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ROCK EN SEINE 2014 – Jour 2 (23/08/14)

Après un excellent premier jour plus ou moins pluvieux, c’est sous un ciel couvert avec quelques rares rayons de soleil que nous retrouvons le Domaine de Saint-Cloud en ce samedi 23 août.

Alors que les concerts n’ont pas encore commencé, on en profite enfin pour visiter le site du festival, en commençant par l’exposition Rock’Art et ses 57 affiches des artistes de la programmation 2014 vus par des illustrateurs de tout bord. Il y a quelques mois, votre webzine préféré avait pu en voir un avant-goût lors du vernissage à la station Durock. Un peu plus loin, se trouve le Planétarium, où prennent place plusieurs animations liées au thème de l’espace avec notamment l’exposition photo “Dark Lens” de Cédric Delsaux dont le principe repose sur des clichés de paysages urbains sur lesquels viennent se greffer des personnages de “Star Wars”. Il y a également comme durant les trois jours de festival, une fresque street art réalisée en live par le collectif Le M.U.R. C’est Jace qui est à l’honneur aujourd’hui. Plus de temps à perdre, place aux concerts.

DORIAN PIMPERNEL (Scène De l’Industrie) – 15h30, on commence cette seconde journée avec l’un des six jeunes groupes repérés durant l’année par le dispositif “Avant-Seine” et parrainé par The-Drone.com. Le quintette parisien, au look de premier de la classe, débarque en se présentant timidement, mais dès le premier morceau entamé, le contraste entre la communication peu convaincante de Jérémie Orsel (chant) et l’interprétation est saisissante : la formation berce les quelques curieux et badauds à “l’heure de la sieste” avec ses compositions “moonshine pop” du premier album “Allombon”, sorte de pop associé à du psychédélique, avec une forte prédominance des claviers. Comme si Pink Floyd forniquait avec Procol Harum.

JUNIP (Scène Cascade) – Quinze ans d’existence et deux albums, le trio suédois a su trouver la recette entre folk et krautrock pour créer un brillant alliage de pureté et de mélodie qui plonge dans une douce ataraxie. José Gonzales et ses compères, tous alignés sur scène, ramènent le soleil qui avait bien du mal à se montrer la veille, avec un set carré.

ST. PAUL AND THE BROKEN BONES (Grande Scène) – Sans doute l’une des premières révélation de la journée, Paul Janesway, visage de poupon, costume deux pièces élégant, dissimule bien son jeu. Accompagné de The Broken Bones, un orchestre de cinq musiciens, la formation livrera une performance neo soul bluffante à en dresser les poils. Avec sa voix de velours puissante et précise, capable d’envolées vers toutes les directions, St. Paul le coroner prêche les morceaux de l’album “Half The City” avec une telle ferveur, qu’il semble totalement en transe, habité par le groove et l’histoire de ses chansons, se déplaçant partout sur scène. De l’énergie communicative à revendre, du soleil, un public converti à cette musique qui vient de l’âme, que demander de plus, alléluia !

THEE OH SEES (Scène Cascade) – Le trio emmené par John Dwyer propose un set débordant d’énergie punk juvénile, avec un son allant du rock garage au psychédélisme krautrock où l’instrumentale prend une place assez importante tant les compositions sont rapides et courtes. Et pourtant ces Américains ne sont pas du tout tout jeune, mais une quinzaine d’années de bouteille, de tournées et d’enregistrements. D’ailleurs, le trio californien possède pas moins de huit albums, qu’ils défendront le temps de onze titres, à l’exception du dernier “Drop” paru en avril dernier.

THE GHOST OF A SABER TOOTH TIGER (Grande Scène) – “C’est comme un rêve pour nous d’être ici. On est très honorés de jouer avant The Prodigy et Portishead. On adore la France”, déclare le frontman de The Goastt (pour les intimes), qui n’est autre que Sean Lennon, le fiston de John Lennon et Yoko Ono, avant “Too Deep”. La ressemblance avec son paternel est d’ailleurs assez frappante, portant la barbe et les cheveux très longs sous un grand chapeau. Si les mauvaises langues pensent qu’il sera difficile de tuer le père (sic), force est de constater que le duo, qu’il forme avec sa femme et mannequin Charlotte Kemp Muhl, arrive à attirer la curiosité des festivaliers, rassemblés devant la Grande Scène. Musicalement, le groupe distille un condensé d’influences musicales : rock, folk, indie et évidemment psyché, nous ramenant dans les années hippies. Si les compositions, principalement de “Midnight Sun”, ne font pas directement penser à du Beatles, il y a quelques références par ci par là comme la veste du claviériste à la “Sergent Pepper’s” ou encore et surtout les effets des filtres d’échos sur la voix de Sean. A la différence des solos interminables de Sean, empreint de technicité et sa communication quasi parfaite dans la langue de Molière pour expliquer ses chansons.

LUCIUS (Scène Pression Live) – Formé des deux nouvelles “it girls” Jess Wolfe et Holly Laessig, qui se ressemblent tellement avec leurs perruques peroxydées et costumes identiques qu’on pourrait les croire jumelles, ces deux amies depuis le Berklee College Of Music se produisent aux côtés de trois autres musiciens masculins pour proposer une indie pop plaisante, mettant en valeur l’harmonie vocale des deux chanteuses, tout droit sorti des 60’s, que l’on retrouve sur le premier album “Wildewoman” paru en début d’année.

