
Le coup d’envoi de cette édition 2026 se fait sous un soleil de plomb. Dès les premières heures, le ton est donné : les zones d’ombre sont prises d’assaut, les gourdes se remplissent à toute vitesse et les rappels des organisateurs concernant les fortes chaleurs rythment déjà cette première journée. Une météo extrême qui n’empêche pourtant pas les festivaliers d’investir massivement le site, accueillis cette année par une nouvelle statue dédiée à Ozzy Osbourne, figure incontournable du festival et du metal en général.
Cette édition débute également dans un contexte particulier. Plusieurs annulations de dernière minute viennent légèrement rebattre les cartes, tandis que le thème Tales From The Pit plonge le Hellfest dans une ambiance inspirée des célèbres récits horrifiques des années 90. Malgré ces imprévus, l’excitation est intacte : quatre jours de musique attendent les dizaines de milliers de festivaliers présents à Clisson.
ODC (Hellstage)
Avant de rejoindre les scènes principales, direction la Hellstage où ODC lance les hostilités avec un metal alternatif moderne porté par une énergie communicative. Emmené par une Célia particulièrement investie, le groupe parisien ne tarde pas à capter l’attention d’un public encore en train de prendre ses marques sur le site.
Le mélange entre refrains efficaces, passages plus lourds et incursions rappées fonctionne plutôt bien, notamment grâce aux interventions de Sonny, bassiste du groupe, qui vient renforcer plusieurs morceaux au micro. Sans révolutionner le genre, ODC livre une prestation solide qui remplit parfaitement son rôle de mise en jambes. Une entrée en matière convaincante qui laisse penser que la formation pourrait rapidement prétendre à une scène plus exposée lors des prochaines éditions.
Truckfighters (Valley)
Quelques mètres plus loin, la Valley accueille les Suédois de TRUCKFIGHTERS. Malgré une chaleur déjà écrasante, le duo ne tarde pas à imposer son stoner rock massif, porté par des riffs épais et une section rythmique implacable.
Le contraste entre les deux musiciens saute rapidement aux yeux. Pendant qu’Oskar “Ozo” Cedermalm reste concentré derrière sa basse, Niklas “Dango” Källgren parcourt la scène sans relâche, multipliant les déplacements et insufflant une énergie permanente au concert. Cette opposition donne un vrai relief à une prestation qui alterne les classiques du groupe et plusieurs morceaux de Masterflow, premier album studio publié après une décennie d’absence.
Si quelques passages vocaux se montrent légèrement en retrait, l’ensemble reste particulièrement convaincant. “Mind Control”, “Desert Cruiser” ou encore “Truce” rappellent pourquoi Truckfighters demeure l’une des références incontournables de la scène stoner européenne.
We Came As Romans (Mainstage 1)
Devant la Mainstage 1 pour assister au véritable lancement des festivités. Douze ans après sa première apparition à Clisson, WE CAME AS ROMANS retrouve le Hellfest avec un nouvel album à défendre, All Is Beautiful… Because We’re Doomed, largement représenté dans une setlist résolument tournée vers l’avenir.
Dès les premiers morceaux, Dave Stephens multiplie les interactions avec le public. Wall of death, appels aux circle pits et encouragements constants permettent rapidement de faire oublier la température étouffante qui règne encore devant la scène. Le frontman n’hésite d’ailleurs pas à qualifier le Hellfest de “l’un des festivals les plus cool du monde”, visiblement heureux de retrouver le public français.
Musicalement, le groupe conserve ce mélange caractéristique entre agressivité et mélodies fédératrices qui a construit son identité depuis près de vingt ans. Si quelques passages en chant clair manquent parfois de précision, l’intensité générale ne retombe jamais. L’émotion liée au souvenir de Kyle Pavone reste évidemment présente en toile de fond, mais We Came As Romans regarde désormais vers l’avant avec une assurance retrouvée.
Mikkey Dee (Mainstage 2)
Difficile de ne pas ressentir une certaine émotion lorsque MIKKEY DEE monte sur scène à quelques dizaines de mètres seulement de la statue de Lemmy. Entouré de Viktor Skatt et William Dickborn, le batteur suédois propose bien plus qu’un simple concert hommage : une véritable célébration de l’héritage laissé par Motörhead.
“We are not Motörhead“, rappelle-t-il d’emblée. Le message est clair. Il ne s’agit pas d’imiter un monument intouchable mais d’en faire vivre les chansons avec sincérité. L’alchimie entre les musiciens fonctionne immédiatement, portée par un Viktor Skatt dont la voix et la présence évoquent inévitablement Lemmy sans jamais tomber dans la caricature.
