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SLASHER METAL FEST 2019

C’est dans la petite ville de Tournefeuille, banlieue proche de Toulouse, qu’a donc lieu la première édition du Slasher Metal Fest, plus précisément au Phare. Si le nom de la ville semble tiré d’une nouvelle de Tolkien et de la Terre du Milieu, pas de Hobbits ni d’ogres ici (ou très peu) mais plutôt des chevelus et des cloutés prêts à en découdre, pendant les sept heures de musique proposées ce soir.


Vampire, vous avez dit vampire ?

Alors que les Bordelais d’OVERCHARGER ont ouvert le bal devant un public réceptif mais quelque peu clairsemé, les plateaux suivants vont vite s’enchaîner. Ainsi, c’est sous les coups de 19h05 que VOLKER, avec son backdrop horrifique dans le style des années 30, fait son entrée encapuchonnée sous des lumières qui seront somme toutes très réussies pour poser l’ambiance souhaitée (les touches de bleu en fond, les quatre projecteurs rectangulaires jaunes sur la scène et les éclairages verts font des merveilles). La vocaliste Jen Nyx se démène avec des “Allez la France !” sautillants, même si un léger sous-mixage altère un peu la puissance auditive de l’assaut de la gente dame. Venu promouvoir “Taste Of The Dead”, le groupe français provoque même un début de farandole dans la fosse ! En avant-dernier titre, une reprise de Rob Zombie confirme la parenté musicale et esthétique du combo.

Dans le style “trois salles, trois ambiance”, la programmation pour le moins hétéroclite du Slasher Metal Fest fait fort, et c’est un compliment ! En effet, enchaîner Nervosa, Leprous et Steel Panther a de quoi effrayer les fans de logique ou les étroits d’esprit; on se rappelle encore les commentaires haineux à l’encontre de Within Temptation qui ouvrait pour Metallica à Arras en 2008. Mais quand vous aimez les trois comme nous, quel pied !


La claque Nervosa

Et cela commence pourtant laborieusement vers 20h15 pour le trio des Brésiliennes de NERVOSA : une balance de son devant le public qui s’éternise, provoquant une certaine tension entre la guitariste Prika Amaral et un technicien sur scène. Bien heureusement, quand la machine à thrash démarre, et bien on prend tous une grosse claque, et avec le sourire. La bassiste et chanteuse Fernanda Lira est impressionnante, tant par sa conviction que par l’intensité de son jeu et de son chant. Elle prend d’ailleurs un malin plaisir à annoncer de temps en temps le titre à venir avec un “et maintenant, on va en jouer une rapide, ok pour vous ?”, avec un certain sens de l’humour. Et ce même malgré quelques petits problèmes techniques tout au long du set. La “petite” Luana Dametto, sous ses airs de fille très sage, découpe du bois sur sa batterie avec un flegme assez incroyable. Le son est énorme, et même s’il n’y a qu’un millier de personnes en tout, la fosse enchaîne slam et pogo dans un total abandon. Il est dommage que certaines énergumènes, sous influence alcoolique certaine, cherchent un peu des noises gratuitement sous couvert de pogos. Et malheureusement, l’un deux sera un peu un fil rouge pendant la soirée, même si finalement, il n’y a pas eu de réelle bagarre, notamment grâce à l’intervention d’un personnel de sécurité à la demande d’une personne de l’audience.

Quoiqu’il en soit, le son est énorme, les déflagrations s’enchaînent avec “Intolerance Means War”, “Hostages”, Raise Your Fist!” ou encore “Never Forget, Never Repeat” et le très pertinent “Into Moshpit”.

Ce concert découverte pour certains est franchement un pied absolu, une éclate totale. Heureusement que le groupe qui suit donne dans un registre complètement différent.


Talent et humilité

Une fois n’est pas coutume, il est 21h45 et c’est sur une musique d’ambiance très calme que la balance pour LEPROUS est effectuée (merci les oreillettes de retour). Lumières faiblardes, fumée, pas de doute, c’est parti pour une heure d’ovni musical, de metal progressif léché que ne renieraient les excellents The Ocean. Les Norvégiens, au look d’enfants sages et parfaits (grands, beaux, chemises, etc.) régalent, bien servis par un son quasi parfait. Entre extraits de leur dernier opus “Malina” (2017) sorti il y a deux ans déjà et leurs plus anciens efforts, la setlist est diablement efficace. Einar Solberg, avec sa voix toujours aussi reconnaissable maltraite son clavier, tout en sautillant lors des passages vraiment metal.

Apparemment ravis d’être là, le combo ne ménage pas ses efforts. D’ailleurs, le frontman se veut ironique lorsqu’il déclare : “C’est moi où il y a deux publics différents ce soir ?”, faisant référence d’une part à la scission évidente entre la fosse composée de fans de Leprous et ce qu’on qualifiera de curieux plus au fond. En effet, la différence de style entre les groupes de l’affiche, peut être très clivante pour certains. D’ailleurs, autour de nous, aucune tête qui était avec présente sur le set de Nervosa, c’est pour dire que l’on est en plein “changement de fosse”.

