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KALEO @ Olympia (15/11/17)

Contraint d’annuler son passage dans plusieurs festivals français cet été pour cause de problème de santé, Kaleo est finalement repassé par la France. Son chanteur JJ Julius Son remis sur pied et fort de sa notoriété grimpant en flèche, le groupe islandais s’est offert un Olympia archi complet.

Si la multiplication de premières parties peut parfois être un peu barbante, la qualité du programme ce soir est engageante. En guise d’entrée, BILLY RAFFOUL, jeune chanteur/compositeur canadien. Avec sa voix rauque et profonde, il ferait presque passer celle du chanteur de Kaleo pour fluette. Accompagné d’un batteur et d’une bassiste, le musicien ronronne sur un habile mélange de blues rock et de rock classique. Entre quelques morceaux électriques, dont le très bon single “Driver”, il se fend d’une version acoustique de “You Be Love”, son featuring avec le DJ suédois Avicii. Seul à la guitare, le chanteur impressionne par la maturité de sa voix. Car si elle semble avoir déjà vécu mille vies cabossées, le jeune artiste n’a que vingt-trois ans.

 

 

20h30, entrée travaillée, explosion d’énergie dès son arrivée sur scène, JUDAH AND THE LION donne presque l’impression d’être la tête d’affiche. Son style hybride est difficile à décrire, mais la bande américaine s’en est chargé en nommant son dernier album “Folk Hop N’ Roll”. Et comme mixer beats hip hop et guitares rock ne semblait pas suffisant, Judah And The Lion pimente son son avec, racines à Nashville oblige, banjos et mandolines. “On n’a jamais voulu être un groupe cool, on veut juste être nous-même”, explique le chanteur Judah Akers, qui n’a de cesse de bondir dans toutes les diagonales imaginables et encourager le public à l’imiter. Visiblement, être eux-mêmes signifie multiplier chorées improbables et morceaux taillés pour la scène. De la rêveuse “Suit And Jacket” aux sonorités bluegrass de “Rich Kids”, en passant par l’alternative “Conversations”, la très Imagine Dragons “Going To Mars” ou la rappé “Reputation”, les morceaux de Judah And The Lion communiquent tous une énergie positive et fédératrice. Crowdsurf, reprise décalée du “Booty Wurk” de T-Pain avec chorégraphie pseudo-sexy à l’appui, break de danse général pour finir le show après l’hymne en devenir “Take It All Back”, la bande du Tennessee est là pour faire et se faire plaisir et l’assemblée le lui rend bien. En quarante minutes de concert, les six Nashvilliens retournent l’Olympia grâce à une générosité sans faille (qui nous fait même leur pardonner leur reprise franchement moyenne du “Mr. Brightside” de The Killers). La bonne surprise de la soirée.

 

 

La température redescend en attendant le groupe de la soirée. Ce n’est qu’à 21h40 que KALEO se montre enfin. Changement d’ambiance, c’est avec simplicité que les Islandais ouvrent leur show. “Broken Bones”, “I Can’t Go On Without You”, “Pour Sugar On Me”, Kaleo pioche dans la tranche la plus folk/bluesy de son répertoire pour un démarrage en douceur. Une grande carte de l’Islande a beau être déployée derrière la formation, c’est sur les routes poussiéreuses américaines qu’il nous embarque sur “Automobile” et ses notes d’harmonicas. Sublimée par l’acoustique de l’Olympia, la voix de JJ Julius Son, toujours impeccable, semble imprégner chaque coin de la salle. Pudeur islandaise, timidité ou manque de charisme, le groupe reste plutôt statique et sur la réserve. Laissant sa voix profonde faire tout le travail, le chanteur a tendance à fermer les yeux, créant une certaine distance. Heureusement, les cinq musiciens se détendent en appuyant sur l’accélérateur sur “No Good”. Le riff grinçant et les grondements chaleureux du frontman font basculer le concert dans une énergie beaucoup plus rock n’roll. La foule ne semblait attendre que ça. L’explosive “Hot Blood” et la nouvelle “Backdoor”, exclusivité live, surchauffe l’audience qui chante et saute, encouragée par le chanteur et le bassiste Daniel Kristjansson, plus démonstratif.

 

 

Entre ses pistes plus envolées, Kaleo glisse son excellente reprise de “Bang Bang (My Baby Shot Me Down)” qui, avec sa lente montée en puissance, prouve qu’une énième version de ce morceau était finalement bienvenue. L’incontournable tube “Way Down We Go” fait surgir les téléphones portables mais c’est surtout la mélancolique “Vor í Vaglaskógi”, unique chanson du dernier album, “A/B”, en islandais qui se démarque. Un moment tout en délicatesse qui nous fait regretter que le quatuor ne s’essaye pas plus souvent à sa langue natale. Mais Kaleo reste avant tout un groupe de blues et c’est sur “Rock N’ Roller” et ses guitares hurlantes que la formation clôt son troisième concert parisien. Pour ce rappel, le chanteur a enfilé un T-shirt “I Love Paris”, et vu les acclamations, l’inverse est aussi vrai.

 

 

Porté par un public chauffé à blanc par deux premières parties de qualité, Kaleo impressionne par sa capacité à alterner entre énergie incandescente et fragilité. Mais, en faisant l’impasse sur certains de ses meilleurs morceaux (“All The Pretty Girls”, “Glass House”) et en livrant une performance de seulement 1h10, le groupe islandais laisse une légère impression de bâclage.

Setlist :

Broken Bones
I Can’t Go On Without You
Pour Sugar On Me
Automobile
No Good
Vor í Vaglaskógi
Hot Blood
Bang Bang (My Baby Shot Me Down)
Backdoor
Way Down We Go
—-
Rock N’ Roller