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HELLFEST 2022 – Jour 2 (18/06/22)

Pour cette deuxième journée, le programme est bien chargé avec notamment un après-midi rock n’roll et l’unique date européenne, de l’été 2022, de Ghost !

KARRAS (Altar) – Les Français ouvrent le bal avec un son rugueux et une ambiance lugubre à souhait. Karras se transforme en un rouleau compresseur. Yann Heurtaux (Mass Hysteria) assène riff sur riff et Etienne Sarthou (AqME, Deliverance) tient une batterie toujours aussi solide. Au chant, Diego semble habité, sa puissance vocale est captivante. Rapide, efficace et violent, la recette parfaite pour entamer la journée.

DUEL (Valley) – Du stoner à la texane ou l’assurance de passer un bon moment sous la Valley. Des guitares lancinantes, des riffs lourds et une puissance envoûtante. Les deux Américains savent manier les codes de leur musique. L’exécution est parfaite, mais il manque ce petit plus qui ferait décoller le set et le public. Les artistes semblent communier dans un trip collectif. Le set est plaisant, sans plus.

ME AND THAT MAN (Valley) – Projet hipster/dandy de Nergal (Behemoth) et John Porter, cette nouvelle formation compte trois albums et de nombreux invités. Pleine à craquer, la Valley semble attendre le récital avec une certaine impatience, se protégeant par la même occasion du soleil et de la fournaise. L’ambiance est relativement solennelle, une certaine aura se dégage du combo. Malgré quelques soucis techniques, le frontman et ses acolytes assurent un bon set. Les thématiques (“My Church Is Black”, “Burning Churches”, “Love & Death”) laissent à penser à une version édulcorée de sa formation la plus extrême. M’enfin.

FRUSTRATION (Warzone) – Groupe emblématique de punk français, Frustration est un savant mélange de punk rock et de new wave. Les sonorités électro prennent vie sur la scène de la Warzone. Chaque morceau est l’occasion de faire passer quelques messages politiques. Fabrice Gilbert, vêtu d’une chemisette old school, s’exprime avec une forme de cynisme et d’humour bien dérangeant. Le public a du mal à se bouger avec la chaleur extrême de cette journée. Mais des titres aussi efficaces que “No Trouble” ou “Blind” ne laissent personne de marbre.

LOUDBLAST (Altar) – La référence française de la scène death metal est en place pour retourner la tente de l’Altar. Stéphane Buriez, entouré de nouveaux musiciens, semble en pleine forme. Il arpente la scène, cherchant du regard un public tout acquis à sa cause. Les morceaux sont exécutés à toute vitesse avec une agressivité et une puissance infaillible. Monsieur Buriez rappelle pourquoi il est le patron de cette scène à chaque fois qu’il passe derrière le micro. La fosse s’agite dans tous les sens pour faire honneur à ces titres. Une setlist assez classique, qui fait rugir l’Altar.

THE DARKNESS (Mainstage 02) – La fratrie Hawkins visite enfin Clisson ! Justin (chant/guitare) et Dan (guitare) accompagnés de Frankie Poullain (basse) et Rufus Tiger Taylor (batterie), se pointent sous une chaleur déjà intenable ! Cela n’arrêtera pas les Anglais de The Darkness d’étaler leur rock n’roll fédérateur sur nos corps déjà mis à rude épreuve. Au programme, un pur concentré de riffs et de mélodies enivrantes. Du titre éponyme de leur dernier album en date Motorheart (2021), à leurs classiques tirés de l’énorme Permission To Land (2003), Justin Hawkins et les siens assurent musicalement et font le show. Cerise sur le gâteau, Michael Starr des Steel Panther, qui observait la prestation sur le côté de scène, rejoint les festivités et épaule Justin au chant pour un grandiose final lors de “I Believe In A Thing Called Love”. Du rock, des déhanchés et des paillettes : contrat rempli pour The Darkness !

