Mais Pærish prend ici le contre-pied de cette réputation avec un album qui ouvre grand le champ des possibles. Plus nerveux, plus direct et toujours aussi envoûtant, RITA coche toutes les cases d’un disque qui donne envie de pousser les amplis et de se retrouver dans la fosse. Reste désormais à faire découvrir cette déferlante au public français : sur scène, le quatuor a de sérieux arguments pour sortir de l’ombre.
Informations
Label : SideOneDummy / Banshies
Date de sortie : 16/10/2026
Site web : www.paerish.net
Notre sélection
- Wait For Dark
- Prince Of Darkness
- Vapor Cloud
Note RUL
4,5/5







