
Ultra Vomit a investi le Zénith de Paris dans le cadre de la tournée Ultra Vomit Et Les Zéniths De La Puissance (Du Pouvoir). Groupe parodique pour certains, véritable machine metal pour d’autres, les Nantais ont transformé la salle en gigantesque terrain de jeu pendant près de deux heures. Mais n‘y aurait-il pas derrière l’absurde et l’humour potache une véritable démonstration de la puissance du metal ?
Harold Barbe
Avant même que les premières guitares ne retentissent, la soirée débute par une intervention pour le moins inattendue avec l’arrivée sur scène de l’humoriste HAROLD BARBE. Pendant une dizaine de minutes le stand-upper prend en main un Zénith encore en train de se remplir. Avec sa carrure massive et sa barbe imposante qui lui donnent des allures de Viking, il commence par se présenter et raconter son parcours, même si une partie du public semble déjà bien connaître son goût assumé pour les musiques les plus bruyantes. Peu à peu, son intervention glisse vers un humour taillé pour l’audience du soir. Il propose notamment un sketch autour de reprises parodiques de morceaux du groupe Slipknot, affublé d’un masque évoquant vaguement ceux portés par Corey Taylor sur scène. Les mélodies sont détournées avec un sens de l’absurde assumé ponctué de quelques piques politiques, déclenchant les premiers rires de la soirée. Une entrée en matière parfaitement dans l’esprit du programme entre metal et humour décalé, le ton est donné avant même que les amplis ne commencent à gronder.
Lucie Sue
Dans un registre plus classique de première partie, LUCIE SUE prend le relais pour lancer la soirée en musique devant un Zénith déjà bien rempli. Autour de la chanteuse et guitariste qui donne son nom au projet, la formation développe un rock alternatif musclé aux accents très marqués des années 1990, quelque part entre grunge, metal alternatif et énergie punk. Porté par des riffs massifs et une intensité immédiate, le groupe capte rapidement l’attention du public. Impossible de rester totalement immobile face à ces attaques de guitare aussi frontales. Les premiers rangs de la fosse commencent rapidement à s’agiter. Très à l’aise sur scène, Lucie Sue multiplie les interactions et transforme rapidement la salle en véritable terrain de jeu. Elle demande même à l’audience de s’asseoir avant de lancer un saut collectif qui fait bondir toute la fosse, tandis qu’un circle pit se forme quelques instants plus tard. Avec une présence scénique généreuse et une envie manifeste de chauffer la salle, Lucie Sue remplit parfaitement son rôle et prépare le terrain pour la soirée qui s’annonce.
Ultra Vomit
Les lumières s’éteignent enfin et acclamés par l’auditoire ULTRA VOMIT surgit sur scène et lancent immédiatement les hostilités avec “Evier Metal” rapidement suivi de “Le Coq”. Le ton est donné avec des riffs massifs et énergiques qui captent immédiatement les premiers rangs qui partent en pogos instantanés. Après ce début tonitruant, la formation nantaise prend le temps de faire les présentations. Fidèle à sa réputation, Ultra Vomit installe d’emblée une atmosphère de franche camaraderie. Les musiciens discutent avec l’auditoire, notamment le batteur Manard qui en profite pour commencer à faire des blagues, comme s’il retrouvait de vieux amis. Le Zénith répond avec enthousiasme, prêt à suivre le groupe dans toutes ses absurdités.
Une fois les formalités terminées, place à la pédagogie avec “Doigts De Metal”. La chanson, qui se présente comme une véritable leçon sur l’art de faire le célèbre signe des cornes, transforme la salle en une armée parfaitement synchronisée. Des premiers rangs jusqu’au fond de la fosse, des centaines de mains se lèvent en même temps, doigts tendus vers le ciel dans un esprit de communion totale. L’occasion parfaite de prêcher la bonne parole auprès des plus jeunes, nombreux ce soir au Zénith, que ce soit dans les gradins ou perchés sur les épaules de leurs parents au cœur de la fosse.
