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HELLFEST 2022 – Jour 4 (23/06/22)

Les conditions climatiques nous ont joué quelques mauvais tours durant l’entre-deux Hellfest, mais ce sont avec les batteries rechargées que nous attaquons cette deuxième partie ! Place à l’entrée avec une journée plus light (du moins sur le papier) !

PHIL CAMPBELL & THE BASTARD SONS (Mainstage 01) – Vous faut-il présenter Phil Campbell ? L’illustre guitariste et compagnon de route de regretté Lemmy se charge d’inaugurer cette seconde première journée avec sa formation rock n’roll. L’événement est attendu, la foule est présente en masse et celle-ci est aux anges. Au programme : du Motörhead, un soupçon de Motörhead et un supplément Motörhead ! Des reprises à gogo qui rendent hommage à notre bon vieux Lemmy, dont la nouvelle statue a belle allure du côté de la Warzone.


TYLER BRYANT & THE SHAKEDOWN (Mainstage 02) – Le groupe, habitué des premières parties de géants de la musique comme AC/DC ou les Guns N’Roses, vient défendre ses titres en cette début de première journée. Le rock bien construit et dynamique du groupe semble avoir du mal à percer auprès du grand public, et c’est à se demander pourquoi. Tyler Bryant brille par sa maîtrise de son instrument. Derrière lui Caleb Crosby se déchaine sur une batterie qui semble trop petite pour lui. Le spectacle est assuré, les musiciens rayonnent de bonheur et finissent par convaincre tout le monde.


THUNDER (Mainstage 01) – C’est à 17h que les Londoniens de Thunder, sur l’intro d’AC/DC “Thunderstruck” (mais quelle imagination !) emmené par leur chanteur et fondateur Danny Bowes, investissent la scène devant un parterre d’une affluence respectable vu l’ancienneté du groupe (création en 1989) et le style proposé (hard-rock old school). Le set débute par le dynamique “Last One Out Turn Off The Lights” un extrait de leur avant-dernier album All The Right Noises (2021) dont la sortie avait été reportée d’un an en raison de la pandémie, suivi de “The Western Sky”, titre très rock groovy issu du dernier album Dopamine (2022). Le frontman, sous un air sévère et pas toujours charismatique, fait participer le public sur “Higher Ground” avant d’introduire le prochain titre qu’il définit comme une “chanson sur la masturbation“, “The Devil Made Me Do It”. Il nous présente le guitariste Luke Morley, avant la ballade “Low Life In High Places” qui tournait beaucoup sur MTV en 1992. Alors évidemment, vu l’âge des musiciens, on n’est pas dans l’énergie de Jinjer, mais plus dans celle des excellents FM, qui avaient sévis sur la même scène en 2019. Plutôt taquin en fin de set où il demande au public de se taire pour l’écouter, mais toujours très bon vocalement, et profitant de l’avancée de scène, Danny nous indique qu’il ne leur reste plus qu’un titre mais qu’il dure vingt minutes !

C’est évidemment le fameux “Dirty Love” qui clos un set de quarante minutes passés très rapidement (pas évident en sept titres de défendre les nouveaux albums tout en incluant les classiques de la grande époque) avec une réelle bonne humeur, illustrée par une dame bien alcoolisée qui passe derrière tout le monde, une personne par une personne pour les prendre par les épaules pour les faire danser.


UFO (Mainstage 01) – Déjà onze années depuis leur dernier passage au Hellfest. Mais cette fois-ci, ce sera la dernière d’UFO. La formation anglaise célèbre ses cinquante ans de carrière et avait annoncé sa prochaine retraite. Il faut dire que Phil Mogg (chant) approche des 75 ans, et que leur parcours fut une révélation pour une grande partie des groupes des années 80 et 90. C’est donc avec une certaine émotion, face à cet emblématique groupe que nous dégustons les classiques tels que “Rock Bottom”, “Lights Out” et “Doctor Doctor”. Un show mené avec classe !