ALESTORM (Mainstage 02) – Yo ho ho ! Pirates à bâbord… pirates à tribord… nous sommes cernés ! L’épopée fantastique en compagnie d’Alestorm démarre. Accrochez-vous moussaillons, les vagues vont se succéder, la mer va déferler et l’alcool coulera à flot ! Bref, vous l’avez compris, metal + pirates = ce fameux groupe qui installe un canard géant sur scène. Le capitaine Christopher Bowes (chant/keytar) et ses adjoints investissent une grande scène après avoir anéanti les tentes. Plus populaire que jamais, les aventuriers délivrent un set -évidemment festif- et axé sur la fête. D’albums en albums, chaque single devient un classique (“Treasure Chest Party Quest”, “Mexico”, “Drink”) et les nouveautés de leur nouvel album Seventh Rum Of A Seventh Rum (2022) (vous avez saisi la référence ?!) s’incorporent avec aisance dans leur show. “Hangover”, “Drink” ou encore “P.A.R.T.Y.” mettent aussi en avant la gaieté du groupe, qui est elle totalement partagée par le parterre de fans en délire. Une aventure épuisante mais ô combien réussie ! Yarr!

RIVAL SONS (Mainstage 01) – Changement de cadre, changement d’ambiance. Place au rock n’roll feutré des Rival Sons. Eux qui nous avaient conquis à l’Olympia fin 2019, eux qui enjambent les paliers de la scène rock, effectuent aujourd’hui leur troisième passage au Hellfest. Avec Feral Roots (2019) dans les valises, ce moment se veut exquis. Si musicalement et scéniquement Jay Buchanan (chant) et Scott Holiday (guitare) assurent une solide prestation, celle-ci est malheureusement impactée par de nombreuses coupures à répétition, notamment côté voix. Quelques envolées et rythmes bien sentis équilibrent quelque peu notre expérience, mais quelle dommage… on tenait là l’une des prestations du weekend ! A revoir vite !

MESSA (Valley) – Les Italiens prennent place sous une Valley bien remplie. Le quatuor de doom metal se démarque avec sa chanteuse à la voix cristalline. L’incorporation de sonorités orientales contribue à donner un sentiment d’évasion. Les contrastes entre les passages aériens et les moments plus lourds sont bien marqués. Néanmoins, au bout d’une moitié de set il est difficile de ne pas trouver les compositions répétitives dans leurs structures. Malgré la beauté du chant, il ne se dégage pas de sentiment d’urgence ou d’envie viscérale. La musique reste dans un carcan un peu trop superficiel, un poil mécanique pour vraiment convaincre.

STEEL PANTHER (Mainstage 02) – Si vous aimez le glam rock et l’humour potache : c’est en Mainstage 2 qu’il faut être aujourd’hui ! Avec du recul, il est quand même assez incroyable qu’un groupe se voulant initialement parodique fête, en 2022, ses treize ans d’activité. Surtout que plus le temps passe, plus les blagues et paroles deviennent limites, ou peut-être qu’elles l’ont toujours été, mais que nous n’avions pas la même sensibilité ?

En tout cas, nous nous prêtons assez facilement au jeu, nous rigolons de bon cœur et en faisant abstraction des paroles : la musique reste excellente. Satchel (guitare) enchaine comme à son habitude les vannes, en rajoutant un peu de Français ici et là. Autre habitude : le groupe fait monter des dizaines de filles sur scène pour chanter “17 Girls In A Row” et “Community Property”, l’une de ses “ballades” si on peut les appeler ainsi ! Steel Panther possède un humour qui peut laisser perplexe, mais le groupe reste néanmoins excellent en concert. Michael Starr (chant) est un chanteur techniquement irréprochable. Son imitation d’Ozzy Ozbourne durant leur cover de “Crazy Train” vaut le détour ! Une fois de plus, Steel Panther sait s’y prendre pour déchainer le Hellfest, et ce, malgré une chaleur caniculaire.

