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THIRTY SECONDS TO MARS @ AccorHotels Arena (14/03/18)

Après avoir écumé presque toutes les salles de la capitale et du pays et avoir déjà tenté sans grand succès de la remplir en 2010, Thirty Seconds To Mars investit l’AccorHotels Arena. Entre tubes fédérateurs et nouveautés, la bande de Jared Leto a teasé son grand retour, quelques semaines avant la sortie de son très attendu nouvel album, prévu pour le 6 avril.

Pour un groupe ayant disparu pendant près de trois ans, l’arène, sans afficher complet, est honorablement remplie. En guise de première partie, des remix de 30STM glissés entre du Beastie Boys et du Kanye West, suivis de pubs projetées sur l’écran géant vantant les mérites des packs VIP et du camp Mars, deux expériences aux prix exorbitants proposées par le groupe. Ce n’est qu’à 21h passé que la minuscule scène prend vie. Sur fond de batterie conquérante, les écrans noirs qui la cachait s’élèvent, dévoilant peu à peu les trois membres de Thirty Seconds To Mars placés en ligne les uns derrière les autres, Jared Leto en tête de file. Les premiers “woh woh” de la soirée résonnent, on décolle sur “Up In The Air”. Drapé dans une sorte de plaid, le leader fait chanter le public, qui reprend en chœur les refrains de “Conquistador” et “Search & Destroy”. Heureusement, car le chanteur cumule problème de micro et qualité de son déplorable, au détriment de ce départ ultra énergique.

 

 

Alors que la mer de poings levés scandant “This Is War” se retire, Jared Leto, délesté de ses lunettes et de sa cape, se fend d’un speech sur la relation spéciale unissant le groupe à ses fans français, qui aurait été touchant s’il n’avait pas été suivi par une incitation à prendre part à un plan marketing peu subtil pendant “Dangerous Night”. Première nouveauté de la soirée, et première surprise : l’arrivée de Marina Kaye, venue prêter sa voix sur le dernier refrain. Un joli clin d’œil à la fois où la jeune chanteuse, encore au début de sa carrière, avait fait la première partie du trio, mais pas vraiment indispensable. Retour aux hymnes fédérateurs avec “Kings And Queens” et “Do Or Die”, qui peinent à décoller. Pourtant, on ne peut pas reprocher au frontman de ne pas faire d’efforts. Bondissant constamment, allant au contact des premiers rangs, multipliant les mercis, “très fucking ouf” et incitations à sauter, le vocaliste n’a de cesse de faire le show pour son public. Dommage qu’il en oublie parfois de chanter. On entend finalement sa jolie voix sur la reprise un poil mélodramatique de “Stay”, puis sur le medley hommage aux regrettés David Bowie, George Michael ou encore Chester Bennington. C’est d’autant plus émouvant quand on se souvient que c’est en ouvrant pour Linkin Park que 30STM a pour la première fois foulé cette scène.

 

 

Derrière Jared Leto, son frère Shannon à la batterie, pourtant habituellement impressionnant, et le guitariste Tomo Milicevic, sont plus discrets. Quant au musicien additionnel, relégué au pied et derrière la scène, difficile de déceler sa présence. Hormis quelques échanges au sein de la fratrie Leto, les musiciens ne communiquent pas. Le leader se retrouve d’ailleurs seul quand sonne l’heure du set acoustique, un medley throwback plutôt frustrant. Réduite en guitare-voix, la sublime “Hurricane” perd de son intérêt. Et si laisser l’assemblée choisir les chansons est attentionné, Jared ne semble se souvenir ni des accords, ni des paroles de “From Yesterday”, “Attack” ou même de “The Kill”, qui sont finalement chantés seulement par l’auditoire. Une foule qui chante, mais qui a rarement été aussi calme pour 30STM. Il faut dire que la multiplication de moments où le chanteur stoppe le concert pour faire monter des gens sur scène ou pour interpeller Emmanuel Macron via Twitter coupe le rythme du show. Si l’aspect participatif a toujours fait partie des concerts de 30STM, les séquences s’étendent si longuement qu’elles font retomber l’ambiance et fracassent l’aura de chef gourou de Jared Leto pour lui donner des airs de G.O. du Club Med.

 

 

Même la surpuissante “Night Of The Hunter” ou la nouvelle “Rider”, manquant de mise en scène, ne parviennent pas à redynamiser la dernière partie du set. Jeux de lumières quasi inexistants, écrans visibles que par les premiers rangs, la scénographie paraît sous-dimensionnée dans l’immensité de l’arène. Il faut attendre le rappel pour retrouver un peu d’entrain. La récente “Walk On Water” est ultra efficace, mais “Closer To The Edge”, autrefois synonyme de chaos, ne parvient pas à retourner la salle, malgré l’invasion d’une trentaine d’élus sur scène et un Jared tournoyant avec le drapeau français.

 

 

Les concerts de 30STM sont en général une expérience à part, où la proximité avec le public, l’esprit de cohésion et le lâcher prise sont rois. Mais ce soir, la magie du trio n’a pas opéré. Malgré une énergie généreuse et des tubes à la pelle, le manque d’échange au sein du groupe, l’omniprésence du marketing, de trop longs moments de flottement et un manque d’évolution empêchent Thirty Seconds to Mars d’embarquer l’AccorHotels Arena sur sa planète. Espérons que l’ajout de nouvelles chansons à la setlist permettra à la formation de retrouver sa vitalité sur ses prochaines dates.

Setlist :

Monolith Intro
Up In The Air
Conquistador
Search & Destroy
This Is War
Dangerous Night
Kings And Queens
Do Or Die
Stay
Purple Rain / Imagine / Heroes / Freedom!’90 / Crawling / Black Hole Sun
Pyres Of Varanasi
Hurricane
From Yesterday / Attack / A Modern Myth / The Kill (Bury Me)
City Of Angels
Vox Populi
Night Of The Hunter
Rider
—-
Walk On Water
Closer To The Edge

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