Reports

TAME IMPALA @ Zénith (31/01/16)

Dire que cet événement était particulièrement attendu de la part des Français et des médias est un euphémisme. Quasiment cinq mois jour pour jour après avoir conquis le Domaine National De Saint-Cloud, les Australiens de Tame Impala étaient de retour dans la capitale en ce dernier dimanche de janvier, et ce pour une unique date française. Et non des moindres, puisque rendez-vous fût pris à l’imposante boite d’acier du Parc de la Villette, le Zénith De Paris. La soirée annonçant complet depuis belle lurette, nombreux firent le déplacement pour finalement avoir la chance de découvrir sur scène l’étendu de “Currents”, le troisième album de la bande de Kevin Parker paru l’été dernier et porté par des singles haut en couleur. Ce que l’on peut dire d’avance, c’est que le pari ambitieux est réussi en tout point pour la troupe de Perth.

La soirée démarre sur les coups de 19h avec JAGWAR MA et une fosse à la fois aérée et disparate. Egalement originaire d’Australie, la formation ne semble pas déstabilisée par son passage de bonne heure. Bien au contraire, les trois musiciens dévoilent fièrement et avec poigne des titres du premier album “Howlin’”, dans les bacs depuis 2013. Dans son ensemble, le son électro pop psyché fait son effet et séduit les novices, tout en préparant subtilement le terrain pour la tête d’affiche à venir. A noter que pour un énième passage en France – la formation ayant déjà répondu présente au Pitchfork Festival en 2013 ainsi qu’au Villette Sonic et aux Eurockéennes de 2014 – Jagwar Ma signe, une nouvelle fois, une performance humble et divertissante, notamment grâce à des visuels psychédéliques projetés sur une bâche géante en guise de backdrop.

Après un court interlude, aux alentours de 20h20 et alors que le Zénith s’affiche plein à craquer, un laser vert vient illuminer le fond de scène, laissant pile le temps au quintette de s’installer sous des acclamations magistrales. Assez concentrés sur le plateau, les musiciens de TAME IMPALA n’en demeurent pas moins distingués. En pleine ascension depuis le succès internationale de “Currents”, la formation garde la tête sur les épaules et voit les choses en grand pour sa tournée européenne. Dès le deuxième morceau, le grandiose “Let It Happen” introduit d’un simple “Yo”, les visuels multicolores, préparés avec soin par Kevin Parker dans sa propre maison, surgissent et captivent, en plus de confettis et de spots lumineux disséminés un peu partout. S’exposent pour lors deux situations significativement différentes au sein du Zénith : tandis que le public entre assez vite en ébullition et qu’un écran de fumée naturel finit par apparaître, sur l’estrade l’ambiance est plutôt à la passivité et à la concentration, Parker s’autorisant quelques regards vers son batteur et ami français Julien Barbagallo. Une attention particulière qui peut s’expliquer par la mise en scène millimétré de Tame Impala.

En plus d’un spectacle coloré et hypnotisant, le combo nous propose, de manière générale, ce qu’il a de meilleur, à savoir un enchaînement de ses récents tubes (“Yes I’m Changing”, “The Less I Know The Better” ou encore “‘Cause I’m A Man”) ponctué par des mélodies plus classiques (“Mind Mischief”, “Elephant”, “Why Won’t You Make Up Your Mind ?”). En somme, cette explosion de sonorités laisse retentir dans l’enceinte toute l’énergie et la folie de la pop psyché du quintette qui suit, tout le long du set, une posture d’interprétation sans faute. La voix noyée dans les effets de Parker n’est pas toujours juste mais les émotions sont toujours au rendez-vous, à en croire la performance de “Eventually” en milieu de soirée. Et lorsque Tame Impala fait semblant de s’en aller à la suite d’un impressionant “Apocalypse Dreams”, c’est pour mieux revenir et terminer en beauté avec l’enchainement imbattable de “Feels Like We Only Go Backwards” et “New Person, Same Old Mistakes”, nouveauté de cette tournée sonnant le glas d’un trip artistique d’une heure et demi.

Nous avions beau croire connaitre Kevin par cœur, il s’avère que l’Australien a encore plus d’un tour dans son sac pour nous convaincre du contraire. La performance de ce dimanche en est la preuve et dépasse toutes les espérances en termes de production et d’effets. Certes, il est loin le temps des improvisations psychédéliques laissant place aux erreurs, mais il semblerait que le perfectionnisme croissant du leader ait finalement comblé la salle comble.

Setlist :

Intro
Let It Happen
Mind Mischief
Why Won’t They Talk To Me?
It Is Not Meant To Be
The Moment
Elephant
Yes I’m Changing
The Less I Know The Better
Eventually
Why Won’t You Make Up Your Mind?
Oscilly
Cause I’m A Man
Apocalypse Dreams
——-
Feels Like We Only Go Backwards
New Person, Same Old Mistakes