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LE CABARET VERT 2015 – Jour 3 (22/08/15)

C’est reparti pour un troisième jour du Cabaret Vert, mais aussi pour le plus rock des quatre. Le tout sous une grosse canicule !

BROTHERS (Scène Les Illuminations) – 15h30. Ce sont les jeunes locaux qui auront l’honneur d’ouvrir les festivités de ce samedi chaud et ensoleillé. Accompagné par des cuivres, ce qui est assez original, le duo des frangins Julien et Thibault Batteux, aidés en live par trois autres musiciens additionnels, entame ce jour à la cool, avec un pop rock à deux voix, à l’énergie communicative, rappelant la folk de Mumford & Sons et le rock des Beatles ou encore Simon & Garfunkel. La formation rémoise attire quelques curieux et badauds à la Plaine De La Macérienne, avec les compositions du premier album “The Way You Move” paru il y a seulement quelques semaines. La bande son idéale pour commencer doucement ce samedi.

DRENGE (Scène Zanzibar) – La visite presse du centre de tri du Cabaret Vert a lieu d’un côté du festival. De l’autre, se produit au même moment le (désormais) trio sur la scène principale du festival. Avec l’arrivée du bassiste Rob Graham, cet ajout a permis aux frangins Eoin Loveless (chant/guitare) et Rory Loveless (batterie/percussions/choeurs) de passer un autre cap au niveau musical, les compositions du second album “Undertow” ayant acquises davantage de profondeur qu’auparavant, tout en conservant le côté brut et sauvage des grosses guitares et la batterie effrénée si caractéristiques aux Anglais.

MUDDY JACK (Scène Les Illuminations) – A 17h20 arrive une seconde formation locale. Le quatuor originaire de Charleville-Mézières joue dans la provocation et la désinvolture d’allumer les enceintes saturées. “Salamalikoum, ça veut dire que l’on vient en paix”, déclare d’emblée l’un des musiciens, au lendemain de l’attaque du Thalys. Car oui, ce groupe de “porn grunge” n’en a rien à foutre que le grunge soit un style cantonné au 90’s. Tellement rien à foutre que le quartette chantera, entre autres, sur le fait de finir son café sur fond de cheveux gras, riffs acides et mélodies lascives. C’est ça le rock ! Toutefois, n’est pas Kurt Cobain qui veut.

JOHN BUTLER TRIO (Scène Zanzibar) – Une bonne partie des festivaliers se rassemble sur la pelouse du Stade Bayard devant la grande scène. Débutant le set pile à l’heure, John Butler (chant/guitare) est accompagné de ses deux autres musiciens, Byron Luiters (basse/contrebasse) et Grant Gerathy (batterie/choeurs). Ils offriront l’un des plus beaux moments des quatre jours du festival. Le set ressemble plus à une session jam géante en plein air qu’à une heure de concert rock. Comme si les musiciens étaient absolument libres et ne suivaient pas de setlist, alors que tout est maîtrisé à la perfection. Il y a tellement de good vibes émanant de Zanzibar qu’on a l’impression d’être sur en bord de plage australienne, partageant un boeuf entre potes autour d’un feu de camp. Cette ambiance est encore renforcée par des rayons du soleil réchauffant les corps à l’heure de l’apéro.

Cheveux longs dans le vent, sourire éclatant, tatouages, non seulement John Butler a le look du beau surfer, mais celui dont la voix pourrait se confondre à celle de Brandon Boyd (Incubus), voire Eddie Vedder (Pearl Jam), maîtrise totalement la onze cordes, le banjo, le lap-steel, et d’autres effets. Il livrera une démonstration de tous ses talents de guitar hero avec une aisance déconcertante. Ajoutez à cela l’effort du chanteur à échanger avec la foule dans la langue de Molière et cette dernière est totalement conquise. Jouant un best of de onze chansons, incluant les tubesques “Better Than”, “Ocean”, sans oublier le désormais célèbre “Zebra” reprise en choeur, le John Butler Trio se permet également des (longues) minutes d’improvisations comme quelques notes du “Iron Man” de Black Sabbath entamées avant le dernier titre, “Living In The City”. Tous les festivaliers, plus que réceptifs, planent grâce à cette joie communicative que procure JBT, si bien que même sans le chanvre, le public est naturellement stoned ! La classe et la coolitude à l’état pur.

ROUGE CONGO – (Scène Les Illuminations) – 19h, retour sur la Plaine De La Macérienne pour de la pop made in Reims. Le quatuor à l’apparence hipster branchée, (il n’est pas soutenu par “Les Inrocks” pour rien), propose un son, mille fois déjà vu et entendu, faisant la part belle aux synthés. Un set agréable, mais pas exceptionnel.

ALGIERS (Scène Les Illuminations) – Sur la même scène, c’est ensuite au tour du rock expérimental de prendre place. Le trio américain, emmené par un frontman noir (et c’est suffisamment rare dans le rock pour le signaler), distille une musique cinématographique mélangeant les machines aux instruments peu conventionnels, comme en témoigne l’arrivée des membres sur une intro jouée à l’orgue. Le résultat : une sorte de gospel punk étrange avec une voix un peu à la Hozier, sur des rythmiques africaines par moment. Cette musique, sombre et contestataire, est tellement inhabituelle, voire même trop intellectuelle pour le commun des mortels, qu’il y a peu de réaction de la part de l’audience. Certains hochent la tête en rythme, tandis que d’autres filent vers d’autres horizons, totalement déroutés par ce melting pot musical.