L’apparition de Chuck Garric sur “Killed By Death” offre l’un des grands moments du concert, avant un final explosif sur “Ace Of Spades” puis “Overkill”. Une manière idéale de lancer véritablement cette édition 2026.
Elder (Valley)
Retour du côté de la Valley où ELDER transforme progressivement la chaleur étouffante en véritable expérience hypnotique. Les Américains installent immédiatement leur univers, fait de longues constructions progressives, de riffs sinueux et d’atmosphères planantes.
La setlist, volontairement resserrée, laisse respirer chaque composition. Les extraits de Through Zero s’intègrent naturellement aux morceaux plus anciens, confirmant l’évolution progressive du groupe sans renier ses racines stoner.
Loin de rechercher l’efficacité immédiate, Elder préfère laisser chaque titre se développer lentement. “Halcyon”, monumental morceau final, embarque littéralement la Valley dans un voyage psychédélique dont il faut plusieurs minutes pour redescendre. Un moment suspendu, parfaitement à sa place dans ce décor poussiéreux.
The Plot In You (Mainstage 1)
Le metalcore américain reste à l’honneur avec THE PLOT IN YOU. Plus introspectif que son prédécesseur, le groupe de Landon Tewers installe immédiatement une atmosphère plus sombre, portée par des projections vidéo soignées et un son particulièrement précis.
Landon impressionne une nouvelle fois par sa capacité à alterner chant mélodique et passages beaucoup plus abrasifs. Les morceaux issus des dernières sorties trouvent naturellement leur place aux côtés d’incontournables comme “Left Behind” ou “Feel Nothing”, repris avec enthousiasme par les premiers rangs.
La chaleur et l’immensité de la Mainstage limitent toutefois légèrement les échanges avec le public. L’univers du groupe semble réclamer davantage de proximité pour dévoiler toute sa richesse. Cela n’empêche pas The Plot In You de signer une prestation maîtrisée qui confirme son statut parmi les formations les plus intéressantes du metalcore moderne.
The Pretty Reckless (Mainstage 2)
Direction la Mainstage 2 où Taylor Momsen retrouve le Hellfest avec une assurance qui ne cesse de grandir au fil des années. Dès son arrivée, la frontwoman impose naturellement sa présence, alternant regards complices, attitude rock’n’roll assumée et une maîtrise vocale qui ne souffre d’aucune contestation.
Le groupe navigue avec aisance entre les morceaux qui ont construit sa réputation et plusieurs extraits de Dear God, attendu quelques jours plus tard. “For I Am Death” dévoile toute sa noirceur tandis que “When I Wake Up” permet à Taylor Momsen de quitter la scène quelques instants pour venir saluer les premiers rangs, provoquant une explosion d’enthousiasme au passage.
Comme souvent chez THE PRETTY RECKLESS, c’est surtout l’interprétation qui fait la différence. Le timbre rauque et bluesy de la chanteuse donne une identité immédiate aux morceaux, sublimée par une formation particulièrement en place. Si certains passages plus instrumentaux paraissent légèrement étirés, notamment lors du solo de Ben Phillips sur “Heaven Knows”, l’ensemble reste d’une grande maîtrise. Le final sur “Going To Hell”, accompagné de la traditionnelle photo avec le public, conclut une prestation élégante et efficace.
Breaking Benjamin (Mainstage 1)
Attendu de longue date par une partie du public européen, BREAKING BENJAMIN signe enfin son retour sur le vieux continent. Une rareté qui s’explique facilement : le groupe privilégie habituellement les tournées nord-américaines, Benjamin Burnley rappelant lui-même avec humour que la formation traverse désormais l’Atlantique… en bateau.
Les premiers morceaux peinent pourtant à pleinement convaincre. Le mix met fortement les guitares en avant, reléguant parfois le chant au second plan, tandis que quelques aigus se montrent un peu agressifs. Sur scène, le groupe reste relativement statique, préférant laisser parler son répertoire plutôt que de multiplier les interactions.
Heureusement, les classiques reprennent rapidement leurs droits. “Failure”, “Breath”, “So Cold” ou encore “I Will Not Bow” rappellent pourquoi Breaking Benjamin demeure une référence du rock alternatif américain des années 2000. L’émotion atteint son apogée lorsque résonnent les premières notes de “The Diary Of Jane”, reprise d’une seule voix par une foule conquise. Une prestation qui monte progressivement en puissance et confirme que le groupe conserve intacte sa capacité à fédérer.
Borknagar (Temple)
Changement total d’ambiance sous la Temple avec les vétérans norvégiens de BORKNAGAR. Entre black metal atmosphérique, folk nordique et envolées progressives, la formation propose l’un des sets les plus singuliers de cette première journée.
