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LES EUROCKEENNES DE BELFORT 2016 – Jour 2 (02/07/16)

Deuxième jour. Le soleil inonde et les balances grondent. Sur le chemin des merveilles, les filles ont sorti le short en jean, les lunettes en forme de cœur et les fleurs de tissus dans les cheveux défaits; les garçons sont torse nu, sac à dos, baskets et coups de soleil. La presqu’île du Malsaucy s’apprête une fois de plus à se transformer en rendez-vous peace and love.

YAK (La Plage) – Ça commence fort, avec un groupe de garage rock primitif, cri brut made in Wolverhampton, une ancienne cité industrielle du Midlands. Entre le krautrock, The Cramps et Drenge, Yak se traduit par une exposition d’ampli, des variations d’intensité et de rythme jusque-là jamais vues dans le garage et une fougue rageuse. Cheveux longs, blousons de cuir, lunettes glacées et jeans déchirés, Olivier Burslem, Andy Jones et Elliot Rawson distillent un rock engagé (“No”, “Plastic People”), destroy, fait de soubresauts et de climax, où voix et guitares sont poussées dans leurs retranchements pour laisser s’exprimer l’ardeur.

LAST TRAIN (Club Loggia) – On arrive juste à temps pour les quatre jeunes Mulhousiens au stoner rauque et épais hérité de Black Rebel Motorcycle Club. Il faut dire qu’une osmose parfaite – nécessaire vu la volupté de leur jeu – s’est installée entres les quatre compères. Et si parfois les compostions sont au bord de l’implosion, c’est pour mieux arborer un blues d’une maturité rare qui force le respect. Porté par l’incroyable feeling qui passe entre ses membres, Last Train transporte son auditoire, charmé par la voix éraillée et véhémente du chanteur Jean-Noël.

ELLE KING (Greenroom) – 18h15, la scène du Greenroom voit débouler un petit bout de femme aux cheveux méchés de bleue. Vous vous rappelez sûrement le tubesque “Ex’s & Oh’s” nominé aux Grammy Awards 2016. Et bien c’est à Elle qu’on le doit. Si vous avez bien entendu, Elle King : une voix comparable à celle de Janis Joplin, un don indéniable pour le banjo et l’aplomb du King. Rien que ça. Il faut dire que le talent de la jeune Américaine a été vite repéré par Mark Ronson (Amy Winehouse). Loin des clichés de beauté, la belle blonde impose son style et, de son énergie, conquiert le public eurockéen en deux temps, trois grimaces.

THE INSPECTOR CLUZO (La Plage) – Rock indépendant et régionaliste, autoproduit et rural. Et ça, Malcom (Laurent Lacrouts) au chant et Phil (Mathieu Jourdain) à la batterie en sont fiers et le font savoir. Précédée par sa réputation d’être toujours au rendez-vous pour soutenir les causes solidaires – reversant parfois les fonds gagnés -, la formation met vite l’ambiance avec un humour noir désopilant. Ils revendiquent le fait de faire un “concert live sans putain d’ordinateur de merde”, ce qui est tout à leur honneur au vu des solos de guitares et batteries qu’ils offrent à entendre. Ça “tabasse” comme on dit. De plus Malcom, grand hard rockeur, possède une voix qui semble aussi à l’aise dans les graves que dans les aigües. Ce qui lui permet d’osciller entre Chad Kroeger (Nickelback) et Michael Jackson sans problème, le tout sur des rythmiques proche de Rage Against The Machine.

ALLAH-LAS (Scène Green Room) – 20h, direction la Californie pour un rock à maracas qui sent bon les tropiques et le sable chaud. Le truc de Miles Michaud, Pedrum Siadatian, Spencer Dunham et Matthew Correia, c’est le surf rock. Comme un cocktail de sons clairs à la guitare, de percus et de maracas. Malgré une certaine linéarité, certainement due à un rythme sans vague, on ne peut pas s’empêcher d’apprécier la vibe. Une musique qui colle parfaitement à l’atmosphère ambiante “peace for all”.

BECK (Grande Scène) – Transition parfaite pour l’inclassable Beck alias Beck Hansen. Inclassable, multi-instrumentiste, Beck est de ces ovnis touche à tout de musique (Radiohead, Arcade Fire etc). Le nonchalant dandy, qui se considère comme un “Loser” depuis 1993, réussit pourtant à enflammer le public des Eurockéennes, à l’aide notamment de son titre pop et entrainant “Dreams”. “You are amazing, unbelievable”, lâche-t-il, d’apparence toujours flegmatique. Aurait-on ému le cœur de l’Américain ? Bingo : le voici qui entonne avec élégance, une reprise du “Billie Jean” de Michael Jackson.

OTHERKIN (Club Loggia) – On se tourne d’un quart pour accueillir Otherkin, jeune formation punk rock made in Dublin. Voix éraillées, son à blinde, sauts de cabris : on reconnait l’urgence et la ferveur de la jeunesse. “Otherkin” signifie “non-humain”. Sûrement en réaction à ce foutu système (comprendre jeunesse en colère). Ça se sent dans les rythmiques, ça veut sortir, ça revendique une liberté d’expression par le son. Téléviseurs explosés par une gamine en slim dans “Yeah, I Know” et attitude destroy en live. Fais ce qu’on te dit, “Feel It” !

AIR (La Plage) – Pour se remettre de ses émotions, rien de tel qu’un peu de French Touch. Direction La Plage pour un grand bol d’Air. Les auteurs de ‘Playground Love”, B.O. de “Virgin Suicides” de Sofia Coppola sont là. Et c’est tranquillement, dans un déluge de lueurs multicolores, que les musiciens balancent des nappes électro pop aussi hypnotiques qu’astrales. Les geek jubilent. La Plage se transforme peu-à-peu en dancefloor à coup de tubes comme “Sexy Boy”, “La Femme d’Argent” et autres “Cherry Blossom Girl”. On est vite amadoué par cette musique aussi enveloppante qu’enivrante, à faire fondre un cœur de pierre.

FOALS (Greenroom) – Avec un nom de groupe pareil les gars avaient intérêt à assurer. Et c’est à peu près ça que font Yannis Philippakis, Jack Bevan, Edwin Congreave, Jimmy Smith et Walter Gervers. Un look blouson/sweat à capuche soigné, des riffs de guitares et des rythmiques travaillées : le mathrock de Foals est puissant, mesuré, passionné. Et un brin pop. La faute à la voix de Yannis, qui en fait une force. L’auditoire est littéralement fou. Sur “Inhaler”, c’est la débandade dans le public tant le quintette envoie de l’énergie. La tension est telle que sur “What Went Down” – piste éponyme du dernier album paru en 2015 – Yannis Philippakis se jette dans la foule pour finir le morceau.

Deuxième jour toujours très rock dans l’âme, mais laissant davantage de place aux sons électroniques, pour une ambiance love faite d’étreintes moites et de bonnes vibes en règle.

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