ENSIFERUM (Temple) – Ta da da da, ta da da da ! Comment cela, vous n’avez pas reconnu l’incontournable “Iron” ? Un an, jour pour jour, après leur passage dans le cadre du Hellfest From Home, les Finlandais font cette fois-ci face à une foule, un public, une marrée humaine qui n’attend que de festoyer sous les mélodies et chants vikings/folk ! Leur dernier album Thalassic (2020) est d’entrée mis en avant avec “Rum, Women, Victory” ! Trois autres nouveautés ponctuent la prestation du quintette, dont “Andromeda”, mais le reste est un pur concentré d’énergie et de classiques ! Un retour aux affaires réussi avec des fans en transe. “From Afar”, “Lai Lai Hei”, “One More Magic Potion”, vous l’avez compris, un mini best of des familles qui relancent les drakkars cloués à quai. La prochaine escale : une Mainstage !


MEGADETH (Mainstage 01) – L’heure de retrouver Megadeth pour le premier des deux sets que le groupe joue durant cette édition 2022 exceptionnelle. Le bassiste James LoMenzo fait d’ailleurs son retour dans la formation après avoir quitté le groupe douze ans auparavant. Le set débute avec “Hangar 18” et les fans se réveillent dès les premières notes. Si nous étions restés sur notre faim lors de leur dernière apparition au Hellfest, ce nouveau passage vient corriger le tir. Le groupe est plus en forme que jamais. Dave Mustaine assure au chant et le paquet a été mis sur la scénographie sans pour autant éclipser la performance irréprochable des musiciens. Côté setlist, Megadeth nous a préparé une sélection aux petits oignons : “The Conjuring”, “Sweating Bullets”, “Dystopia”, “Symphony Of Destruction” sans oublier “A Tout Le Monde” repris en chœur par le public. Le groupe revient pour un rappel sur l’incontournable “Holy Wars… The Punishment Due”. Le rendez-vous est pris pour le second set !


SEPULTURA (Altar)- Le groupe mythique était de passage sous la tente de l’Altar. Derrière les fûts, Eloy Casagrande impressionne par sa maîtrise de son instrument. Élément clé dans le succès des compositions du groupe brésilien. Sepultura lance les hostilités avec le puissant “Arise” et la réponse du public est immédiate. Ce n’est pas la chaleur qui va calmer la ferveur des fans présents. Le set prend un instant de répit avec le très beau “Agony Of Defeat” avant de balancer du très très lourd avec “Refuse/Resist” et l’irrésistible “Roots Bloody Roots”. La fosse se transforme en dancefloor géant. Chacun y va de son déhanché pour le plus grand plaisir de Derrick Green, qui sort les tambours pour inciter à plus de mouvements sous l’Altar. Aucun doute sur le fait que les Brésiliens maîtrisent leur sujet.

DEEP PURPLE (Mainstage 02) – Les années passent, les décennies passent et Deep Purple est toujours bel et bien là ! Alors certes, ils ne sont plus tout jeune, mais la magie opère toujours. Les anciens approchent la barre symbolique des quatre-vingt ans, mais continuent de perpétuer leur histoire en musique. “Highway Star”, “Perfect Strangers”, “Space Truckin'”… la setlist est un quasi best of. Les Anglais profitent de l’occasion pour intérpréter, pour la première fois sur scène, “No Need to Shout”, tiré de Whoosh! (2020), leur vingt-et-unième album studio. L’un des événements notables de leur actuelle tournée est l’absence de Steve Morse à la guitare. Ce dernier est au chevet de sa femme malade (ndlr : il a depuis définitivement quitté le groupe pour rester auprès des siens) et est remplacé par l’Irlandais Simon McBride, qui a par le passé déjà joué avec Ian Gillan et Ian Paice. Une tête nouvelle, qui apporte un peu de nouveauté, chaleureusement accueilli par Clisson. “Smoke On The Water” passé, le rappel est lancé tout en groove avec “Caught In The Act”, une des reprises figurant sur leur dernier album Turning to Crime (2021). “Black Night” conclue en beauté, pour un set mené d’une main de maitre.


