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THE KOOKS @ Olympia (17/02/15)

La dernière fois que The Kooks investissait une salle parisienne, c’était au Trianon en juin 2014 avec un set parsemé de nouveaux titres inconnus du public. Chansons que nous retrouvions, deux mois plus tard, sur le nouveau disque de la formation, “Listen“, à la texture bien différente que celle des trois premiers essais déjà recensés. Autant vous dire que le prochain événement du quatuor était plus qu’attendu par les fans du groupe qui, mis en haleine l’année dernière, comptaient bien démontrer que, cette fois-ci, il n’y aura plus aucun point noir dans sa discographie. Ce soir donc, la célèbre enseigne située entre l’Opéra de Paris et la Place de la Madeleine sera le temple du rock anglais, avec pour vocation de satisfaire tout le monde. En première ligne à l’Olympia, on pourra apercevoir (une nouvelle fois) Nat Jenkins & The Heart Caves accompagné par Bleachers, qui nous fera l’honneur de sa première date dans la capitale.

20h pétantes marqué par le fameux message du théâtre invitant les personnes présentes à “ne pas fumer, ne pas filmer et à éteindre [son] téléphone portable” et voila déjà les lumières prennent la poudre d’escampette. Non par pour laisser planer le doute d’une coupure de courant mais bien pour préparer l’arrivée du premier set de la soirée. Ainsi, ce n’est autre que NAT JENKINS & THE HEART CAVES qui se lance dans l’arène. Déjà présents lors de l’intriguant Trianon des anglais, les Londoniens, délocalisés à Paris, se donnent à coeur joie sur scène à manifester leur bonheur. Quelques heures après la sortie de leur nouvel EP éponyme, le quintette a également le bon contexte pour manifester sa rock n’roll attitude, avec des titres forts et expéditifs. Une performance de vingt-cinq minutes qui ne laisse, au final, pas assez de nouvelles claires, ni d’informations sur le groupe mais qui s’applaudit de par la confiance des musiciens.

Changement de plateau de dix minutes et c’est au tour du side project d’un artiste qui a fait parler de lui en 2012. Guitariste de fun., Jack Antonoff a débuté sa course sous l’étiquette BLEACHERS officiellement l’année dernière avec le single “I Wanna Get Better”, puis un premier long format, “Strange Desire”. C’est d’ailleurs de ce dernier qu’est inspiré le set du quintuor. En ce mardi soir, pas de reprise de fun. ou de Steel Train prévues, mais bien une mise en avant de l’atmosphère acidulée et colorée du projet. Accompagné par deux (!) batteurs, un pianiste-saxophoniste et un autre multi-instrumentiste, Jack se lance donc dans une mise en scène de sa galette, avec notamment “Wild Heart”, “Shadow”, “Rollercoaster” et le fameux premier single, préféré d’Hayley Williams (Paramore). Lumières rose et maîtrise du public, on se pense presque à un headline des Américains, qui possèdent cette petite chose en plus qui intriguent et procurent un vrai élan de sincérité. “Paris, putain qu’on vous aime” sortira même de la bouche du “key guy”, amusant la galerie par la même occasion. Le grand moment de ce passage reste “I’m Still A Mistery” et son solo de cuivre. On en voudrait encore !