L’ouverture sur “Nordic Anthem” donne immédiatement le ton. Les harmonies vocales, portées par Lars Nedland et ICS Vortex, installent une atmosphère majestueuse malgré un mix qui masque parfois légèrement les parties en chant clair. Cela n’empêche pas le public, composé en grande partie de connaisseurs, de répondre présent tout au long du concert.
“Moon”, “Voices” ou encore “Colossus” illustrent parfaitement la richesse du répertoire des Norvégiens, capables d’alterner puissance et mélodie avec une remarquable fluidité. Une prestation qui rappelle, s’il le fallait encore, pourquoi Borknagar reste l’un des groupes les plus respectés de la scène metal extrême mélodique.
The Halo Effect (Altar)
S’il est impossible d’évoquer THE HALO EFFECT sans penser à In Flames, le supergroupe suédois prouve rapidement qu’il possède aujourd’hui sa propre identité. Porté par Mikael Stanne, dont la présence fédère immédiatement le public, le quintette déroule un death metal mélodique aussi efficace que fédérateur.
Les morceaux issus de March Of The Unheard s’enchaînent avec naturel, soutenus par une exécution irréprochable et un enthousiasme communicatif. Les musiciens semblent sincèrement touchés par l’accueil réservé à cette première apparition du groupe au Hellfest, multipliant les sourires et les remerciements entre les titres.
Sans chercher à réinventer le son de Göteborg, The Halo Effect en livre une version moderne et particulièrement inspirée. Les nombreux chants repris par le public témoignent de l’engouement déjà suscité par cette formation pourtant récente, qui confirme ici tout son potentiel.
Uncle Acid & The Deadbeats (Valley)
À mesure que le soleil décline, la Valley retrouve un décor qui semble davantage convenir à UNCLE ACID & THE DEADBEATS. Si l’on a davantage l’habitude de voir les Britanniques évoluer dans la pénombre de salles enfumées, leur rock psychédélique aux accents doom trouve malgré tout parfaitement sa place en cette fin de journée.
Privé d’une partie de sa scénographie habituelle, le groupe laisse parler l’essentiel : ses compositions. L’arrivée de Rachel Burnett apporte une nouvelle couleur à l’ensemble grâce à ses interventions aux claviers, au saxophone et aux chœurs, tandis que Kevin Starrs se montre étonnamment expressif sur scène, notamment lors de “Pusher Man” ou “Melody Lane”.
Le final sur “I’ll Cut You Down” achève un concert d’une remarquable maîtrise, rappelant combien Uncle Acid & The Deadbeats s’est imposé comme l’une des références du rock occulte contemporain.
Papa Roach (Mainstage 1)
La température commence enfin à redescendre légèrement lorsque PAPA ROACH investit la Mainstage 1. Devant une foule particulièrement compacte, les Californiens livrent rapidement l’une des prestations les plus explosives de cette première journée.
Jacoby Shaddix ne tient jamais en place. Dès les premiers morceaux, il rejoint les barrières puis se lance au cœur du public, multipliant les interactions sans jamais perdre en intensité. Son énergie semble inépuisable et entraîne instantanément toute la fosse dans une immense fête.
Si les classiques comme “Getting Away With Murder”, “Scars” ou “Last Resort” provoquent naturellement une réaction immédiate, Papa Roach regarde également vers l’avenir avec “See U In Hell”, récemment dévoilé sur la bande originale de Devil May Cry. L’apparition de ses deux fils sur scène apporte une touche particulièrement émouvante à un concert déjà riche en moments forts.
La désormais célèbre “Nu Metal Time Machine“, ponctuée de clins d’œil à Korn, Limp Bizkit, Deftones ou encore System Of A Down, transforme définitivement la Mainstage en gigantesque célébration. Une démonstration de savoir-faire qui confirme, une fois encore, le statut incontournable de Papa Roach en festival.
All Time Low (Warzone)
Sur le papier, voir ALL TIME LOW sur la Warzone pouvait surprendre. Le pop punk des Américains semble à première vue éloigné de l’identité plus rugueuse de cette scène. Pourtant, les doutes s’effacent rapidement.
Porté par un Alex Gaskarth particulièrement en forme, le groupe transforme son concert en véritable concentré de bonne humeur. Entre appels permanents à sauter, échanges complices avec le public et refrains imparables, la Warzone se remplit progressivement jusqu’à offrir un spectacle particulièrement réjouissant.
