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ROCK EN SEINE 2026 – Jour 5 (30/08/26) – Clôture de légende

Dernière journée pour cette 22e édition de Rock En Seine. C’est chaussé de nos meilleures bottes de pluie pour éviter les flaques de boue que l’on s’imprègne du programme de ce dimanche qui s’annonce mémorable. Et il y a de quoi faire, le shoegaze de Slowdive, le rock protéiforme de Wolf Alice et le post punk d’Interpol doivent nous conduire jusqu’à la clôture tant attendue de cette édition avec The Cure. Il suffit pourtant de parcourir les allées du Domaine National de Saint-Cloud pour comprendre qui est véritablement attendu aujourd’hui. T-shirts à l’effigie du groupe, tenues entièrement noires, cheveux crêpés, rouge à lèvre rouge et yeux maquillés à la manière de Robert Smith, The Cure est partout avant même d’être monté sur scène. Certains fans semblent d’ailleurs bien décidés à ne pas quitter la Grande Scène de la journée pour être certains de conserver leur place jusqu’au soir.

Slowdive

La Grande Scène justement, c’est là que débute notre journée avec SLOWDIVE. Un espace immense qui pourrait presque sembler démesuré pour l’univers intimiste et vaporeux des Britanniques. Pourtant dès l’énergique “Star Roving” le quintette parvient à créer sa propre bulle au cœur du Domaine National de Saint-Cloud. Les guitares de Neil Halstead et Christian Savill se superposent tandis que la voix de Rachel Goswell semble flotter au-dessus de l’ensemble. Slowdive impose progressivement son rythme à une foule attentive. “Kisses”, “Alison” ou encore “When The Sun Hits” achèvent de faire planer la Grande Scène. Une prestation contemplative qui réussit surtout à préserver tout ce qui fait la singularité de Slowdive malgré les dimensions imposantes d’une scène de festival.

Wolf Alice

À peine le temps de redescendre du nuage Slowdive qu’il faut déjà reprendre la route. Direction la Scène BoursoBank où une foule conséquente s’est déjà massée pour retrouver WOLF ALICE. Léger bémol côté programmation en ce dimanche tant les rendez-vous incontournables s’enchaînent d’une scène à l’autre, ne laissant que peu de répit aux festivaliers bien décidés à ne rien manquer. Il faudra donc jouer des coudes (et presser le pas) pour profiter pleinement de cette dernière journée.

Il faut dire que depuis The Clearing (2025) les Britanniques ont changé de dimension quitte à laisser davantage de place à la pop et à délaisser quelque peu le rock abrasif de leurs débuts. Mais si ce virage peut diviser sur disque, force est de constater qu’il fonctionne particulièrement bien en live. Portée par une Ellie Rowsell impeccable vocalement et une présence scénique communicative, la formation ne manque pas d’énergie et sollicite régulièrement un public qui ne demande qu’à suivre. La proximité va même un peu plus loin lorsque deux spectatrices sont invitées à monter sur scène pour chanter et danser avec le groupe dans un joyeux moment de communion.

Interpol

Enfin, retour sur la Grande Scène pour accueillir les New-Yorkais d’INTERPOL. Dès les premiers morceaux, quelques problèmes de son viennent quelque peu gâcher la fête, avec notamment des basses particulièrement fortes qui peinent à rendre justice aux compositions du groupe qui semble absent sur scène. Il en faut toutefois davantage pour déstabiliser Paul Banks et sa bande qui parviennent progressivement à tirer leur épingle du jeu. Si le début de set manque parfois de relief, les classiques “Evil” ou encore “C’mere” permettent de renouer avec qui fait la signature d’Interpol. Un démarrage en demi-teinte donc, mais une montée en puissance bienvenue. Les New-Yorkais ont déjà rassemblé une belle foule devant la Grande Scène, mais à peine le set terminé, les derniers espaces disponibles disparaissent à vue d’œil. Ceux qui avaient profité des autres scènes du festival convergent désormais vers le même endroit.

The Cure

Près de 40 000 personnes sont attendues face à la scène pour assister au dernier concert de la tournée estivale de THE CURE. Et dans cette foule, toutes les générations se mélangent. Un homme s’apprête à assister à son 65e concert de The Cure. À quelques mètres de là, des vingtenaires attendent de découvrir Robert Smith pour la toute première fois. Des parents sont là avec leurs enfants aussi. Il faut croire que The Cure est un de ces groupes dont on ne cesse jamais vraiment d’être fan. On rencontre leurs chansons à un moment de sa vie, puis elles vieillissent avec ceux qui les écoutent et finissent par se transmettre. Être fan de The Cure, c’est une histoire qui commence sans vraiment avoir de fin.

