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OTB FEST 2015 – Jour 1 (29/05/15)

Quinze jours après le Throatruiner Fest, c’est à nouveau une alléchante affiche hardcore qui débarque à Paris. Les Frenchies d’OTB proposent, pour la troisième année consécutive, leur propre festival forcément très orienté hardcore, mais pas que. Ainsi, pour cette première soirée à La Maroquinerie, pas moins de quatre groupes vont se succéder pour exploser les tympans d’un public venu en nombre.

Les hostilités s’ouvrent avec les Français de NESSERIA. Les premières notes lâchées par le groupe sont impressionnantes de puissance et d’agressivité. La formation joue vite et fort et lorsque le frontman lâche ses premiers cris, on se dit que le hardcore burné, parfois lorgnant vers un black incisif, va faire mouche. Et c’est en parti vrai ! Compliqué de rester insensible aux chansons extrêmement abrasives du combo qui ne lésine pas sur l’énergie. Le chanteur se démène comme un beau diable et ne semble pas décider à faiblir à mesure que le set avance. Seulement voilà, cette régularité va tourner un peu à la monotonie lors des dernières chansons. D’un set joué à fond du début à la fin, les nuances manquent parfois et ainsi une petite lassitude s’installe. De plus, la bande ne communique pas franchement avec son audience, certes extrêmement parsemée pour ce premier set du festival, mais l’impression de parfois assister à une répétition plus qu’à un concert se fait ressentir. Il n’en est pas moins vrai que Nesseria est composé de très bons musiciens et que le groupe dispose d’un potentiel suffisant flagrant pour prétendre à atteindre un très grand niveau scénique. A revoir !

Le retard prit sur le planning de la soirée bouscule un peu le set de REVOK mais, cela n’empêche pas que ce combo restera le plus gros débat de la soirée. L’avantage de ce genre de festival est qu’il permet de découvrir des formations qui oscillent autour d’un environnement bien connu mais qui offrent des perspectives nouvelles. Sur le coup, force est de constater que le set de Revok me laissera sceptique. Plus ennuyé que véritablement transporté par les structures hypra répétitives et hypnotiques des chansons dans un premier temps, je ne peux qu’admettre que je n’arrive cependant pas à enlever la prestation du groupe de ma tête depuis quelques jours. Et si au départ je pensais être tombé face à une formation dont les obsessions musicales percutaient mon hermétisme, en y repensant il est possible d’avoir apprécié être dérangé dans mes principes. Certes, ces lignes de basse redondantes jusqu’à rendre l’atmosphère étouffante, ces guitares malsaines et ces reverbs mystiques dans la voix ont provoqué un malaise, mais je ne peux pas s’empêcher de se dire que j’ai assisté à une expérience qui, au final, m’a fait de l’effet. Et c’est comme si on avait oublié que parfois, la musique n’était pas à rejeter même si elle nous dérange. Et c’est diablement rafraichissant.

La transition est toute faite pour les Lyonnais de CELESTE. Ce groupe sur scène c’est plus une expérience sensorielle qu’un concert. Plongé dans le noir, seulement aiguillé par ces loupiottes rouges déchirant l’obscurité, le marasme sonore et haineux de Celeste est déroutant. Même si les soucis techniques entacheront un peu la prestation de ce soir (loupiotte en panne, corde de guitare qui casse), on ne peut rester insensible face à ce mur sonore et visuel. La double pédale est martiale et appuie cette constante impression de se sentir agresser dans notre espace vital. Les chansons d’Animale(s), le dernier double album en date de la formation, passent sans souci l’épreuve du live (il faut dire que le quatuor jouait déjà les chansons de cet opus lors de la première édition de l’OTB Festival il y a de ça deux ans). Johann est toujours aussi incisif dans son chant et celui-ci prend aux tripes comme jamais. Malheureusement, il aura manqué quelque chose pour faire basculer le concert dans une autre dimension, comme ce fut le cas il y a deux ans, par exemple. En un peu moins d’une heure, les Lyonnais auront tenu à rappeler qu’ils excellaient dans l’art de descendre très bas dans les méandres de la musiques extrêmes. Le tout sans oublier d’être de bons musiciens (les transitions entre les chansons vraiment étaient très bien pensées). Celeste aura encore des choses à dire, et nul doute qu’on n’appréciera pas les entendre. Dans un premier temps du moins, car après, on est toujours à en redemander.

Malheureusement, des soucis de logistique nous empêcheront d’assister au retour de KEN MODE sur les scènes françaises, quelques jours après un nouvel album acclamé par la critique.

Ce premier soir de la troisième édition plaçait la barre très haute. Les trois formations françaises de ce soir ont, toutes les trois, excellé dans des domaines différents. Mais avec le point commun qu’il était impossible de rester insensible face à leur musique, à leur univers. Merci à Adrien et à Flow -que nous avions rencontré– pour le travail accompli et l’affiche proposée, vivement l’an prochain !

Nathan Le Solliec
LE MONDE OU RIEN