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THE CURE @ AccorHotels Arena (15/11/16)

Si l’on repense à la dernière fois que les Anglais ont posé leurs instruments dans la salle du 8 Boulevard de Bercy, cela remonte déjà à mars 2008, en amont de la sortie de leur treizième album “4:13 Dream”. Depuis, la formation culte se faisait rare dans l’Hexagone, à l’exception de quelques apparitions dans des festivals français en 2012, aux Eurockéennes De Belfort et aux Vieilles Charrues. Finalement, 2016 sera l’année du grand comeback de The Cure sur notre territoire, pour trois dates, dont une première à l’AccorHotels Arena, Quarante ans après ses débuts.

Première partie officielle de cette tournée, THE TWILIGHT SAD est l’agréable surprise de cette soirée. Formation post punk originaire d’Ecosse, celle-ci est déjà connue de certains de par sa récente date au Trianon, en ouverture d’Editors, et possède une certaine expérience de la scène du haut de ses treize ans d’existence. Fièrement représenté par l’hyperactif frontman James Graham, le groupe propose un set indie noise rock lent, largement rythmé par des titres du dernier disque en date, “Nobody Wants To Be Here And Nobody Wants To Leave” (2014), comme “Last January”, “It Never Was The Same” ou “There’s A Girl In The Corner”. Le public, surexcité à l’idée de voir la tête d’affiche du soir, ne sera pas complètement réceptif à cette performance d’une demi-heure, malgré les quelques applaudissements. Néanmoins, reste à féliciter le professionnalisme de la troupe, loin d’être décontenancée par la situation. Mention spéciale pour le dernier morceau “The Wrong Car”, issu de l’EP du même nom, sombre et charmant.

Après “l’entracte de vingt minutes” annoncé par les haut-parleurs de la salle à la fin de la première partie, se dévoilent sur scène bon nombre d’amplis, d’instruments sur stand, cinq écrans en fond de scène et deux sur le côté. Une scénographie loin des extravagances et autres folies que l’on peut voir aujourd’hui avec d’autres groupes de cette envergure. Non, THE CURE n’a visiblement pas besoin de ça pour satisfaire son public et mettre l’ambiance dans les plus belles salles du monde entier. Spirale infinie projetée en guise de départ, c’est calmes que les musiciens, tous vêtus de vêtements sombres à l’exception du bassiste Simon Gallup, débarquent sur l’estrade, acclamés par des cris d’adoration purs. Pourtant, rien ne semble distraire de leur mission les Anglais et encore moins Robert Smith, fidèle à son style, à son personnage, du haut de ses 57 ans, l’ultime but étant de réussir à résumer quarante ans de carrière en 2 heures 45 de spectacle, à travers différentes étapes musicales et visuelles.

Entre titres aux intros planantes et progressives (le titre d’ouverture “Open”, “Push”, “Primary”, “Pictures Of You”), chansons fédératrices et reprises en choeur (“All I Want”, “In Between Days”, “Just Like Heaven”, “Play For Today” etc) et moments de réflexion intense (“A Night Like This”, “Trust”, l’exclusivité “It Can Never Be The Same”), le set de la formation culte se veut être un échantillon représentatif des treize albums studio, où même la période synthpop/new-wave à sa place, bien que détonante du reste (“The Walk”, “Hot Hot Hot!!!”). La voix de Robert Smith, baignée dans un océan de réverb, n’a pas changé après tout ce temps, même si son propriétaire, lui, n’est pas très expressif. Qu’importe, puisque le reste de la troupe est là pour dynamiser le concert (une nouvelle fois se démarque le bassiste), en plus d’un lightshow au point et des constantes animations sur les écrans. Coucher de soleil durant “From The Edge Of The Deep Green Sea”, une araignée et sa toile pour “Lullaby”, une série de photos angoissantes lors de “One Hundred Years” ou un excès de couleurs pendant “Fascination Street”, la représentation dépasse le simple plaisir auditif et dévoile, à chaque changement de chanson, une nouvelle atmosphère, entre affliction, épanouissement, consolation et régal. Une expérience qui s’associe parfaitement à l’ambiance très mélancolique du set, The Cure oblige.

Si le quintette ne prendra que le temps de jouer “The Hungry Ghost” du dernier disque “4:13 Dream” (2008), ce dernier ne manque pas, au bout d’une heure et demi, de rallonger le plaisir à l’aide de trois (!!!) rappels, des suites d’un “End” parfaitement shoegaze sur les bords. Trois intervalles particuliers durant lesquels les membres de The Cure ne seront pas plus bavards qu’à l’accoutumé mais musicalement riches, avant de finir leur course avec les tubes incontournables, dont “Friday I’m In Love”, “Boys Don’t Cry” et “Why Can’t I Be You”, extrait de “Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me” (1987).

Le concert événement des Britanniques, ayant eu lieu quelques jours après un triste anniversaire, a su soigner nos maux, éblouir nos yeux et satisfaire nos oreilles. Unificatrice et charmeuse, la bande de Robert Smith semble, quarante ans après ses débuts, en avoir encore sous le capot pour satisfaire et combler son audience, tout en restant égale à elle-même, intrigante et sobre. “Tuesday” n’était pas “grey”, “Tuesday” fût éblouissant.

Setlist :

Open
All I Want
Push
In Between Days
Primary
Pictures Of You
High
Lovesong
Before Three
A Night Like This
The Walk
Just Like Heaven
Trust
From The Edge Of The Deep Green Sea
The Hungry Ghost
One Hundred Years
End
—-
It Can Never Be The Same
Burn
Play For Today
A Forest
—-
Lullaby
Fascination Street
Never Enough
Wrong Number
—-
The Lovecats
Hot Hot Hot!!!
Friday I’m In Love
Boys Don’t Cry
Close To Me
Why Can’t I Be You?