
De passage au Trianon à Paris ce 20 mars 2026, Miles Kane venait défendre sur scène son nouvel album Sunlight In The Shadows. Un retour attendu pour l’élégant dandy britannique habitué aux performances aussi efficaces que charismatiques. Malgré une maîtrise irréprochable sur scène, la performance de Miles Kane a-t-elle su créer l’étincelle attendue à Paris ?
After Geography
La soirée s’ouvre avec le quatuor lyonnais AFTER GEOGRAPHY qui entre en scène avec un léger retard dans un Trianon encore clairsemé. L’ambiance hésite d’abord, un peu flottante (un classique des premières parties) mais la formation ne tarde pas à imposer son univers. Dès les premiers morceaux, leur indie rock paré d’accents sixties très marqués captive le faible auditoire. Une ligne de basse particulièrement présente évoque sans détour The Beatles, tandis que les mélodies immédiates et les harmonies vocales soignées installent une énergie à laquelle il est difficile de résister. Peu à peu, les conversations s’effacent et les regards convergent en une seule direction. À l’aise, After Geography assume pleinement ses influences et ne s’en cache pas. Le chanteur évoque d’ailleurs leur admiration pour Miles Kane, une filiation évidente tant leur son, à la fois indie rock et rétro, reflète parfaitement l’élégance nerveuse que l’on connait de l’artiste. Sur scène, l’esthétique prolonge cette identité résolument britannique entre cuir, bottines et attitude dandy parfaitement maitrisé.
Le set gagne en relief lorsque le bassiste passe aux claviers élargissant ainsi la palette sonore et apportant de nouvelles textures. Encore en pleine ascension, After Geography confirme un réel potentiel scénique avec une proposition déjà solide et cohérente. Leur passage à La Maroquinerie le 26 mars prochain apparaît comme la suite logique pour ceux que cette mise en bouche aura convaincus.
Miles Kane
Lorsque MILES KANE débarque sur scène, le Britannique ne perd pas de temps et ouvre directement avec “Sing A Song To Love”, extrait de son dernier album Sunlight In The Shadows (2025). Une entrée en matière sans détour fidèle à son sens du rythme mais qui se heurte à un Trianon encore étonnamment timide. À peine trois morceaux plus tard, il lâche un “don’t be shy!” pour tenter de fissurer une distance déjà palpable. Car si l’exécution est irréprochable, portée par un musicien au sommet de son art, quelque chose résiste encore dans la salle. Les titres récents, pourtant taillés pour le live, gagnent en ampleur sur scène mais peinent à fédérer. Le set avance presque sans un mot. Miles Kane joue juste, mais semble évoluer en vase clos à distance de son public.
C’est finalement la setlist qui devient le véritable fil conducteur de la soirée. Pensée comme un équilibre entre défense du nouvel album et rappels plus emblématiques de la discographie de l’artiste, elle alterne moments d’intensité et de retenue. “Rearrange” fait clairement réagir la fosse là où les balcons restent plus en retrait, tandis que “Cry On My Guitar” prolonge un enthousiasme sans détours.
Montée en puissance tardive
Le temps file (à peine 45 minutes de set et déjà l’impression d’approcher du dernier tiers) et malgré quelques respirations musicales bienvenues comme l’allongement réussi de “Coup de Grâce”, il faut attendre “Never Taking Me Alive” bien avancé dans le concert pour sentir un véritable basculement. Le Trianon se réveille enfin, et l’énergie circule pleinement entre la scène et la salle.
La fin du set vient alors cristalliser tout ce que la soirée laissait entrevoir sans toujours l’atteindre. Après “Don’t Forget Who You Are” Miles Kane quitte brièvement la scène, laissant l’auditoire reprendre le refrain a cappella dans un moment suspendu. Il revient quelques instants plus tard, sourire aux lèvres, pour conclure avec nous : preuve que la connexion, bien que tardive, n’était pas impossible. Dans la foulée, “Come Closer” scelle le set, étirée avec justesse pour prolonger l’élan enfin trouvé. Sans surprise, le concert atteint là son sommet.
Au terme d’un set d’environ 1h15, l’audience quitte le Trianon partagé. Sur le papier, difficile de prendre Miles Kane en défaut tant la maîtrise impeccable et l’efficacité de l’interprétation de son répertoire est solide. Mais derrière cette mécanique bien huilée, l’émotion peine à surgir. Il manque ce supplément d’âme qui fait basculer un très bon concert en une prestation marquante. Performer sûr de lui, Miles Kane déroule sans jamais vraiment embarquer. Et laisse finalement l’impression frustrante d’un rendez-vous manqué avec, malgré tout, la certitude qu’il n’aurait pas fallu grand-chose pour que la soirée prenne une tout autre ampleur.





