Après l’excellent Dead Club City et son audacieux virage pop, Nothing But Thieves choisit de regarder dans le rétroviseur. Enregistré dans le studio qui a vu le groupe faire ses premiers pas, le cinquième album, Stray Dogs, promet un retour à l’essentiel. Mais qu’en est-il vraiment à l’écoute ?
Retrouver l’urgence des débuts
En ouverture, Stray Dogs donne le sentiment que Nothing But Thieves a voulu s’éloigner des ambitions conceptuelles de Dead Club City pour retrouver quelque chose de plus instinctif plus . La combinaison du morceau-titre et de “Testosterone” fonctionne particulièrement bien, installant une dynamique efficace entre tension et énergie brute. Le groupe y retrouve ce mélange de fragilité et d’intensité qui a longtemps constitué sa marque de fabrique. Des titres comme “AI.Jesus” figurent également parmi les réussites du disque. À l’inverse, les passages plus contemplatifs et “doux” peinent parfois à s’intégrer pleinement à l’ensemble, même si “Death In The Backseat” tire son épingle du jeu grâce à sa basse entraînante et son rythme plus entraînant.
Cette volonté de revenir à l’essentiel se reflète aussi dans les thèmes abordés. Là où son prédécesseur observait une société anesthésiée par le divertissement, Stray Dogs apparaît plus introspectif. Les textes évoquent l’identité, le besoin d’appartenance, les relations qui marquent durablement et cette quête de bonheur souvent insaisissable. À ce titre, “A Different Kind Of Happiness” fait partie des moments les plus marquants du disque, tout comme “American Confidence”, dont l’efficacité immédiate pousse à la réécoute presqu’en boucle. Plus personnel et souvent plus profond, l’album gagne en substance ce qu’il perd parfois en cohérence.
Un parcours plus irrégulier qu’attendu
Malheureusement, ce retour aux sources n’est pas totalement maîtrisé. Passé un excellent démarrage, l’album peine à maintenir son élan et donne parfois une impression de dispersion. La présence de “(Archive 76)”, courte interlude d’une trentaine de secondes placée en cœur du disque, interroge sur son intérêt et sa pertinence dans l’ensemble.
Cette sensation de flottement provient aussi de certains choix de production. Connor Mason, dont la voix constitue indéniablement l’un des atouts principaux du groupe, semble parfois relégué au second plan derrière des arrangements instrumentaux plus envahissants. Un constat d’autant plus frustrant que le chanteur ne se lâche jamais totalement. On aurait aimé l’entendre prendre davantage de risques et exploiter pleinement l’étendue de son registre émotionnel.
Tout n’est cependant pas à remettre en cause. “I Needed You Then, I Need You Now” illustre parfaitement la capacité du groupe à surprendre. Les effets appliqués à la voix de Connor (voix plus grave et peut-être légèrement plus lente) déconcertent lors des premières écoutes, avant de révéler leur véritable intérêt : renforcer l’atmosphère mélancolique et presque flottante du morceau. Mais il est certain que ce choix ne va plaire à tout le monde. “#5”, cinquième morceau du cinquième disque du groupe, elle sonne comme un moment de lucidité et de bilan, ajoutant une dimension méta particulièrement intéressante à l’ensemble.
Avec Stray Dogs, le quintette britannique livre un album sincère et plus personnel que son prédécesseur. Porté par des textes particulièrement inspirés et quelques morceaux marquants, il souffre néanmoins d’un manque de cohésion et de choix de production parfois frustrants. Ce retour aux sources séduit par moments, sans toutefois permettre au groupe d’atteindre les sommets auxquels il nous a habitués.
Informations
Label : Sony Music
Date de sortie : 25/09/2026
Site web : www.nbthieves.com
Notre sélection
- American Confidence
- Stray Dogs
- Death In The Backseat
Note RUL
3,5/5