Finalement, il est 20h55 lorsque Robert Smith apparaît enfin. Alors que les premières notes du titre “Alone” retentissent, le frontman offre un des moment d’une rare sincérité. Plutôt que de rejoindre immédiatement son micro, il prend le temps de parcourir la scène. Il va d’un côté, puis de l’autre, regarde la foule et la salue. Ses gestes ont quelque chose de timide. Une atmosphère particulière se dégage, la connexion de Robert Smith avec son public est bel et bien présente. C’est peut-être ce qui le rend aussi mythique. Smith n’a jamais vraiment adopté les codes de la rockstar et, à 67 ans, ne semble toujours pas décidé à commencer. Il se présente simplement tel qu’il est avec les années qui ont passé sans chercher à les dissimuler, et le public semble l’aimer encore davantage ainsi.

Dès que Robert Smith commence à chanter, l’auditoire est happé par la puissance vocale du chanteur. Si son apparence témoigne naturellement du passage des années, sa voix semble avoir été figée dans le temps. Elle conserve cette fragilité et surtout ce timbre immédiatement reconnaissable qui donne l’étrange impression que rien n’a bougé. “Pictures Of You”, “Lovesong”, “Fascination Street” : le premier acte de ce concert plonge Rock En Seine dans le versant le plus mélancolique et atmosphérique de The Cure. Mais mélancolie ne signifie certainement pas immobilité. Simon Gallup et sa basse, véritable colonne vertébrale du groupe, donnent une profondeur physique à l’ensemble tandis que Robert Smith échange régulièrement regards et sourires avec ses musiciens. La setlist taillée pour un live de cette ampleur passe par tous les classiques (l’enchainement “In Between Days” et “Just Like Heaven” en a transporté plus d’un) et rappelle s’il le fallait encore, à quel point The Cure possède un répertoire devenu culte au fil des décennies. Puis vient “A Forest”. À la nuit tombante, difficile d’imaginer meilleur décor que le Domaine National de Saint-Cloud et ses arbres pour laisser cette ligne de basse hypnotique envahir l’espace. Et hypnotisés, les quelque 40 000 festivaliers le sont assurément, suspendus aux notes d’une formation qui près d’un demi-siècle après ses débuts continue d’écrire son histoire sur scène. Après avoir ouvert le concert avec “Alone”, The Cure offre “Endsong”, autre titre de Songs Of A Lost World (2024), pour refermer le set principal.

Lorsque The Cure revient sur scène avec “Lullaby”, l’auditoire comprend petit à petit que ce rappel sera mémorable. “The Walk”, “Mint Car”, “The Lovecats”, “Let’s Go To Bed” : la deuxième partie du concert cohabite simplement avec cette autre facette de The Cure, plus pop et joyeuse, qui rend le groupe si difficile à enfermer dans une seule case. Et quand arrivent “Friday I’m In Love” et “Close To Me”, les festivaliers n’ont plus besoin d’être convaincus. “Why Can’t I Be You?” poursuit la fête avant que “Boys Don’t Cry” ne vienne finalement annoncer la fin.

Cette fois, c’est vraiment terminé. Ou presque. Comme à son arrivée, Robert Smith parcourt la scène, salue, observe longuement cette foule qui l’acclame comme s’il n’avait jamais complètement compris comment les chansons écrites par ce garçon du Lancashire avaient fini par accompagner autant de vies. Car The Cure est de ces groupes qui accompagnent une vie, avec des chansons auxquelles on revient parce qu’elles font du bien. Pendant 2h30, Rock En Seine aura vécu dans cette étrange capsule hors du temps, que l’on espère voir s’ouvrir à nouveau un jour.

Avec près de 175 000 festivaliers réunis au Domaine National de Saint-Cloud, cette 22e édition de RockEn Seine confirme une nouvelle fois l’ampleur prise par le festival. Cinq jours durant, artistes incontournables et nouvelles découvertes se sont succédé au fil d’une programmation éclectique, avec cette année un retour marqué aux racines rock du festival, notamment à travers une journée du samedi entièrement consacrée au genre. Malgré une météo parfois capricieuse, Rock En Seine aura une nouvelle fois fait vibrer Saint-Cloud. Rendez-vous en 2027 !

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Kaithleen Touplain
Historienne de l'art et passionnée de musique rock à mes heures perdues.