STEVE VAI (Mainstage 02) – Alors oui, pour beaucoup, son style parfois très innovateur ou partant trop en improvisation “maitrisée” font qu’on lui préfère souvent un Joe Satriani, autant technique mais bien plus accessible. Le gros son est là, et on constate dès le départ que Steve Vai a toujours un côté sensuel dans ses déplacements avec sa guitare, qui était l’une de ses marques de fabrique lorsqu’il était dans Whitesnake qui se produit juste après. Une sensualité qui rappelle fatalement celle de Rudy Sarzo (basse, notamment et également avec Whitesnake ). Avec “Avalancha”, tiré du dernier album Inviolate (2022), le maestro est sublime dans son jeu, aérien, puissant, tout en étant bien épaulé par les épatants Jeremy Colson à la batterie et Philip Bynoe à la basse. Le super heavy “Giant Balls Of Gold” écrase tout. Un “Tender Surrender” de toute beauté voit nos voisins s’écharper gentiment (l’un a qualifié la musique de Vai de “branlette de manche“, alors que l’autre, fan, se retenait difficilement en arguant qu’au contraire, son jeu était d’une finesse et sensibilité sans égale, que tout était réfléchit).


L’intro au tapping de “Building The Church” retentit et le guitariste continue bien évidemment d’impressionner l’assistance, tellement on le sent à l’aise avec plusieurs styles. Lorsqu’apparaisse sur l’écran géant les images du film “Crossroads” (1986, avec Ralph Macchio de “Karaté Kid”, et Steve Vai en personne) où les deux protagonistes livrent un duel de guitares de toute splendeur où l’âme est en jeu. Ensuite, “For The Love Of God” fait un peu retomber l’ambiance malgré tout, tant nous sommes dans les excès de technique ou d’improvisation. Toujours avec le sourire, il est difficile d’ignorer son côté sympathique autant que son talent, même si par moment, il n’est pas évident de rentrer dans sa musique sans la connaître parfaitement. Quoiqu’il en soit, une heure de maestria indiscutable.


ZEAL & ARDOR (Temple) – A voir la foule qui déborde de partout pour venir voir le groupe, il ne fait aucun doute que la réputation de Zeal & Ardor est faite. Le concept fou de fusionner black metal et negro spiritual déchaine les passions. Armé de son nouvel album Zeal & Ardor (2022), le projet de Manuel Gagneux se lance sous la tente du Temple. Si les titres du nouvel album manquent un peu de relief sur disque, il est en tout autre sur scène. La présence des choristes aux côtés de Manuel amène l’émotion et la profondeur nécessaires pour faire vivre les morceaux. Leurs chants, sur les parties de negro spirituels, filent des frissons tandis que la batterie soutien le déferlement de violence des parties de black metal. Le public applaudit avec tant de ferveur chaque titre joué que le chanteur est presque prêt à laisser perler une larme. Visiblement ému, il a dû mal à communiquer en Français. Un accueil chaleureux et mérité, car la prestation est prenante. Les titres plus anciens comme “Blood In The River” ou “Devil is Fine” ont pris de l’ampleur avec le temps. L’incroyable “Feed The Machine” fait trembler Clisson. Un projet à voir sur scène de toute urgence !

INSOMNIUM (Altar) – De la douceur, de la volupté et… du death metal mélodique avec Insomnimum ! Pour ce troisième passage au Hellfest, les Finlandais attaquent l’Altar avec fougue et détermination. Malgré la sortie de Argent Moon (2021) l’année dernière, le combo se concentre sur Heart Like A Grave (2019) et Shadows Of The Dying Sun (2014). Peu importe, les dernières sorties Niilo Sevänen (chant & basse) et ses collègues sont plus que réussies. Malgré des thématiques sombres et mélancoliques, Insomnium déploie sa création tout en finesse et maitrise. Si la balance laisse parfois à désirer du côté des guitares, “Mortal Share”, “Unsung” ou encore “While She Sleep” ont raison de nous : il ne fallait pas manquer leur offrande musicale du jour.

