
Cette deuxième journée de Rock En Seine se place sous le signe de l’indie pop sous toutes ses formes. Entre guitares rêveuses, synthétiseurs scintillants et mélodies mélancoliques, la programmation séduit un public venu en nombre malgré une météo capricieuse. Car si la pluie s’invite régulièrement au Domaine National de Saint-Cloud, parfois sous forme de véritables déluges, elle ne parvient jamais à décourager des festivaliers bien décidés à profiter de leur journée.
Florence Road
Les Irlandaises de FLORENCE ROAD ouvrent les festivités avec un set relativement court et sans artifices. Pas de scénographie particulière ni de mise en scène sophistiquée, mais une série de morceaux solides qui permettent de lancer idéalement cette deuxième journée.
Le public répond immédiatement présent. Elles entament le set avec leur dernière sortie “7563” qui accroche tout de suite l’audience. Les bras se lèvent en harmonie avec les morceaux et le public accompagne même avec enthousiasme la “chorégraphie” de “Surprise Surprise”. Pourtant, quelque chose semble parfois manquer dans la connexion avec l’audience. Les musiciennes paraissent presque arriver en terrain déjà conquis et les interactions avec le public restent limitées. La prestation souffre également de quelques soucis techniques. Les voix se retrouvent régulièrement noyées sous des basses et une batterie particulièrement présentes dans le mix. Rien de rédhibitoire, mais suffisamment perceptible en l’absence de tout autre artifice.
Jean Dawson
JEAN DAWSON n’est malheureusement pas épargné par les problèmes techniques qui semblent marquer ce début de journée. Les basses sont parfois si puissantes qu’il devient difficile de rester à proximité de la scène sans ressentir une certaine fatigue auditive. Le mix se montre également capricieux avec quelques soucis de micro. Pourtant, malgré ces imperfections, l’artiste parvient à captiver. Son univers hybride, naviguant entre rock alternatif, hip hop et expérimentations électroniques, intrigue autant qu’il séduit. Les passages portés par les synthétiseurs se révèlent particulièrement réussis et donnent envie de creuser davantage sa discographie une fois le festival terminé.
Lykke Li
Dans une pluie qui ne cesse de s’intensifier, LYKKE LI livre une prestation aussi poétique que maîtrisée. Dès les premiers instants, le public est plongé dans l’univers si particulier de l’artiste suédoise. Le décor contribue largement à cette immersion : l’écran central est recouvert de grandes bâches tandis que plusieurs structures évoquant un échafaudage renforcent l’impression d’un chantier abandonné ou laissé inachevé. Une esthétique brute et mélancolique qui se marie parfaitement à la météo du jour.
Si les interactions avec le public restent relativement limitées, chacune de ses prises de parole semble sincère et empreinte d’une profonde gratitude envers les festivaliers venus l’accompagner sous la pluie. Portée par un répertoire particulièrement solide, la Suédoise convainc du début à la fin. Certains titres se distinguent particulièrement, à l’image de “Lucky Again” ou “Little Bit”.
Le moment le plus marquant survient sans doute lorsque “Possibility” résonne tandis que la pluie redouble d’intensité. Une séquence presque irréelle, digne d’une scène de Twilight (dans lequel le titre apparaît), tant l’atmosphère semble parfaitement correspondre.
Le concert se conclut évidemment avec l’incontournable “I Follow Rivers”, repris en chœur et accompagné de quelques pas de danse par une foule conquise. Et parce que Lykke Li reste imprévisible jusqu’au bout, elle termine son set au contact du public, cigarette à la main malgré l’interdiction, tandis que résonne “Rhythm Of The Night” dans les haut-parleurs.
Djo
Attendu par une bonne partie du jeune public grâce au succès viral de “End Of Beginning”, DJO fait figure de phénomène du moment. Derrière ce projet se cache Joe Keery, également connu pour son rôle de Steve Harrington dans la série Stranger Things.
Sur scène, l’artiste est entouré d’un groupe nombreux et multiplie les changements d’instruments, passant de la guitare au piano avec une aisance certaine. L’ensemble s’inscrit dans une esthétique rétro assumée, renforcée par les visuels diffusés à l’écran : couleurs délavées, filtres vintage, animations lo-fi et ambiances psychédéliques qui rappellent autant les années 70 que certaines productions indie plus contemporaines.
L’énergie est indéniablement là. Djo (aka Leroy Merlin) transforme rapidement la scène en véritable terrain de jeu. Il en arpente chaque recoin, courant régulièrement d’un bout à l’autre avec une énergie communicative. Dans un geste qui n’est pas sans rappeler les acrobaties dont Benson Boone a fait sa marque de fabrique, il s’offre même une galipette au beau milieu du concert. Une seule, certes, mais suffisamment inattendue pour marquer les esprits.
Malgré l’absence de pluie à ce moment de la journée, les intempéries précédentes ont laissé des traces. Dans une fosse transformée par endroits en véritable champ de boue, les festivaliers pataugent autant qu’ils dansent. Qu’importe : la foule est au rendez-vous et répond avec enthousiasme aux sollicitations du chanteur. Une complicité évidente s’installe avec le public, qui reprend régulièrement les refrains les plus fédérateurs.
Pourtant, tout n’est pas parfait. Quelque chose semble agacer le musicien durant une partie du set. À plusieurs reprises, il échange visiblement avec la régie d’un ton contrarié, probablement pour régler différents détails techniques. Rien qui ne vienne véritablement perturber le concert, mais suffisamment visible pour être remarqué depuis la fosse.