SELAH SUE (Scène Zanzibar) – 21h50, une bonne partie des festivaliers est au rendez-vous pour la diva belge blonde au chignon à la voix reconnaissable entre mille. Ce n’est qu’une impression, car en réalité, les metalleux sont d’ores et déjà dans la place pour Limp Bizkit. Le contraste est assez drôle, puisque les fans sont obligés de se coltiner un set jazzy, diamétralement opposé au style des neo metalleux américains. Par ailleurs, le set verra la présence de beaucoup trop de ballades jazz longues et répétitives par rapport au fameux raggamuffin si particulier et caractéristique de Selah Sue. C’est seulement à de rares moments que la fosse, trop sage, se réveillera. Il n’y a quasiment aucune ambiance durant plus d’une heure de performance. L’attente se fait longue.

LIMP BIZKIT (Scène Zanzibar) – Et la déception sera d’autant plus grande. Alors que la bande de Fred Durst était l’une de nos principales motivations pour ce périple ardennais, force est de constater que c’est devenu tout le contraire. 0h10, l’une des seules têtes d’affiche rock devait conclure cette journée en beauté. Ce ne sera malheureusement pas le cas.

Pourtant, tout était bien parti : les premiers rangs sont au taquet, se massant devant la scène sur laquelle trône un backdrop représentant une tête de clown terrifiant tenant des fils annonçait un gros show. Dès l’arrivée sur scène, Wes Borland (guitare), Sam Rivers (basse), John Otto (batterie) et Franko Carino (DJ) effectuent les derniers réglages, suivi d’un mystérieux chanteur à la barbe grisonnante, lunettes noires sur le nez et gros sweat à capuche “Not Robert” entamant une reprise du “Thieves” de Ministry. Il s’agit de Fred Durst nous dit-on dans l’oreillette. Lui qui a fait signer un contrat aux photographes pour le shooter sur les trois premiers morceaux, n’enlèvera son étrange accoutrement qu’à la fin du troisième titre pour révéler sa célèbre snapcap à l’envers. Pour la petite anecdote,” Not Robert” fait référence au fait que l’Associated Press avait confondu le frontman avec un assassin au même patronyme. Place ensuite à l’enchainement “Rollin’” / “Hot Dog”, la fosse devient un joyeux bordel !

Pour autant, si les non-initiés passeront une heure et demie riche en découvertes, les fans, eux, resteront sur leur faim. La setlist est principalement composée de hits issus de “Significant Other” (“Nookie”, “Break Stuff”) et “Chocolate Starfish And The Hot Dog Flavored Water” (“Hot Dog”, “Rollin’ (Air Raid Vehicle)”, “My Generation”, “Livin’ It Up”, “My Way”, “Take A Look Around”). Un plaisir pour tous les nostalgiques de l’âge d’or des deuxième et troisième albums, sur un total de six sortis depuis 1997. Cependant, le rythme du concert sera interrompu encore et encore entre chaque morceau.

Si, au départ, les longues transitions permettaient sans doute à Fred Durst de reprendre son souffle, il n’en est rien du tout. Franko Carino passe des extraits de hip hop, de Ludacris à DMX en passant à Kanye West ou 50 Cent, et c’est surtout pour gagner du temps. Car, incroyable mais vrai, un compteur indiquant le temps restant à jouer, défile sur scène, comme au Bataclan il y a quelques mois. “Time Is $”, cela n’a jamais été aussi vrai pour le quatuor floridien. Et lorsqu’il n’y pas de DJ set, Limp Bizkit se la joue Comité Des Reprises : “Master Of Puppets” (Metallica), “Killing In The Name” (Rage Against The Machine), “Smells Like Teen Spirit” (Nirvana) ou encore “La Marseillaise” pour le petit moment patriotique. Certes, tout cela est bien divertissant et réveillera un peu le Stade Bayard, mais le concert s’apparente de plus en plus à un karaoké outdoor. Pire, le set aura également droit à son moment “Ecole Des Fans”, le guitariste, grimé en Arlequin, fera monter des filles sur scène durant “Nookie” pour les faire s’asseoir sur le côté de la scène jusqu’à la fin du show, qui se voulait être “une fête comme en 1999”. Le Biscuit Mou porte bien son nom, perdant son temps à divertir l’auditoire, au lieu de jouer davantage de compositions originales.

“Cette mission n’est pas impossible”, déclare le chanteur avant “Take A Look Around”, sur lequel le groupe fera asseoir toute la fosse. Cet ultime morceau clôturera ce concert au déroulement assez bizarre. Au bout de 1h15 de set passant toute allure, Limp Bizkit disparaitra avec en guise d’outro, le “Staying Alive” des Bee Gees. En attendant, le tant attendu nouvel album “Stampede Of The Disco Elephants”, prévu pour 2015, se fait toujours attendre…

Si la journée aura plutôt été bonne, cette dernière aura fini en demie-tente avec Limp Bizkit, se contentant de respecter sa part du contrat en faisant le strict minimum syndical. Vivement demain et de nouveaux artistes !

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Anthony Bé
Fondateur - Rédacteur en chef du webzine RockUrLife