Tany Razana
The Dizzy Brains

Par Jérémy Séjourné le 23 octobre 2018

Faisons tout d'abord les présentations si The Dizzy Brains vous était encore inconnu jusque-là : A votre gauche, Madagascar. Terre brûlée où règnent en maître la corruption, la violence et un niveau de pauvreté maximal. A votre droite, des soldats du rock n'roll, armés de leur seule musique pour dénoncer dans un fracas assourdissant, tous les maux de leur patrie chérie. Leur premier album, "Out Of The Cage" avait permis aux Malgaches de se faire joliment remarquer lors de passages live sentant à chaque fois la poudre dans différents festivals et l'authenticité qu'ils dégagent plaça de nombreux espoirs quant à leurs futures offrandes.


Ce jour est arrivé et le moins que l'on puisse dire c'est que ce groupe a des bagages lourds à porter et les treize titres que renferment ce "Tany Razana", autant de pavés à jeter à la face du monde. La pochette l'annonce d'emblée, c'est en territoire hostile que vous vous engagez et cette manifestation en quête de droits légitimes ayant mal tournée, provoquant la mort de deux opposants par une police dépassée est l'un des tristes faits nourrissant la hargne de leurs compatriotes musiciens.


C'est dans un style garage punk aux relents blues que les frères Eddy et Mahefa Andrianarisoa au chant et à la basse, Poun à la guitare et Mirana à la batterie ont décidé de s'exprimer dans un mélange des genres du plus bel effet. Car si l'on garde forcément à l'esprit les tristes ambitions qui animent le combo, on ne peut que rester admiratif devant un étalage si brillant et bruyant de leur jeu. L'ambiance live qui règne ici est palpable et les levées de poings en concert risquent d'être légion.


Littéralement habités, les révoltés dégainent tour à tour, riffs à la "Antisocial" comme sur "Dirty Land", soli impressionnants (particulièrement le final de "Man Of Situation" et le pont de "Fat Man") et basse ronde et galopante sur "Weekend" mais ultra présente dans le mixage global, ce qui donne un vrai plus à la section rythmique endiablée tout du long. Le chant d'Eddy est quant à lui authentique. Passant de l'écorché vif sur la pesante "I Wanna Die" (écrite par son frère diagnostiqué un temps d'une grave maladie) à un style plus classieux à la Iggy Pop sur "Give Me Some Love" (ou l'incarnation parfaite de "faites l'amour, pas la guerre"). Les émotions transmises sont palpables et le timbre nasillard qu'il adopte rappellerait presque celui de Ray Davies des Kinks mais encore plus "vénère"... c'est dire !


Si les musiciens confessent en concert s'en être sortis et clamer que non, Madagascar ce n'est pas qu'un dessin animé, il y a dans leur musique un véritable goût de révolte, qui au delà de leurs contrées, se doit de connaître le même écho, partout où la misère subsiste. Un disque comme celui-ci est à apprécier pour sa mise en oeuvre absolument magistrale, tant dans l'interprétation que dans la retranscription des faits décrits. "Tany Razana" est un joyau à classer parmi les meilleurs albums du genre. Yes Sir!

Informations

Notre sélection

  • Fat Man
  • Dirty Land
  • I Wanna Die

Note RUL

4 / 5

Ecouter l'album

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