WHITESNAKE (Mainstage 01) – Cinq minutes à peine après Steve Vai, nous passons au groupe qu’il l’a rendu célèbre dans le monde (et où il se tirait la bourre littéralement méchamment avec l’autre guitariste Adrian Vandenberg) : Whitesnake ! Première mauvaise surprise, l’absence de Reb Beach à la guitare, laissant bien seul le pourtant très souriant Joel Hoekstra sur le second manche. Ensuite, et cela sera un véritable chemin de croix tout le concert pour le frontman David Coverdale, qui n’y arrive pratiquement pas vocalement. Il a beau se démener en utilisant énormément les avantages de l’avancée de scène, il fait clairement trop son “Sardou“, en faisant chanter le public dès qu’il le peut, même sur les couplets. Mais nous ne boudons pas notre plaisir devant une setlist foncièrement en mode best of. Le son est très bon, Tommy Aldrige (71 ans quand même) montre, pendant que Joel Hoekstra, arborant son sourire ultra bright, fait le show que ce soit dès “Bad Boys”, “Love Ain’t No Stranger” ou l’indispensable “Fool For Your Loving”. D’ailleurs, juste avant ce titre, Coverdale prend un moment pour discuter un peu avec le public, en confirmant que “vous pouvez prendre toutes les photos que vous souhaitez, la prochaine fois, je ne serais pas là” avant d’ajouter “putain, Steve Vai !” (référence au concert précédent), et d’une voix aussi grave que charmeuse, “Once a snake, always a snake“. Et on se prend à rêver.

Épaulés par deux claviers, Michele Luppi et le fabuleux Dino Jelusic, couverture musicale plus que nécessaire dans cette configuration de line up, le Serpent Blanc attire toutes les attentions. La sublime bassiste Tanya O’Callaghan, présentée par Coverdale comme l’unique membre féminine de l’histoire du combo, au jeu aussi ravageur que son sourire. Le final “Still Of The Night” voit, comme espéré, l’arrivée de Steve Vai au milieu de ses anciens complices pour une interprétation sans faille de sa part, malgré des problèmes de retours. Malgré les problèmes de voix de la légende Coverdale, force est de constater que ce concert reste un excellent moment pour le public, et ce n’est pas la reine d’Angleterre qui dira le contraire (en fin de show, une image montrant la reine tenant dans sa main un CD du best of du groupe est diffusée sur l’écran géant, déclenchant de nombreux sourires).

BURY TOMORROW (Warzone) – C’est du côté de la Warzone qu’on retrouve les Britanniques qui nous ont confiés plus tôt dans la journée être chargés à bloc pour ce set ! Le groupe célèbre son premier Hellfest avec sous le bras deux nouveaux singles, “DEATH (Ever Colder)” et “LIFE (Paradise Denied)”, issus de leur prochain album dont la sortie n’est pas encore confirmée. Deux nouveaux membres ont également rejoint le groupe en mars dernier, Ed Hartwell (guitare) et Tom Prendergast (chant) qui remplace Jason Cameron. Ces derniers semblent avoir rapidement pris leurs marques et évoluent avec une aisance qui ne laisse à aucun moment penser qu’ils viennent de rejoindre le groupe ! Bury Tomorrow viennent prouver qu’ils en ont dans le ventre, et ce, malgré quelques années tumultueuses. Quel plaisir de pouvoir réentendre “Earthbound”, “Black Flame” ou encore “Man On Fire” en live !

HANGMAN’S CHAIR (Valley) – Le quatuor français, en pleine promotion de son nouvel album A Loner (2022), est la deuxième tête d’affiche de la Valley. Le concert a été choisi pour être diffusé sur Arte, c’est une forme de belle reconnaissance pour le groupe. Le show débute et les premières impressions sont marquées par des problèmes de son. Les guitares et la voix de Cédric Toufouti sont inaudibles. La batterie prend le dessus sur tout. Difficile d’apprécier toute la subtilité des compositions du groupe dans ces conditions. Pourtant, des titres comme “An Ode To Breakdown” ou “Cold And Distant” sont de véritables perles sur disque. Chaque musicien est totalement habité sur scène. Les riffs lourds et cinglants font vibrer la Valley. Il manque juste les passages plus aériens portés par la voix de Cédric. Hangman’s Chair trouve réellement son équilibre dans les deux derniers titres, le single “Loner” et l’émotionnel “A Thousand Miles Away”. Les Parisiens terminent sur une note positive.

