
C’est dans la grâce, la puissance et la précision, que Jinjer s’empare de l’Olympia ce 2 février. Même un lundi, le public parisien s’embrase sur ces riffs massifs venus d’Ukraine. Pour cette nouvelle tournée européenne, le groupe s’entoure de deux formations aussi techniques que redoutables pour une affiche placée sous le signe de la virtuosité. RockUrLife vous embarque au cœur de cette soirée aussi intense que millimétrée.
Textures
C’est de bonne heure que les Néerlandais de TEXTURES ouvrent le bal. Un vrai plaisir de retrouver ce groupe de mathmetal qu’on pensait perdu à jamais depuis sa séparation en 2018. Les voilà de retour avec un nouvel album, Genotype, sorti le 23 janvier dernier (suite logique de leur précédent Phenotype). Leur set, concis mais solide, met logiquement en avant ce nouvel opus. Malgré des compositions complexes et atmosphériques, la salle, encore à moitié vide, peine à entrer dans leur univers. Reste une exécution d’une précision chirurgicale, aussi impeccable qu’en studio. Cette performance prouve que le groupe n’a rien perdu de sa maîtrise, malgré près d’une décennie de silence.
Unprocessed
Très attendus, UNPROCESSED entrent en scène après un interlude lo-fi étonnamment doux, presque cocooning… très loin, de la tempête sonore qui s’apprête à déferler. Tout de blanc vêtus, les Allemands délivrent un metalcore nerveux et sophistiqué, alternant passages aériens et breaks massifs qui secouent instantanément la fosse. Leur set met largement à l’honneur Angel, leur dernier album, sorti fin 2025. Techniquement, c’est une claque : les deux guitaristes affichent une maîtrise impressionnante, rappelant parfois les envolées harmoniques millimétrées de Polyphia. Mais Unprocessed ne se contentent pas d’un son léché : ils savent alourdir le ton quand il faut, balançant des passages plus lourds et gras qui déclenchent le premier pogo de la soirée. Résultat : un son audacieux, moderne et ancré dans l’air du temps.
Jinjer
“Good evening kids, take your seats, open up your bibles…“, place au rouleau compresseur de la soirée : JINJER. La salle, désormais pleine, se presse vers l’avant pour capter toute l’aura magnétique du quatuor ukrainien. Un an après la sortie de Duel, le groupe revient défendre son dernier album sur scène et confirme, une fois encore, sa place incontournable dans le paysage du metal moderne.
Un duel féroce
Une large partie de la setlist met évidemment ce dernier opus à l’honneur. Jinjer livre une performance cohérente et immersive, en parfaite adéquation avec l’esthétique de Duel, dominée par le noir, le blanc et le rouge, couleurs de rébellion et de résistance qui renforcent encore l’impact des nouveaux titres.

L’écran géant en fond de scène prolonge l’expérience en diffusant des visuels captivants et cohérents pour chaque morceau : des armes à feu sur “Fast Draw”, une illustration des luttes individuelles et collectives sur “Tantrum” et “Kafka”. Ces images font écho à la situation actuelle en Ukraine, un parallèle particulièrement frappant lors de “Someone’s Daughter”, quand des paysages urbains dévastés envahissent l’écran.
Ce morceau constitue d’ailleurs l’un des moments forts du set. Porté par un message sur la place des femmes dans la société comme dans la scène metal, “Someone’s Daughter” raconte l’émancipation d’une femme qui cesse d’être simplement “la fille de quelqu’un” pour exister pleinement par elle-même. Sur scène, Tatiana Shmayluk transforme le morceau en expérience vivante, mêlant puissance, charisme et émotion brute, donnant au morceau une résonance palpable en live.
Cette cohérence entre son, image et message rend la prestation d’autant plus forte : Duel révèle toute sa portée, celle d’un disque quasi conceptuel dont le propos prend vie sur scène.
Des classiques percutants
Face à ces nouveaux titres, Jinjer n’en oublie pas pour autant les morceaux qui ont forgé sa réputation. Les classiques s’intègrent naturellement à la setlist, créant un duel équilibré entre nouveautés et incontournables. “Disclosure!” et “Teacher, Teacher!” déclenchent immédiatement la réaction attendue : la fosse s’agite, les pogos s’organisent, quelques-uns se lancent en crowd surf et l’énergie collective monte encore d’un cran. Chaque refrain est repris, chaque breakdown accentue un peu plus la ferveur d’un public totalement acquis à la cause du quatuor.
Le groupe sait aussi ménager des respirations sans jamais casser la dynamique du concert. “Vortex” et “Judgement (& Punishment)” offrent un moment plus posé, porté par des grooves plus lents, presque reggae, tout en maintenant une tension palpable dans la salle. Ces variations rappellent la richesse de la palette sonore de Jinjer, capable de passer du hardcore au djent, du prog à la mélodie sans jamais perdre en cohérence ni en impact.
Technicité, précision, Maîtrise
Au-delà de son énergie brute, Jinjer donne une véritable masterclass. Chaque musicien trouve sa place sans jamais empiéter sur celle des autres : Vladislav Ulasevich martèle sa batterie avec une précision quasi militaire et Eugene Abdukhanov fait vibrer sa basse massive, posant une base rythmique redoutablement imposante. De son côté, Roman Ibramkhalilov tisse des lignes de guitare aussi fluides qu’acérées qui subliment la palette vocale de Tatiana Shmayluk.
Elle impressionne toujours par l’étendue de sa voix et son contrôle absolu : gutturaux puissants, envolées aériennes, passages doux et nuances subtiles s’enchaînent avec une facilité déconcertante. Sur “Perennial” ou “I Speak Astronomy”, elle emmène la salle dans un voyage entre rage et apesanteur, tout en restant proche du public. Cette complicité crée une osmose immédiate, un lien qui électrise la foule et confirme la force de Jinjer en live.
On ne voit pas le temps passer tant le rythme est soutenu et la setlist efficace, mais la fin du set approche dangereusement. Pour un ultime moment de communion, Jinjer entonne “Pisces”, le titre qui a propulsé sa carrière, repris en chœur par un Olympia conquis.
Alors que l’on croit le show terminé sur cette note plus douce, l’audience en redemande. Le groupe revient pour un rappel explosif : “Sit Stay Roll Over” qui transforme une dernière fois la salle en véritable tempête humaine. Mais cette fois-ci, on raccroche pour de bon, après 1h20 de show riche et intense.
Jinjer franchit un cap en jouant dans la prestigieuse salle de l’Olympia. Pour le public, c’est un moment de déconnexion totale : on s’immerge intégralement dans l’univers minutieux, pointu et groovy du quatuor ukrainien, avant de retrouver un Paris pluvieux. L’énergie, la maîtrise et la puissance poétique de ce concert ont un effet quasi cathartique, offrant une expérience artistique complète, aussi visuelle que musicale.



































