Musicalement, le concert alterne entre moments forts et passages plus inégaux. Ce sont surtout les synthétiseurs qui tirent leur épingle du jeu, portés par des riffs accrocheurs et des mélodies immédiatement mémorisables. Certains morceaux se démarquent nettement du reste, à l’image de “Charlie’s Garden” ou encore “Delete Ya”, qui comptent parmi les véritables temps forts de la prestation. D’autres séquences peinent davantage à maintenir l’attention malgré l’investissement constant du groupe.
On remarque également une façon assez particulière de conclure certains morceaux : les chansons semblent parfois s’arrêter net, de manière presque brute, sans réelle montée finale ni transition. Un choix qui participe à l’identité du projet mais qui peut parfois surprendre. Le concert s’achève bien évidemment sur “End Of Beginning”, repris avec ferveur par une foule déjà acquise à sa cause. Une prestation portée par un véritable capital sympathie, une énergie débordante et quelques très bons moments, sans pour autant s’imposer comme le concert le plus marquant de cette deuxième journée.
Sam Quealy
Sur la scène AXS, SAM QUEALY propose probablement l’un des spectacles les plus travaillé et chorégraphié de la journée. L’artiste australienne, révélée ces dernières années grâce aux réseaux sociaux et à son univers sans compromis, livre une performance pensée comme un véritable show. Danseurs, chorégraphies millimétrées et esthétique hyperpop se succèdent pendant toute la durée du concert. Le résultat ne s’adresse pas forcément à tous les publics, mais l’identité artistique est pleinement assumée. L’univers visuel est travaillé dans les moindres détails et confirme le potentiel grandissant de l’artiste. Au vu de sa trajectoire actuelle, il serait peu surprenant de la retrouver prochainement à l’affiche de salles parisiennes de plus grande capacité.
Lorde, reine de la tempête
Pour conclure cette journée marquée par les intempéries, LORDE offre aux festivaliers un concert aussi ambitieux qu’émouvant.
Pendant près d’une heure et demie, la Néo-Zélandaise retrace les différentes étapes de sa carrière à travers un spectacle particulièrement soigné. Dès son entrée en scène, elle surprend en ouvrant avec une version écourtée de “Royals”, le titre qui l’a révélée au monde entier.
Les averses ont beau avoir cessé, leurs traces sont encore bien visibles dans le parc. La météo oblige, musiciens, danseurs et chanteuse apparaissent vêtus de parkas. Loin de nuire au spectacle, cette adaptation lui confère même un supplément d’âme. La scénographie repose sur plusieurs blocs mobiles dont les faces sont recouvertes d’écrans. Au fil du concert, ils se déplacent parfois et se réagencent pour donner naissance à une succession de tableaux visuels particulièrement réussis. Accompagnée de deux danseurs, Lorde évolue sur scène comme au sein d’une installation artistique en perpétuel mouvement.
Les moments forts et les morceaux incontournables s’enchaînent. “Perfect Places” ou encore “Buzzcut Season” rappellent à quel point son répertoire s’est imposé au fil des années. Sur “Oceanic Feeling”, la scène et surtout le visage de Lorde sont illuminés par des lumières évoquant la mer et le soleil, plongeant le public dans une atmosphère presque méditative. Plus tard, “Current Affairs” donne lieu à l’un des tableaux les plus saisissants de la soirée : perchée sur l’un des blocs, Lorde apparaît suspendue loin au-dessus de la scène, éclairée par un unique projecteur blanc. Un peu plus tard encore, son visage est filmé à travers une vitre intégrée à la structure puis retransmis sur les écrans géants, créant un effet aussi simple qu’hypnotisant.
Entre les chansons, l’artiste prend régulièrement le temps de s’adresser au public. Plus qu’un simple échange, ce sont souvent de véritables confidences. Elle évoque les femmes qui l’ont inspirée au fil des années, cite notamment Lykke Li parmi elles et fait naître pendant quelques secondes l’espoir d’une apparition surprise de la chanteuse suédoise.
L’émotion atteint son sommet sur “Liability”. Tandis qu’elle interprète l’un des morceaux les plus personnels de son répertoire, des images de la Lorde adolescente sont projetées directement sur son corps. Quelques instants plus tard, “Man Of The Year” transforme le blouson de cuir qu’elle revêt spécialement pour ce titre en véritable élément de scénographie lorsque celui-ci s’illumine de multiples faisceaux laser rouges pendant le refrain.
Puis vient l’explosion finale. “Girl, so confusing” et surtout “Green Light” déclenchent une véritable euphorie devant la Grande Scène. Malgré la boue et les vêtements encore humides de nombreux festivaliers, la foule chante, danse et saute à l’unisson. Dans un geste qui n’est pas sans rappeler celui de Lykke Li un peu plus tôt dans la journée, Lorde s’accorde même une cigarette sur scène, en totale contradiction avec l’interdiction de fumer en vigueur sur le festival.
L’artiste choisit ensuite de conclure sur une note plus intime, mais tout aussi symbolique. Pendant “David”, une immense banderole portant l’inscription “I Don’t Belong To Anyone (2013-2026)” est déployée devant la scène, portée par les fans, tandis que la chanteuse recouvre progressivement son corps et une partie de son visage de peinture bleu clair. Puis, après plus d’une heure trente de concert, Lorde quitte finalement la scène pour rejoindre son public et interpréter “Ribs” au milieu de la foule avant de se faufiler en coulisses.
Une conclusion à la fois spectaculaire et sincère pour une journée que la pluie aura finalement contribué à rendre encore plus mémorable.



































































