Soulignons le talent incroyable de Baard Kolstad à la batterie, qui délivre une réelle performance au vu de la complexité des morceaux qui ne pardonne pas. Einar reprend la parole, toujours avec humour : “Je vais parler un peu maintenant. Oui, c’est une nouveauté sur cette tournée, mais n’ayez pas de grandes attentes. Ca va ? Vous passez un bon moment ? Vous voyez, on n’évite pas les clichés !”. C’est sous les vivas et un auditoire conquis qu’ils sont malheureusement un peu pressés par les roadies de déguerpir pour libérer la scène pour la prochaine mise en place.


Top chef version gore

La surprise de la soirée, LES NECROPHAGES à 22h50. En effet, il ne s’agissait pas d’un groupe placé entre Leprous et Steel Panther comme on le pensait mais une troupe, un trio de spectacle magie horrifique qui fait clairement passer ceux d’Alice Cooper pour des shows pour enfants. Après s’être installé sur une petite scène latérale annexe plastifiée tout autour (à la Dexter), le show commence. Entrée des deux demoiselles encapuchonnées style rituel satanique, ballon de sang, un peu de nudité vite recouverte de viscère et abats divers. Musique du film “Halloween” mais surtout des sons bien stridents d’horreur, surgissement du troisième larron armé d’une tronçonneuse avec jets de sang d’abats divers sur la foule (qui n’a pas plu à tout le monde), simulation d’enlèvement de blonde, mutilation, auto-mutilation, éviscération de la captive, torture diverses, mélange de sexe et d’horreur, caca, pipi, etc… voilà voilà ! Pour reprendre une personne du staff passant devant nous : “Ah ben c’est de bon goût tout ça”. Le malaise s’installe assez rapidement, mêlant gêne et fascination morbide pendant la quarantaine de minutes du spectacle. On aime ou pas, mais pas certain que cela serve l’image du metal au vue des regards effarés des pompiers/sécurité présents sur les lieux.


“Montrez vos nichons” et “J’aime la chatte”

Il est 22h37 et c’est avec trois minutes d’avance, bigre, que la tête d’affiche, STEEL PANTHER déboule sur scène avec “Eyes Of A Panther”, souvent utilisé en ouverture. Le son est encore une fois presque parfait et comme d’habitude, la bonne humeur et l’humour potache est de mise. Après, les esprits grincheux diront que les Américains sont plus professionnels qu’authentiques dans leur attitude. L’humour fait partie intégrante du cahier des charges du quatuor californien. Mais peu importe, tout le monde a la banane, les regards ne trompent pas. Satchel (guitare) rappelle à tout le monde qu’initialement, la formation était spécialisée dans les reprises rock/metal (ndlr : sous le nom de Metal Shop puis Metal Skool) en entamant la reprise du tube de The Kinks “You Really Got Me”, version Van Halen (qui était plus populaire). Entre les morceaux, Satchel, Michael Starr et le magnifiquement “bitchin'” Lexxi Foxx (un bassiste plus sexy que doué selon les dires des sbires) n’arrêtent pas de dire des conneries, de se moquer d’eux-mêmes, d’expliquer le cadre de la chanson à venir. “Ce Slash Metal Fest est le meilleur festival local de Toulouse !”, exulte Satchel. Il faut céder au plaisir coupable de voir Stix Zadinia imiter le pauvre Rick Allen (Def Leppard) en cachant son bras gauche dans sa veste et commencer un titre du groupe anglais.

Ça chambre, ça parle cul et ça joue toujours aussi bien. Il ne faut s’y méprendre, sous leurs airs faussement débiles, ils sont bons dans ce qu’ils font. Michael Starr a une vraie voix, d’une puissance incroyable. “Asian Hooker” fait bondir la majeure partie de l’assistance, et on voit d’ailleurs slammer plusieurs fois devant nous Jen Nyx qui a l’air de s’éclater comme une folle, et elle a bien raison. Prétextant une panne de micro, Michael file backstage pour réapparaître grimé en Ozzy Osbourne ! Tout y est, la démarche et courbure de papy, la grosse croix sur haut noir, les lunettes rondes, la coupe de cheveux, la manière de parler de d’applaudir, mais surtout la voix. Juste énorme.

Après deux reprises du Prince des Ténèbres, suivies du fameux “Girl From Oklahoma” où une jeune fille pas trop à l’aise dénommée Roxanne est invitée sur scène, vient le moment traditionnel qui nous laisse de plus en plus de marbre (probablement à force de les avoir vus maintes fois) : la montée sur scène d’une vingtaine de filles/femmes pour “17 Girls In A Row”.

Le show se termine après 1h20 passée bien trop vite, mais ceci dit, on regrette la setlist, ou du moins sa structure (ou son manque plutôt) qui ressemblait plus à un bordel organisé qu’à un concert (plus que d’habitude avec Steel Panther). Mais également de ne pas avoir eu droit aux reprises de “Jump” (Van Halen), “Kickstart My Heart” (Mötley Crüe) ou encore “Livin’ On A Prayer” (Bon Jovi). Mais quoiqu’il en soit, une fin de soirée réussie, en espérant une saison 2 du Slasher Metal Fest.

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