SCORPIONS (Mainstage 01) – L’illustre formation allemande est toujours là. Exit les tournées d’adieu, Scorpions continue sur sa lancée, suite à une belle tournée française, et s’attaque du nouveau à la Mainstage du Hellfest. Quoi de neuf chez Klaus Meine et Rudolf Schenker ? Un nouvel album ! Le très réussi Rock Believer ne cesse de nous charmer avec son énergie, ses riffs et son retour aux sources. Les quatre titres tirés de ce dernier passent haut la main l’épreuve du live. Puis Scorpions fait du Scorpions. Fidèle à lui-même, le groupe enchaine ses plus grands succès, ceux pour lesquels le public se déplace à chaque fois en masse. Malgré des débuts plus que délicats, Klaus a redressé la barre, mais il n’était visiblement pas au top de sa forme.


Les classiques “Wind Of Change”, “Still Loving You” et “Rock You Like A Hurricane” animent les foules, avec notamment Phil Campbell qui s’invite sur scène pour interpréter ce final. Suivra un hommage à Lemmy, en compagne de Phil Campbell et Mikkey Dee, les illustres compagnons de route de ce dernier. De toute évidence une séquence pleine d’émotion. Mais Lemmy veille de là où il est.


RISE AGAINST (Warzone) – Quelle meilleure manière de conclure une journée au Hellfest qu’avec Rise Against. Les révoltés sont de retour sur la Warzone pour essaimer leurs messages politiques. Un set qui démarre avec le single phare “Prayer For The Refugee” et “Satellite”. La fosse réagit bien aux morceaux sans pour autant exploser. Tim McIlrath prend souvent le micro pour introduire les titres, expliquer leurs contenus et donner quelques leçons de politique. Il appelle à une révolution sans homophobie, sans racisme, sans violence et sans sexisme.  Force est de constater qu’il y a toujours aussi peu de femmes sur scène au Hellfest. La fosse n’est pas très réceptive aux prises de paroles intempestives, plus à la recherche d’un défouloir que d’un meeting révolutionnaire. Le fait que le chanteur s’exprime en anglais renforce sûrement une forme de distance avec une audience majoritairement francophone. Le show décolle un peu avec “Re-Education (Through Labor)” et “Savior” qui viennent conclure un set mitigé.


JERRY CANTRELL (Valley) – Que dire. Une légende de plus dans ce paysage déjà rempli d’icône de la scène metal. Fondateur et guitariste d’Alice In Chains, mais aussi chanteur, que ce soit avec la formation phare du grunge ou en solo, Jerry Cantrell incarne une époque, un style, une scène particulière. Alors qu’AiC n’était plus actif, Cantrell s’est évadé, en solo. Il aura fallu attendre quasi vingt ans pour qu’il propose à nouveau une sortie solo avec Brighten (2021). Avec le retour d’Alice In Chains en 2005 et 2006, ce dernier semble avoir trouvé un nouvel équilibre, tant artistique que personnel et son troisième album solo en est le témoin. Bien que certaines sonorités rappellent inéluctablement son projet principal, Brighten est bien loin de Boggy Depot (1998) et Degradation Trip (2002). Quoiqu’il en soit, ce retour est attendu, la Valley est pleine à craquer. Cette monture solo voit également l’addition de Greg Puciato (The Dillinger Escape Plan) et le producteur Tyler Bates, fidèle collègue de Jerry. La prestation est sobre, forte, puissante ! Quelques reprises étaient évidemment attendues, mais c’est un total de dix reprises (!!!) d’Alice In Chains qui sont intégrés au set. Refrains chantés, criés, âmes et corps en transe, la Valley est bien loin de s’endormir ! Mention spéciale à ce diable Puciato, dont la prestation est à saluer, son slam en fin de concert également. Quel fabuleux concert pour conclure ce jeudi !

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Textes : Chante BasmaMarion DupontCélia T., Fabien Durand
Photos : Emilie Bardalou

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