PORTISHEAD (Grande Scène) – Voici venu l’un des moments forts de cette nouvelle édition de Rock En Seine. Le mythique groupe trip hop de Bristol, qui n’a que trois albums studio (“Dummy” (1994), “Portishead” (1997), “Third” (2008)) et un live en vingt ans de carrière, entame son set avec “Silence” qui nous aura offert une petite frayeur. En effet, la chanteuse Beth Gibbons, collée à son micro et les yeux fermés en permanence, a quelque peu du mal à démarrer. Heureusement, au bout de quelques titres, Portishead envoûte le public, désormais dans l’obscurité, collant parfaitement avec l’atmosphère dark, mélangeant virtuosité, samples hip hop, et des sonorités jazz et électro. L’ambiance, soulignée par les écrans diffusant diverses vidéos et les magnifiques jeux de lumières, ira crescendo et les mythiques “Glory Box”, “Roads” sont acclamés par le Domaine de Saint-Cloud. Ces derniers n’ont pas du tout pris une ride, contrairement à la frontwoman, bien que vocalement en forme, contrairement à Blondie la veille. Certains souligneront le côté froid, avec très peu de communication de la part des membres du groupe, mais c’est l’une des caractéristiques du groupe, qui préfère sans doute se concentrer sur sa prestation et faire passer diverses émotions à l’audience. Bien plus qu’un concert, entre minimalisme, sensibilité et fragilité, c’est une communion, un moment de grâce dans un silence religieux (“Wandering Star”). Grandiose.

FRANCOIS AND THE ATLAS MOUNTAINS (Scène Pression Live) – Malgré les autres pointures sur les autres scènes, François Marry et sa bande attirent tout de même des irréductibles, à qui Pression Live a distribué des mini “sabres lasers” lumineux. L’audacieux mix d’indie pop, de folk pop et même des rythmiques africains comme sur “La Vérité” extrait de l’album “Piano Ombre” charment quelques festivaliers de par la douceur des mélodies et du jeu de scène magnétique du groupe, plutôt en forme malgré l’heure tardive.

THE PRODIGY (Grande Scène) – Retour sur la scène principale de Rock En Seine pour une toute autre ambiance électro, tout aussi nostalgiques que Portishead. Alors qu’une énorme foule se masse pour voir le second headliner de ce samedi. Une fois l’intro sous les acclamations terminée, les premières notes de “Breathe” à peine joués que c’est déjà la folie ! Non seulement le volume sonore est à son maximum (surtout les percussions et les basses), mais les jeux de lumières stroboscopiques sont tellement intenses qu’ils pourraient donner des crises d’épilepsie aux âmes sensibles. Les écrans géants diffuseront le live avec quelques effets visuels, en plus de l’avion de chasse en fond de scène, pendant que Liam Howlett, Keith Flint, Maxim Reality & Co instaurent une véritable rave party explosive en plein air ! “Voodoo People”, “Omen”, “Firestarter”, “Invaders Must Die”, sans oublier le culte “Smack My Bitch Up” feront danser et valser les corps déchainés durant une bonne heure de set best of, qui passera en vitesse grand V !

THE HORRORS (Scène De l’Industrie) – Pendant ce temps, les cinq corbeaux anglais s’illustrent sur la Scène De l’Industrie. Un silence religieux s’installe dans la foule impatiente, quand soudain la chanson “California Dreaming” de The Mamas & The Papas se fait entendre. Curieuse entrée en matière, qui contraste presque immédiatement avec les premiers rugissements de synthé et de guitares. Contrairement à son dernier concert parisien à La Gaité Lyrique en mai dernier, où The Horrors semblait hanté par les titres de ses albums précédents, le groupe est aujourd’hui parfaitement rodé sur scène grâce à sa tournée des festivals d’été. Il délivre une prestation de haut vol et s’ouvre enfin, laissant même rentrer quelques curieux non initiés dans son univers claustrophobe et électrique. Il conclut sur l’une de ses plus belles réussites, l’envoûtant “Still Life”, suivi de “I See You”, où les mains se lèvent au rythme des envolées psychédéliques. La formation sort de scène en nous saluant timidement, alors que nous reprenons notre souffle et nos esprits.

ST VINCENT (Scène Pression Live) – Pour les plus téméraires, ce sera à Annie Clark de clôturer cette seconde journée avec ses chants éthérés, ses guitares électriques agressives et ses arrangements de synthés complexes, le tout créant une atmosphère émotionnelle et unique dans sa musique. Du rock pour finir, la boucle est bouclée.

Il est déjà temps de quitter, fatigué, le Domaine National De Saint-Cloud pour récupérer et revenir en forme pour la dernière journée qui promet d’être rock n’roll !

Cette deuxième journée aura été marquée par des révélations (The Goastt, St. Paul And The Broken Bones) et des incontournables (The Prodigy, Portishead), même si le line up paraissait légèrement plus faible que les deux autres jours. Hors il n’en est rien, car à Rock En Seine, il faut juste se laisser guider par la musique, qu’elle soit rock ou pas, et vaguer vers d’autres horizons.

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Anthony Bé
Fondateur - Rédacteur en chef du webzine RockUrLife