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JULIEN BAKER @ La Maroquinerie (22/09/18)

La cote d’amour envers Julien Baker est de plus en plus perceptible des deux côtés de l’Atlantique. Même si son succès a une résonance toute autre dans son pays natal, La Maroquinerie ce soir est belle et bien remplie pour accueillir ce petit bout de femme qui, en deux albums, s’est déjà imposée comme une artiste incontournable de la scène folk actuelle. Pour l’occasion, Baker est accompagnée de Becca Mancari en ouverture, une chanteuse venue tout droit de Virginie. Une soirée forte en frissons.

C’est devant une Maroquinerie déjà bien remplie que BECCA MANCARI entre en scène, accompagné d’un guitariste, elle même jouant également de la six cordes. Au menu, chansons folk/rock touchantes d’honnêteté, tournant plus ou moins toutes autour des relations amoureuses et ces affres. La chanteuse n’hésite pas à prendre la parole, plutôt à l’aise pour ce qui est sa première date dans la capitale française. Son guitariste déclame quelques mots en français et c’est toute la salle qui est d’ores et déjà conquise par la sympathie de ce charmant duo. N’ayant qu’une petite demie heure de set, la brune habillée toute de rouge pour l’occasion nous dira se concentrer surtout sur jouer des chansons, expliquant que si elle avait plus de temps elle nous ferait des blagues. Le set de Becca Mancari se clôture, déjà et aura introduit parfaitement la tête d’affiche de ce soir.

Un petit quart d’heure de changement de set et les lumières s’éteignent déjà pour accueillir JULIEN BAKER. La petite blonde entre sous un chaleureux tonnerre d’applaudissement. L’amour que lui porte son public est palpable, on ressent une réelle bienveillance envers l’artiste, comme si tout le monde assistait à l’envol artistique de sa petite soeur, et qu’il fallait l’encourager. Mais Julien Baker n’a pas besoin d’un tel soutien pour nous éblouir. Les premières notes de “Sprained Ankles” résonnent et le public fredonne les paroles de cette chanson qui a permis au monde de découvrir Julien Baker en 2016. Bien que ses chansons soient globalement sombres, la chanteuse se révèle plutôt souriante entre chaque titre, remerciant l’assemblée et marmonnant des choses dans son micro souvent imperceptible à cause des bruyants applaudissements d’une audience à sa merci. Elle habite pleinement ses chansons, son visage traduisant le fait que les paroles de ses chansons lui font encore écho comme si elle les avait écrites hier.

La setlist de ce soir est plutôt balancée entre les deux albums sortis à ce jour par la chanteuse originaire de Memphis. Si l’on perçoit que l’auditoire chantonne les paroles de chacun des morceaux, certaines phrases sortiront parfois du lot, telles des mantras que la foule récite afin de mener à bien l’expiation. Le concert est intense et l’arrivée de Camille Faulkner, la violoniste suscite encore plus d’émotion. La sublime “Hurt Less” est jouée, tout comme “Rejoice” ou “Everybody Does” bref, autant de chansons qui transpercent l’âme du public ce soir. On perçoit facilement que chacun se sent chanceux d’assister à une prestation aussi touchante d’honnêteté. Baker ne fait pas qu’habiter ses compositions, elle les vit littéralement et sa mâchoire se crispe quand l’émotion se fait trop forte, rendant chaque mot encore plus chargé d’intention que le précédent. Le paroxysme est atteint lorsqu’une version quelque peu réorchestrée de “Sour Breath” est jouée et que La Maroquinerie entre en communion parfaite avec les deux artistes sur scène. Le set se clôt sur “Turn Out The Lights” et “Appointments”, pour la plus grande joie d’une salle sur le point d’imploser.

Julien Baker quitte la scène sous une ovation à la hauteur de la prestation livrée. Tant est bien que nous avons perçu un flottement quant au fait qu’une telle ferveur la ramène sur scène pour un rappel non prévu. Il n’en sera rien, les lumières se rallumeront, éclairant la frustration de chacun de ne pas avoir un peu plus de Julien Baker ce soir. Il ne faut pas abuser des bonnes choses et nul doute que cette soirée restera gravée dans l’esprit de toutes les personnes dans la salle comme un moment hors du temps, où les humains communient autour d’une voix, d’une guitare, d’un violon et d’une sincérité troublante.

Setlist :

Sprained Ankle
Everybody Does
Rejoice
Happy To Be Here
Shadowboxing
Televangelist
Hurt Less
Go Home
Something
Sour Breath
Turn Out The Lights
Appointments

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Nathan Le Solliec
LE MONDE OU RIEN