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TOUCHE AMORE @ Point Ephémère (02/12/13)

C’est donc en ce lundi 2 décembre, pour une date unique, que le post hardcore de Touché Amoré prend place dans le bâtiment dépouillé du Point Ephémère. L’arrangement de la salle, avec sa scène encastrée et ses poteaux apparents, limite la visibilité, mais reste largement accessible. Ce soir, Deathwish nous fait la démonstration de quelques-unes de ses plus belles perles.

La soirée est introduite par les californiens de DAD PUNCHERS. Le groupe de college punk rock, amène des passages instrumentaux hardcore mélodiques bien cousus mais malheureusement largement entravés par un chant à la limite de la justesse et un aspect pop pubère un peu trop mièvre. Bien que la salle ne soit pas encore au plus chaud, le public a l’air pourtant enthousiaste et s’agite sur leurs morceaux, calmes ou mouvementés.

C’est SELF DEFENSE FAMILY qui prend rapidement place sur la scène et sert la claque inattendue de la soirée. Récemment encore baptisé End Of A Year, le groupe de post punk originaire de New York a une essence live estomaquante. La structure des compositions se forme entre chaos et création, laissant des moments calmes pour mieux nous retourner dans l’illumination damnée d’un spoken words aux senteurs prophétiques ménagé par Patrick Kindlon, avec un charisme à la croisée de l’ange déchu et du maître du mal. La guitare rythmique assure sans un cheveu qui dépasse, la gesticule du chanteur est torturée, et toute la formation rajoute un degré de beauté, d’un point de vue scénique. Devant nos yeux apparait un triangle parfait avec, de part et d’autre de Kindlon, les guitares et la basse, symétriquement positionnées, qui virevoltent de droite à gauche et donnent naissance à une danse cérémonielle presque irréelle. Entre deux titres, le chanteur se lance dans des discussions avec le public avec une répartie insatiable, rebondissant à chaque phrase, frôlant les longueurs, pour des spectateurs surtout désireux d’entendre la musique du groupe plus que les envolées nationalistes stéréotypées du frontman.

Avec la sortie de leur troisième album en septembre, “Is Survived By”, qui vient se mêler aux nombreux splits et EPs du groupe, TOUCHE AMORE a de nouveau conquis son public avec un aspect plus pop mais toujours aussi sublime. Quand le groupe de Los Angeles arrive sur scène, le silence s’installe. Pas un mot n’est prononcé, place à l’implosion mélodique. Il ne faut attendre que le deuxième titre pour voir s’épanouir “Is Survived By” avec “Just Exist”, titre d’ouverture de l’opus. Le groupe ne fait pas dans le bavardage, contraste saisissant avec ce qui vient de les précéder, et enchaine les morceaux sans un laps de temps qui les séparent. Tous sont reliés les uns aux autres par un aménagement rythmique et mélodique qui tombe sous le sens. “Non Fiction” apparaitra peut-être amoindri par l’absence de la deuxième voix et les compositions perdent peut être de leur clarté en live, mais elles n’en demeurent pas moins puissantes, au contraire. Jérémy Bolm, dans son attitude introvertie et fiévreuse, prononce ses textes avec les tripes, tout comme le public qui, au milieu des slams, ne peut se retenir de clamer les phrases maladives d'”Honest Sleep”, “Method Act”, “Just Exist” ou encore “Tidle”. Claquement de mains  pour introduire “And Now It’s Happenning In Mine”, l’osmose entre la formation et son public se fait à travers une sincérité émotionnelle et un partage frissonnant. La setlist parcourt le dernier album “Is Survived By”, mais c’est surtout “Parting The Sea Between Darkness And Me”, paru en 2011, qui est mis à l’honneur. Les magnifiques notes harpées de “Tidle”, si courtes et si puissantes,  happées par une précipitation post hardcore, sonnent comme la majesté de leur univers sonore. La musique de Touché Amoré est le résultat de chansons vivantes, à l’intérieur d’un espace poétique envoûtant, un squelette sonore basé sur quelques respirations, quelques moments de calme, de paix, au milieu d’un cahot de percussions  qui nous emporte dans la frénésie des compositions.  Ils le démontrent en offrant une atmosphère céleste et déchirante du split fait avec Piano Become The Teeth, “Gravity Metaphoricaly”. Les titres sont courts et s’enchainent les uns après les autres, donnant l’impression que le concert passe à une vitesse folle et s’arrêtera bien trop tôt. L’effet Touché Amoré est saisissant. On voudrait que jamais cela ne s’arrête, que les morceaux se déroulent encore et encore, pour aspirer à l’infini, miroiter l’éternel, transporté par la beauté musicale de leur hardcore mélodique.

Malgré un début balbutiant avec Dad Puncher, on remercie les crus de Deathwish, Self Denfence Family et Touché Amoré, qui ont assurés un concert qui nous laisse quelque peu bouche bée. La soirée nous aura envoutée dans une éternité limitée et ce grâce à Kongfuzi Booking qui se positionne comme une valeur de confiance.