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IRON MAIDEN @ Paris La Défense Arena (22/06/26)

Onze mois après avoir déjà embrasé Paris La Défense Arena deux soirs consécutifs, Iron Maiden revient en terrain conquis pour célébrer ses cinquante ans de carrière. Captation officielle, fosse privée de téléphones, canicule sous vigilance rouge : cette date avait tout du rendez-vous hors norme. Mais tout ne s’est pas passé comme prévu : ce soir, l’Histoire s’est aussi écrite dans le noir.

Evergrey : les ombres de Göteborg

19h20. Sous un backdrop doré frappé du logo du groupe, EVERGREY entre dans une Arena encore en train de se remplir. Les Suédois déroulent un metal progressif propre, solide, parfois très classique, porté par un son équilibré et un Tom S. Englund vocalement impeccable. Les guitares brillent à coups de solos généreux, tandis que les synthés ajoutent une emphase symphonique qui fonctionne mieux lorsque le groupe laisse respirer ses ambiances. Sans grande surprise, le set fait la part belle à Architects Of A New Weave, quinzième album studio du groupe sorti en début de mois. Pour une formation qui cumule plus de trente ans de carrière, Evergrey manque parfois de surprise ou de mordant, mais l’exécution reste carrée et élégante. Pour ceux qui aimeraient revoir le quintet sur un format plus long, rendez-vous au Petit Bain le 7 décembre prochain.

La cavalerie dans la fournaise

20h50. “Doctor Doctor” d’UFO réveille les fidèles, “The Ides Of March” lance la cavalerie, et les écrans plongent l’Arena dans des ruelles sombres, éclairées comme un vieux cauchemar londonien. En fosse, les téléphones dorment dans les pochettes Yondr : pour une fois, les bras ne se lèvent pas pour filmer, mais pour saluer l’arrivée de Bruce Dickinson et ses acolytes. La première salve, tournée vers Killers, dont la pochette illumine le fond de scène, a le goût d’un heavy metal encore sale, primitif et presque punk. “Murders In The Rue Morgue” et “Wrathchild” mordent juste avant qu’Eddie ne fasse sa première apparition, hache à la main, pour provoquer Steve Harris sur “Killers”. Disons-le, la performance de Bruce Dickinson n’a pas à rougir de celle de Paul Di’Anno, chanteur sur cet album culte de la Vierge de Fer.


Un demi-siècle de heavy metal

Les six musiciens occupent l’immense scène avec un appétit intact. Les trois guitaristes multiplient les solos à tour de rôle et les guitares lancées autour du corps, tandis que Steve Harris mitraille la fosse avec sa basse. Un classique dont même les plus férus ne se lassent pas, quarante-six ans après le premier concert d’Iron Maiden à Paris. Bruce Dickinson avale l’espace comme si l’Arena était trop petite pour recevoir son énergie : courses d’un bout à l’autre, harangues généreuses et envolées lyriques sont au programme. “C’est vous qui êtes l’audience du monde ce soir”, lance le frontman de soixante-sept ans dans un français absolument parfait. Côté scénographie, le show n’est pas en reste avec un visuel de tour Eiffel menacée par un orage rouge-vert du plus bel effet. L’indéboulonnable “The Number Of The Beast” embrase l’écran avec ses visions de feu et ses images de Nosferatu. Pour son demi-siècle de carrière, Maiden retrace et transforme sa propre histoire en décor vivant.


La pyramide s’effondre

Puis l’iconique Powerslave ouvre son tombeau d’or. Entre la pyramide géante et les flammes qui jaillissent de toutes parts, la scénographie est aussi massive qu’immersive : rien d’étonnant pour un concert capté en vue d’une future sortie officielle. Sur une deuxième scène déployée pour l’occasion, Bruce Dickinson prend de la hauteur, masqué à l’effigie d’Eddie, tel un pharaon du heavy metal régnant sur son empire égyptien. Le rythme de croisière est posé, et rien ne semble pouvoir freiner la machine de guerre qu’est Iron Maiden. L’épique “Two Minutes To Midnight” s’élance dans une ambiance surchauffée… puis tout se fige. Son, image, lumière : le noir complet se répand dans l’Arena et ses quelque 30 000 spectateurs venus du monde entier. Que se passe-t-il ?


Sauver les braises

Abrégeons le suspense : la panne durera près d’une heure. Une heure d’attente et de flottement, avec une climatisation qui semble avoir disparu en même temps que le reste. Privé de concert pour une durée indéterminée, le public reste pourtant remarquablement calme. À 22h45, Bruce Dickinson remonte seul sur scène. Très énervé, mais dans un français toujours impeccable, il annonce que le concert va reprendre, amputé par un couvre-feu non négociable fixé à 23h30. La déception ne se fait pas attendre, mais le “Je préfère Bercy” de Dickinson prouve qu’elle est réciproque de l’autre côté de la scène. Puis Maiden repart, sans un regard en arrière. Du haut de ses treize minutes, “Rime Of The Ancient Mariner” remet la mer en mouvement. La coupure a brisé l’élan, mais pas la capacité du groupe à reconstruire une ambiance en quelques minutes.

Die With Your Boots On

Pour les derniers réfractaires, “Run To The Hills” rallume l’instinct collectif, avant que “Seventh Son Of A Seventh Son” ne redonne au concert sa dimension narrative. Bruce Dickinson, impressionnant de maîtrise, retrouve cette théâtralité qui fait de chaque morceau long un récit incarné et épique. Sur “The Trooper”, drapeau à la main, il domine la scène tandis qu’Eddie revient en uniforme sous les hurlements de l’Arena. Bientôt, c’est le drapeau français qui flotte devant une foule surexcitée. “Hallowed Be Thy Name” replonge ensuite le show dans la ruelle sombre du début. L’incident a beau avoir été oublié, les yeux sont rivés sur la montre. Il est 23 h 30 passées quand “Iron Maiden” clôt la soirée, Eddie surgissant une dernière fois hors de l’écran, emmenant dans son sillage les six musiciens. Il n’y aura pas de rappel.

La Vierge de Fer tient debout

Au-delà de la coupure, le plus douloureux de cette expérience tient à la disparition de “Fear Of The Dark”, “Wasted Years” et “Aces High”. Trois classiques que l’on tient forcément pour acquis à chaque concert de Maiden, trois hymnes du heavy metal qui resteront ce soir dans tous les esprits sans avoir pu briller dans l’Arena. Dans son communiqué du lendemain, Iron Maiden reconnaîtra la frustration générale, tout en rappelant que cette date devait être filmée “pour une sortie ultérieure“. Que restera-t-il de cette captation ? Mystère. Malgré l’incident, la colère et les longues minutes perdues, la Vierge de Fer a tenu, offrant un exercice de résilience qu’il faut saluer. Alors prions, prions le poing levé pour qu’elle revienne battre le fer tant qu’il est encore chaud.

Iron Maiden Setlist Paris La Défense Arena, Nanterre, France 2026, Run for Your Lives

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Anthony Bé
Fondateur - Rédacteur en chef du webzine RockUrLife