Cette fois-ci, c’est la bonne. Après une demi-heure d’amusement et de musique de fond sans grande logique, accentuée par l’impatience des personnes qui se demandent bien “quand est-ce que ça va commencer”, le gong retentit. Sous des projecteurs d’une rougeur impressionnante, les membres de THE KOOKS se lancent sur la scène qu’ils avaient déjà investi en 2007, après le succès de “Inside In/Inside Out” (2006). En comparaison à la dernière fois où le backdrop réunissait une bâche géante et quelques écrans cathodiques antiques et psychédéliques, la nouvelle folie des Anglais est la présence plus éparpillée de douze écrans (dont un géant), qui se chargeront de l’affaire. D’attaque, le trio, accompagné du musicien live Jack Berkeley, entame d’emblée avec “Around Time” et “See The World”, parfait mélange générationnel. Alors que la première sonne dans un esprit soul et délicat, la seconde réaffirme l’univers rock et entraînant des jeunes de Brighton. On note même une sacrée différence de rythme entre les nouvelles chansons et les classiques, la nouveauté entraînant de la part du groupe une volonté de travail précis. L’atmosphère visuelle que nous proposent les musiciens ce soir est intensément rouge et bleu, en rappel au Trianon qui empruntait les mêmes gammes de l’arc en ciel. Connu à leur début pour leur acoustique, le leadeur de la soirée ne manque pas rapidement de retrouver sa chère et tendre guitare folk pour “Ooh La”. En à peine trois morceaux, le ton de la soirée est assimilé : il y aura assurément de la découverte mais surtout un set de The Kooks qui ne passera pas à côté de ce que l’on aime. Retour à l’électrique avec “It Was London” puis échange d’instrument entre Hugh Harris (guitare) et Peter Denton (basse) pour la trépidante “Bad Habit”. L’ambiance est telle que les premiers échauffourées pointent déjà le bout de son nez avec une embrouille entre un fan dans la fosse et les agents de sécurité. Visiblement non contents du comportement du jeune homme, celui-ci est expulsé violemment, puis sauvé par Pritchard et Harris qui, après avoir arrêté tout activité musicale et réglé la situation, s’exclament, remontés, “cet homme passera la fin du concert en backstage à boire avec nous”. Une belle phrase avant de reprendre logiquement le cours du set à un rythme effréné. Car, en effet, le quintette n’hésite, encore une fois, pas à lier ses récentes mélodies dansantes (“Down”) à des “She Moves In Her Own Way” ou autre “Eddie’s Gun”, jouées fortement sans longues interludes marquant des discussions fumeuses. Autant dire que les Anglais sont sur leur 31 en terme de performance, de musique et d’effets visuels. Outre ces moments difficiles à décrire, d’autres plus intimistes voient également le jour, à l’instar de “Seaside”, “Dreams” ou encore “Tick Of Time”, issu de la seconde galette “Konk” (2008). Un brin fatigué par la chaleur dans la salle et ses prouesses vocales, toujours semblables aux prises studio, Pritchard prend surtout le temps de s’approcher du public et de discuter avec ses camarades. Comme au bon vieux temps, si l’on peut dire. Dans l’ensemble, la conquête de l’Olympia ne passe pas à côté de “Always Where I Need To Be”, “Sway” ou “Sofa Song”, le trio ponctué de sessions braves et reposantes, comme le fait remarquer la piste “The Saboteur”. L’aiguille sur la montre défile avec tant de dextérité que l’heure du rappel post-“Forgive & Forget” arrive précipitamment dans la foulée. Qui reprendra bien un peu de “See Me Now”, “Junk Of The Heart” et “Naive”, le tout avec quelques images live retransmises en direct et de belles harmonies vocales ? Visiblement tout le monde. Même les membres sur la piste après plus de 70 minutes de show.

La soirée à l’Olympia, faisant écho à celle du Trianon avec une première en commun et un set revu et corrigé, est la preuve même qu’un groupe doit assumer son évolution en terme d’univers. Bien que The Kooks ne s’amuse plus à coup de riffs de guitare rock mais bien avec des mélodies soul et posées, les Anglais n’en n’ont pas perdu leur amour et leur amusement de leur début. Alex Nunez, batteur arrivé l’année dernière, a même trouvé sa place parmi le trio de tête et les compositions solides. Alors, qu’attendez-vous encore pour aller les voir ?

Setlist :

Around Town
See The World
Ooh La
It Was London
Bad Habit
Down
She Moves In Her Own Way
Eddie’s Gun
Seaside
Dreams
Tick Of Time
Westside
Always Where I Need To Be
Sweet Emotion
The Saboteur
Sway
Sofa Song
Forgive & Forget
—-
See Me Now
Junk Of the Heart (Happy)
Naïve