
Ce samedi 3 octobre à l’Élysée Montmartre, Ben Gibbard et ses acolytes sont de retour à Paris pour défendre I Built You A Tower, leur onzième album studio. Pour cette date affichant complet, Death Cab For Cutie a convié les Floridiens de Pool Kids pour assurer une première partie aussi discrète qu’efficace.
Pool Kids
C’est devant une salle encore loin d’être comble que POOL KIDS investit la scène de l’Élysée Montmartre. Chargé d’ouvrir la soirée, le quatuor floridien profite de ce court créneau pour défendre un répertoire aussi technique qu’émotionnel. Ici, pas de mise en scène sophistiquée ni de jeux de lumière particulièrement travaillés : une simple lumière bleutée habille la scène. Pour autant, l’absence d’artifices passe au second plan. Porté par une énergie aussi sincère que communicative, le groupe impose son univers à la croisée de l’indie rock, et de l’emo rock. Les guitares aux lignes mélodiques complexes, les changements de rythme incessants et les montées en intensité captent rapidement l’attention d’un public encore en train de prendre ses marques.
Entre les morceaux, les échanges sont nombreux. Christine Goodwyne comme ses compagnons prennent régulièrement la parole pour exprimer leur plaisir d’être présents ce soir et remercier Death Cab For Cutie de les avoir embarqués sur cette tournée. On apprend d’ailleurs qu’il s’agit de la dernière date européenne des deux groupes, ce qui explique sans doute l’engagement qu’ils mettent dans leur prestation. D’autant que plusieurs proches des musiciens ont fait le déplacement pour l’occasion.
La performance repose en grande partie sur la présence scénique de la chanteuse, dont la voix puissante et l’énergie ne passent pas inaperçues. En seulement sept titres, Pool Kids parvient à convaincre, notamment avec “Easier Said Than Done” et “Talk Too Much”, deux morceaux qui condensent parfaitement l’équilibre entre urgence émotionnelle et efficacité mélodique qui caractérise le groupe. Plus surprenant, entre deux morceaux, la chanteuse n’hésite pas à nous inciter, de manière peu délicate, à faire un saut sur le stand de merch pour les soutenir (espérons pour eux que le message est bien passé).
Après un final intense, le groupe quitte la scène sous les applaudissements d’un public visiblement conquis. Une entrée en matière réussie pour une soirée qui ne fait donc que commencer.
Death Cab For Cutie
Alors que la salle s’est bien remplie durant le set de Pool Kids, les spots bleus laissent place à une lumière orangée qui enveloppe la scène pendant que les équipes techniques préparent les instruments des musiciens américains. Il est 20h30 précises lorsque l’Élysée Montmartre est plongé dans la pénombre. Sur fond d’une instru électro et dans un nuage de fumée, des faisceaux blancs balaient la scène tandis que les membres de DEATH CAB FOR CUTIE prennent place sous les applaudissements d’un public visiblement impatient.
Les premières notes de “Riptides”, issu de leur dernier album, résonnent alors dans la salle. Un choix d’ouverture assez logique pour un morceau qui avance avec retenue et délicatesse. Plutôt qu’un démarrage fracassant, les Américains choisissent de plonger la salle immédiatement dans une atmosphère chaleureuse et contemplative. “Roman Candles” apporte davantage de tension avant que “The New Year” ne provoque les premières véritables réactions de l’auditoire. Véritable classique du groupe, le titre agit presque comme un trait d’union entre les différentes générations de fans présentes ce soir.
Le début du concert est d’ailleurs particulièrement équilibré et rappelle que Death Cab For Cutie n’est pas seulement une machine à nostalgie. La formation continue de défendre avec conviction ses compositions les plus récentes, à l’image de “Punching The Flowers”, ou encore “I Built You a Tower (a)” parfaitement taillées pour la scène. Sans oublier les classiques comme “Black Sun” repris avec ferveur par la salle.
Ben Gibbard prend régulièrement la parole entre les morceau et se plaît à rappeler son attachement à la capitale française : “La dernière fois qu’on est venus, il y a trois ans, il y avait des manifestations partout. Cette fois, on brûle des poubelles. Cette ville est folle, et c’est pour ça qu’on adore venir !“. Une remarque qui amuse fortement le public parisien.
Entre émotion brute et catharsis collective
Au milieu du set, Death Cab For Cutie enchaîne plusieurs de ses morceaux les plus emblématiques. Gibbard délaisse sa guitare pour s’installer au piano le temps de “What Sarah Said”, puis vient l’un des moments les plus attendus de la soirée. Sur “I Will Follow You Into The Dark”, le chanteur se retrouve seul sur scène, simplement accompagné de sa guitare acoustique. Repris en chœur par une grande partie de l’audience, le morceau suspend littéralement le temps pendant quelques minutes. Le contraste est d’autant plus saisissant lorsque débute “I Will Possess Your Heart”. Portée par sa longue introduction instrumentale hypnotique et un jeu de lumières particulièrement réussi, la chanson captive instantanément la salle.
Dans un registre plus mélancolique, “Grapevine Fires” bénéficie d’une scénographie soignée où les jeux de lumière et les volutes de fumée renforcent l’atmosphère du morceau. “Cath…” et “Crooked Teeth” rappellent quant à eux l’excellente qualité d’écriture du groupe et cette capacité, intacte après plus de vingt ans de carrière, à faire cohabiter émotion, mélancolie et efficacité pop.
Une dernière ligne droite imparable
Malgré quelques morceaux moins marquants, la fin du concert apporte une énergie lumineuse avec “You Are A Tourist” avant que “Soul Meets Body” ne vienne conclure le set principal sous une impressionnante ovation. L’attente de l’encore se fait bruyante et enthousiaste, et le public est largement récompensé. Quatre morceaux supplémentaires viennent prolonger cette soirée déjà généreuse. Cette fois, ce sont surtout des titres plus anciens du répertoire qui sont mis à l’honneur. “Marching Bands Of Manhattan” et “Tiny Vessels” replongent l’assemblée dans l’univers des albums Plans et Transatlanticism.
Mais c’est évidemment “Transatlanticism” qui constitue le point culminant du concert. Son crescendo monumental, construit avec patience et précision, rappelle pourquoi il demeure l’un des morceaux les plus marquants de la discographie du groupe. Ben Gibbard arpente alors la scène de long en large, s’approchant régulièrement des premiers rangs pour chanter au plus près du public. Un dernier moment de communion qui achève de conquérir l’Élysée Montmartre.
Death Cab For Cutie a une nouvelle fois démontré qu’il restait au sommet de son art. Alternant avec naturel moments d’intimité et montées en puissance, le groupe a offert une prestation aussi généreuse qu’émouvante. Porté par une setlist bien construite, ce concert parisien a permis de revisiter les différentes facettes de sa carrière tout en rappelant la force intacte de ses compositions. Lorsque les dernières notes de “Transatlanticism” s’éteignent enfin, il ne reste plus qu’une salle conquise, consciente d’avoir partagé une parenthèse rare avec l’un des groupes les plus attachants de sa génération.




























