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OH WONDER @ Alhambra (12/03/20)

Venu défendre son troisième album, “No One Else Can Wear Your Crown”, Oh Wonder a bien failli ne pas se produire à l’Alhambra de Paris. Forcé d’annuler la date de la veille à Bruxelles puis, à quelques heures de son passage, le reste de la tournée, le maintien du concert relève du miracle. Quant à savoir si l’indie pop survitaminée du duo parviendra à éclipser la morosité ambiante, c’est une toute autre histoire. Récit.

Une pop un peu convenue

Avant d’en avoir le cœur net, c’est aux Canadiens de DIZZY que revient la lourde tâche d’inaugurer la soirée. Le quatuor est composé de trois frères, assurant respectivement guitare, basse et batterie, complété par Katie Munshaw au chant. Ils livrent une pop intimiste et lancinante. Les quatre premiers titres sont tirés de l’unique album, “Baby Teeth”. Les autres sont des singles plus récents. Un peu trop propre sur lui et linéaire dans ses rythmes et ses ambiances, Dizzy s’enferme dans les archétypes de la pop alternative.

Si quelques parties de guitare interpellent et donnent ce côté cotonneux et aérien aux chansons, la voix monotone rend cette bulle de lenteur quelque peu ennuyeuse. En dépit des interventions enthousiastes entre les chansons, les membres de Dizzy jouent chacun dans leur coin. L’alchimie a du mal à prendre. Et même quand la frontwoman annonce que le dernier morceau est dansant, on a plus l’impression d’assister à une détresse adolescente qu’à une réelle invitation à faire la fête.

Deux musiciens, une seule et même énergie

Deux claviers côte à côte et des micros sont installés devant de la scène. Sur la deuxième partie de scène, délimitée par une estrade, une basse et une batterie sont posées à chaque extrémité. 21h sonne, le duo britannique OH WONDER investit la scène sur “Better Now”, tiré du dernier disque. Josephine au clavier et Anthony à la guitare donnent de la voix sur ce titre intimiste, dont le revers électronique éclate en apothéose sur la fin.

Dès “Drive”, issu du premier album qui a révélé les Anglais à la face du monde, on comprend que oui, Oh Wonder est en énergie ce soir. Le son aux petits oignons et la scénographie n’y sont pas tout à fait étrangers. Deux grandes lettres violacées, O W, s’illuminent et s’enrichissent d’animations au rythme des morceaux qui s’enchaînent.

Une bonne humeur plus contagieuse que le coronavirus

Josephine, dont les mimiques joviales ne manquent pas, remercie chaudement le public d’être venu en nombre. L’appel est lancé : cette date à Paris est la dernière rescapée d’une tournée qui s’achève prématurément ce soir. L’heure est donc à la fête ! La chanteuse n’hésite pas à jouer la carte de l’humour, plutôt bienvenue en ce contexte si spécial. D’abord en expliquant que les paroles de “I Wish I Never Met You” pourraient parler du coronavirus. Puis en rappelant le nom du nouvel album, “No One Else Can Wear Your Crown”, dont la signification prend désormais un tout autre sens.

S’en suit également une bonne tranche de rigolade avec l’assistance qui apprend le mot “poussière” au duo. Anthony, lui, entend “pussy”. La chanteuse se lance alors dans un laïus féministe sur l’utilisation du mot. L’ensemble de ces échanges qui ponctue le set donne un supplément d’âme au duo, attachant et désireux d’être proche de son auditoire.

Un set tout en relief

Si Oh Wonder a su dédramatiser les événements, sa prestation marque aussi les esprits par les nombreux changements d’ambiance. Ces derniers sont honorés par des jeux de lumières et des décors eux aussi en constante évolution. Ainsi “Lifetimes” flirte avec le hip hop grâce au phrasé d’Anthony; “Heavy” propose une ambiance ouvertement funky et jazzy, symbolisée par une boule disco; “Ultra Life” et ses accents japonisants se détachent et un medley acoustique “Body Gold” / “White Blood” / “Plans” tire davantage sur la corde sensible.

Mais que serait un concert des Londoniens sans leurs hits qui font danser ? De “Technicolour Beat” au plus récent “Happy”, le groupe se déhanche sur ses plus grands tubes et transmet des ondes résolument positives. En sautant dans tous les sens et en passant de l’estrade à la scène, Josephine et Anthony font exister leurs deux autres comparses tout en conviant l’audience à entrer en communion avec eux.

Un final explosif

Après seize titres joués pour plus d’une heure de set, le groupe tire sa révérence. Oh Wonder revient sur “All We Do”. Un titre tout en émotion dont la beauté est sublimée par les voix du duo et du public. S’en suit l’entêtante et très attendue “Without You” sur laquelle le public et le groupe déploient une énergie qui pourrait déplacer des montagnes. Après un discours sur la nécessité de toujours poursuivre ses rêves, le duo britannique conclut sur “Hallelujah” lors duquel Josephine partage la scène en deux pour improviser un concours de chant.

Véritable cure d’enthousiasme et de positivité, cette performance tout en relief et en couleurs arrive à point nommé. Ode à l’amour et plus largement à l’envie de vivre, Oh Wonder livre une belle parenthèse musicale. Cette dernière est capable de nous faire oublier, le temps d’une soirée, que le monde vit actuellement des heures bien sombres. Bonne nouvelle pour nous : deux personnes suffisent à en faire vivre des plus lumineuses !

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