Immersion totale
Ce mélange permanent entre humour et efficacité musicale est précisément ce qui fait la singularité d’Ultra Vomit. Sur le papier, l’univers du groupe pourrait sembler n’être qu’une succession de blagues potaches et de détournements paillards. Mais sur scène, la réalité est toute autre. Les quatre comparses font preuve d’une maîtrise technique impressionnante et naviguent d’un style à l’autre avec une aisance déconcertante, passant du heavy metal au black metal, jusqu’au death metal, pour ne citer que quelques-uns des terrains de jeu qu’ils explorent au fil de leur discographie. “Toxoplasma Gondii (Felinus Sanctus)” en est l’un des meilleurs exemples. Registre black metal oblige, la voix de Fetus se transforme totalement pour adopter les codes du genre. Cette immersion ne repose d’ailleurs pas uniquement sur la musique. La scénographie participe elle aussi pleinement au spectacle notamment avec les animations projetées en fond de scène qui prolongent l’univers des chansons. Sur “E-tron (digital caca)”, les images évoquent par exemple un film catastrophe apocalyptique où une météorite (faite d’excréments) menace de détruire la planète, ou encore avec “Dead Robot Zombie Cop From Outer Space II” pendant lequel une gigantesque mascotte représentant le fameux robot zombie policier apparaît sur scène, poursuivie par une policière. La scène ressemble presque à un clip qui prendrait vie sous nos yeux.
Le set avance à un rythme effréné, les morceaux d’Ultra Vomit souvent très courts s’enchaînant sans véritable temps mort. Dans ce flot de titres qui défile à toute vitesse, certains classiques sont évidemment attendus au tournant. Impossible par exemple de passer à côté de “Je Collectionne Des Canards (Vivants)”, morceau qui a fait découvrir le groupe à une grande partie du public il y a près de vingt ans, pour les plus anciens d’entre eux. Pour l’occasion, des confettis envahissent la salle et la foule reprend le refrain avec un enthousiasme contagieux. En parlant de vieilles chansons, Ultra Vomit sait aussi faire preuve d’une bonne dose d’autodérision en revenant sur ses débuts avec un medley consacré à l’album Mr. Patate. Avant de lancer la séquence, Fetus nous prévient avec humour que ce premier disque n’était peut-être “pas si bien que ça“. Alors inutile de s’éterniser : “Une Souris Verte”, “Phoned To Death” et “I Like To Vomit” suffiront largement à représenter cette époque !
La soirée réserve également une apparition très inattendue lorsque le titre “Mouss 2 Mass” est interprété avec un invité de choix, Mouss chanteur de Mass Hysteria lui-même. L’accueil du public est immédiat et le morceau, déjà très apprécié sur disque, prend ici une dimension encore plus explosive avec la présence de son interprète studio. Ce n’est d’ailleurs pas le seul guest qui prend place sur la scène du Zénith ce soir car Niko chanteur de Tagada Jones prend place pour chanter “Un Chien Géant” pour le plus grand plaisir des fans.
De l’humour mais pas que
Après une sortie de scène, le rappel est accueilli par des acclamations massives. Ultra Vomit revient pour un final particulièrement intense avec “La Puissance Du Pouvoir”, “Kammthaar” (véritable déflagration dans la fosse) avant de conclure avec “A.N.U.S.” Toutes les lampes de téléphone s’allument alors dans la salle pour accompagner les dernières notes, offrant une conclusion aussi grandiose que décalée.
Le set se termine sur un générique de fin projeté comme au cinéma, ultime clin d’œil à une scénographie particulièrement soignée ce soir. Après près d’une heure quarante-cinq de show et vingt-huit morceaux (dont une grande partie du récent album Le Pouvoir De La Puissance, 2023) Ultra Vomit quitte la scène sous une ovation générale. Au-delà de l’humour et de l’absurde, cette prestation rappelle surtout une chose. Ultra Vomit n’est pas seulement un groupe parodique. Derrière les blagues et les chansons volontairement grotesques se cache une véritable maîtrise musicale et un respect évident pour les groupes dont ils détournent les codes, de Motörhead à Gojira en passant par Rammstein pour ne citer qu’eux. C’est précisément ce mélange qui fonctionne si bien. Le public partage les mêmes références musicales que les Nantais, reconnaît ainsi les clins d’œil à cette discographie commune et en maîtrise les codes. Ultra Vomit est parvenu à créer un univers à part, un lieu où on rit autant qu’on headbang et où le second degré n’empêche jamais la puissance du metal.



































