
Jeudi 27 février, mgk (Machine Gun Kelly) faisait escale à l’Adidas Arena pour défendre Lost Americana face au public parisien. Après plusieurs virages stylistiques et un passage assumé du rap au pop punk, l’artiste américain devait vraiment encore convaincre ? Simple tournée d’album ou véritable synthèse de son parcours, la réponse s’est dessinée au fil de la soirée.
Julia Wolf
Dans l’ombre d’un large rideau rouge dissimulant encore la scénographie de Machine Gun Kelly, la chanteuse newyorkaise JULIA WOLF ouvre la soirée en formation resserrée entourée simplement d’un batteur et d’un guitariste, avec la délicate mission de lancer les hostilités dans une salle encore en train de se remplir.
Dès les premiers morceaux, le set s’oriente vers un rock incarné porté par une voix aux accents d’une Amy Lee (Evanescence), ample et légèrement dramatique sans jamais verser dans l’excès. Les éclairages restent sobres, laissant dominer des teintes sombres qui épousent l’esthétique de ses titres. L’audience, encore en phase d’installation, reste d’abord mesurée dans ses réactions. Julia Wolf tente pourtant d’embarquer la salle, fait lever les mains encourageant les premiers rangs à répondre. L’ambiance peine à véritablement décoller, mais cela n’enlève rien à la cohérence d’un set solide et parfaitement exécuté.
L’univers que déploie l’artiste face à l’auditoire parisien s’intègre avec évidence à la tonalité de la soirée, naviguant entre pop, rap, emo et alternative rock, porté par une même sensibilité générationnelle. Cette couleur musicale à la fois mélancolique et nerveuse correspond précisément à l’attente du public de l’Adidas Arena. La proposition de Julia Wolf trouve ainsi toute sa place et installe une tension progressive, un climat contenu qui prépare naturellement le terrain à l’arrivée plus explosive de Machine Gun Kelly.
Machine Gun Kelly
Une voix off s’élève dans l’Adidas Arena et retrace brièvement le parcours de Colson Baker et le contexte de l’album Lost Americana que l’artiste est venu défendre ce soir. Le décor est planté, le rideau rouge tombe et dévoile une scénographie spectaculaire : Une Statue De La Liberté bras levé vers le ciel. Elle ne brandit pas une flamme mais une cigarette. Un ton provocateur, grandiloquent, américain jusqu’au bout des symboles. Le décor impressionne par son ampleur, même si la structure relègue les musiciens au second plan, parfois dissimulés derrière cette masse imposante.
Car ce soir, la “vraie” star, c’est lui. MACHINE GUN KELLY émerge de la bouche de la Statue dans un nuage de fumée avec au même instant une guitare descendant des hauteurs de l’Arena suspendue à un câble. L’effet est immédiat et l’Adidas Arena explose sous les applaudissements. Il attaque avec “Outlaw Overture”, titre d’ouverture de Lost Americana. Le public répond présent, même si une légère distance subsiste au début due à la hauteur de la structure. Très vite, MGK quitte son perchoir pour s’avancer vers l’avant-scène sur “Starman” où la guitare laisse place au micro. Les premiers rangs s’animent davantage à l’approche du chanteur. Sur scène, chaque geste semble pensé et chorégraphié occupant ainsi l’espace avec une précision presque millimétrée et ne laissant aucun recoin de la scène inexploré.
Un set éclectique
Les titres s’enchaînent sans laisser de respiration et un medley particulièrement bien pensé condense trois époques en quelques minutes : “maybe”, “Wild Boy” et “El Diablo”. Trois morceaux pour trois chapitres du rap underground de Lace Up en 2012, au rap plus mainstream de Hotel Diablo en 2019 jusqu’au virage pop punk assumé de Mainstream Sellout en 2022. Les allers-retours dans sa discographie sont constants tout le long du set donnent ainsi à la soirée un relief singulier. Colson Baker navigue entre les styles avec une aisance déconcertante et le public, attaché à cette pluralité, le suit sans hésitation.
La bascule vers Tickets To My Downfall s’opère à travers une vidéo projetée sur écran géant. On y voit un “hater” de l’artiste critiquer son changement de cap, moquant son esthétique et jurant qu’il ne deviendrait jamais un “emo boy” avant d’en adopter lui-même les codes. Le message est clair, mgk assume pleinement son évolution et enchaîne avec une série de titres issus de Tickets To My Downfall. Le discours derrière cette vidéo laisse apparaitre un artiste affranchi du regard extérieur et surtout libre dans ses choix artistiques.
La guitare rose emblématique de la pochette de Tickets To My Downfall est donc de sortie pour “title track”, devenu un classique de son répertoire. Sur “Bloody Valentine”, plusieurs fans (exclusivement féminines…) montent sur scène, dont une jeune enfant avec laquelle le chanteur partage un moment particulièrement touchant. Ces instants de proximité ponctuent le show, dont l’un des passages les plus marquants survient lorsque résonnent les premières notes de “Twin Flame”. Visiblement ému, mgk annonce qu’il ne chantera pas le morceau ce soir-là. La chanson évoque sa relation avec Megan Fox et l’enfant qu’ils ont perdu, un sujet dont la charge émotionnelle dépasse largement le cadre du concert. Il laisse alors le public chanter à sa place avant qu’il ne revienne pour les dernières lignes où l’émotion est contenue mais évidente.
Dans la continuité de cette thématique intime, il dédie “Play This When I’m Gone” à sa fille Casie, interprétée depuis le sommet d’une plateforme surplombant la salle. Le contraste entre la hauteur vertigineuse et la fragilité du moment renforce l’intensité de la scène.
Show à l’américaine
S’il ne laisse personne de côté par sa présence scénique, mgk ne lésine pas non plus sur la démesure visuelle. Avant la fin de “goddamn”, il disparaît brusquement pour réapparaître quelques secondes plus tard au sommet de la Statue, niché dans la main géante tenant la cigarette afin d’interpréter “I Think I’m OKAY” surplombant l’Adidas Arena. Plus tard, il descend de la mainstage, longe le pit par un passage dégagé en saluant les fans et rejoint une b-stage au fond de la salle. Les spectateurs des derniers rangs ont enfin leur moment. Il y propose un set acoustique comprenant “Times Of My Life”, “27” et une reprise de “Wonderwall” d’Oasis, certes un peu cliché mais touchante.
Finalement, la dernière partie du set est plus festive. “Lonely Road” est repris en chœur avec ferveur par les fans, tandis que “cliché” et “sweet coraline” donnent lieu à des séquences dansées entre mgk et deux danseuses, dont la chorégraphie au balai directement inspirée du clip de “cliché” est reprise. La soirée s’achève sur “Vampire Diaries”, venant ainsi conclure le set sur une note énergique qui laisse l’Adidas Arena encore vibrante.
Avec près de trente titres au compteur, une place centrale accordée à Lost Americana et un hommage appuyé à Tickets To My Downfall (dont neuf morceaux sont interprétés) Machine Gun Kelly aura déroulé un set particulièrement généreux. Le public parisien repart avec le sentiment d’avoir assisté à un spectacle total, porté par un artiste qui embrasse ses contradictions et fait de son éclectisme une véritable signature.





