Les nouveaux morceaux trouvent naturellement leur place au milieu des classiques, tandis que “Sleepwalking” illumine la fosse grâce aux téléphones levés vers le ciel. L’inévitable “Dear Maria”, “Count Me In” conclut le concert dans une ambiance euphorique, confirmant qu’All Time Low possède toujours cette capacité à fédérer plusieurs générations d’amateurs de rock alternatif.
Alice Cooper (Mainstage 2)
Véritable monument du rock, l’Américain démontre une nouvelle fois que son sens du spectacle reste intact, mêlant théâtre, humour noir et grands classiques dans une production aussi généreuse qu’efficace.
Plutôt que de s’appuyer immédiatement sur ses plus grands succès, ALICE COOPER prend le temps d’installer son univers avant de dérouler les incontournables “I’m Eighteen”, “Poison” ou encore “Hey Stoopid”. Comme toujours, la mise en scène joue un rôle essentiel : guillotine, exécutions théâtrales et accessoires improbables s’enchaînent avec une précision parfaitement rodée.
La belle surprise vient d’Anna Cara. Chargée de remplacer temporairement Nita Strauss, la jeune guitariste britannique impressionne par sa technique et son aisance, s’offrant un solo particulièrement applaudi. Le final, mêlant “School’s Out”, “Another Brick In The Wall” et une reprise de “Smells Like Teen Spirit”, provoque une immense communion malgré un clin d’œil aussi inattendu qu’assumé. Une recette que l’on connaît presque par cœur, mais dont l’efficacité ne faiblit jamais.
Bring Me The Horizon (Mainstage 1)
Après le vibrant hommage rendu à Ozzy Osbourne quelques minutes plus tôt, BRING ME THE HORIZON hérite de la responsabilité de conclure la Mainstage 1 de cette première journée. Une position hautement symbolique qui illustre parfaitement l’évolution des Britanniques, passés en quelques années du statut de groupe clivant à celui de véritable tête d’affiche internationale.
Le décor, évoquant une cathédrale futuriste progressivement envahie par la végétation, donne immédiatement le ton. Écrans géants, pyrotechnie omniprésente, explosions, flammes et nombreuses séquences vidéo accompagnent un spectacle pensé dans les moindres détails. Plus qu’un simple concert, Bring Me The Horizon propose une véritable expérience visuelle.
Oliver Sykes impressionne autant par sa présence que par sa prestation vocale. Visiblement ému d’occuper cette place sur l’affiche, il remercie longuement le public tout en saluant la résistance des festivaliers face aux températures extrêmes. Les hymnes “Mantra”, “Teardrops”, “Happy Song”, “Kool-Aid” ou “Can You Feel My Heart” déclenchent une réponse immédiate d’une foule entièrement acquise à la cause des Anglais.
Le concert réserve également plusieurs moments marquants. Une séquence interactive transforme temporairement la Mainstage en karaoké géant, tandis que l’arrivée surprise de Will Ramos sur “Antivist” injecte une dose supplémentaire de brutalité dans un show déjà particulièrement intense. Plus tard, Oliver descend au plus près des premiers rangs avec sa caméra embarquée pour partager quelques instants de proximité avec les festivaliers avant de terminer le concert coiffé d’un improbable chapeau en forme de poussin, offert par un fan.
Lorsque résonne “Throne”, impossible de ne pas constater le chemin parcouru par le groupe depuis ses débuts. Bring Me The Horizon n’est plus seulement une référence du metalcore moderne : il est devenu une machine de festival parfaitement huilée, capable de conjuguer émotion, spectacle et efficacité avec une maîtrise impressionnante.
Social Distortion (Warzone)
Pendant qu’une partie du public rejoint les Mainstages, la Warzone accueille Social Distortion pour un final placé sous le signe du rock n’roll le plus sincère.
Après une longue absence liée aux problèmes de santé de Mike Ness, le groupe retrouve enfin la scène avec une énergie intacte. Les nouveaux morceaux issus de Born To Kill s’intègrent parfaitement aux classiques qui ont construit la réputation des Californiens depuis plus de quarante ans.
Sans artifices ni démonstration inutile, Social Distortion privilégie l’authenticité. La voix de Mike Ness, retrouvée après son combat contre le cancer, apporte une émotion supplémentaire à un concert où chaque refrain est repris par une Warzone entièrement acquise à leur cause.
Bilan
Malgré une chaleur éprouvante qui aura mis les organismes à rude épreuve, cette première journée du Hellfest 2026 tient toutes ses promesses. Entre confirmations attendues, belles surprises et prestations XXL, Clisson démontre une nouvelle fois sa capacité à réunir les différentes générations du métal autour d’une programmation aussi éclectique que cohérente. Cette entrée en matière lance idéalement quatre jours qui s’annoncent déjà mémorables.