GHOST (Mainstage 01) – Depuis son dernier passage en 2016, Ghost n’a cessé de gagner en popularité. Il n’est donc pas étonnant de les retrouver en tête d’affiche de ce cru 2022. Un rôle que le groupe rempli ce soir à la perfection ! Si vous êtes familiers avec Ghost, vous n’êtes pas sans savoir que le groupe met le paquet en termes de scénographie. Pas moins de quatre changements de costumes pour l’emblématique Papa Emeritus IV, des effets pyrotechniques, des confettis, une chorale de nonnes, rien est laissé au hasard. Le groupe fait son entrée sur “Kaiserion”, premier titre de leur dernier album Impera (2021) et enchaine avec “Rats” et “From The Pinnacle To The Pit”. “Year Zero” et “Ritual” sont toujours présentes dans la setlist malgré les années. On retrouve aussi “Faith”, “Mummy Dust”, “He Is” ou encore “Cirice”. Côté nouvel album, le groupe nous joue “Spillways”, “Hunter’s Moon” mais aussi “Call Me Little Sushine”. Ghost décide de marquer le coup et joue pour la première fois en live l’excellent “Griftwood”, extrait de Impera, le tout accompagné des fameuses Sisters Of Sin. Même masqués, les Ghouls ont chacune des personnalités bien affirmées et ne manquent pas d’interagir avec le public, mais aussi entre elles. Entre affrontements de soli de guitare, chamailleries, tout est fait pour les laisser s’exprimer.

Papa IV s’éclipse d’ailleurs à chaque solo afin de laisser ses Ghouls briller et aussi changer de costume. L’immersion dans l’univers de Ghost est totale, le spectacle en met plein les yeux et les oreilles ! Le tout est mené par une main de maitre par Papa IV, digne successeur de Papa III qui lui était présent lors de leur dernier passage en 2016. Ce nouveau pape a une personnalité totalement différente, bien plus exubérante et excentrique que son prédécesseur. Durant “Miasma”, Papa Nihil est momentanément réanimé devant nos yeux et sort de son cercueil le temps d’assurer le solo de saxophone. Malgré tous les efforts du groupe, dame nature a eu raison de certains aspects du show prévus par ce dernier, la voix de Papa IV semble aussi flancher à partir de “Griftwood”. Le groupe est en tournée non-stop depuis des mois et il n’est pas étonnant que cela ait des conséquences sur la voix du leader. Ghost quitte la scène sur “Dance Macabre” après que Papa IV se soit excusé pour ses problèmes de voix. Pas de “Square Hammer” en guise de rappel et pas de feu d’artifices, annulé à cause du vent, raison pour laquelle une partie du décor manquait aussi (les conditions ne permettaient pas leurs installations). Malgré ce léger bémol, Ghost a assuré un show à la hauteur de sa popularité et de nos espérances. Les têtes d’affiches des festivals du monde entier se faisant redondantes et, soyons honnêtes, vieillissantes, voir de nouveaux noms à la hauteur de la tâche n’est pas de refus !


ENVY (Valley) – Il se dégage de la musique d’Envy une poésie rarement égalée. Les Japonais maîtrisent autant les passages lourds, que les errances aériennes. L’union des trois guitaristes pour former un véritable mur du son fonctionne toujours aussi bien, même si cette année un léger manque de connexion se fait ressentir entre les membres. Là où Envy excelle c’est surtout quand tout se calme. Quand la voix du chanteur véhicule des émotions que les mots ne peuvent plus transcrire. Quand l’intensité de ces émotions dépassent l’entendement. Voir Envy jouer c’est accepter de se prendre une énorme claque dans la tête et de finir le show en larmes. C’est se laisser bercer dans un univers parnassien, où seule la pureté des sentiments a de mise. Les Japonais enchantent le public de la Valley avec leurs compositions parfaitement structurées, dont l’interprétation ne peut que convaincre les curieux et envoûter les fans.

ANTI-FLAG (Warzone) –  Le groupe le plus boycotté des Etats-Unis est prêt à en découdre sur la scène de la Warzone. Sûrement frustrés de ne pas avoir pu défendre correctement leur album 20/20 Vision (2020), ils tiennent là leur revanche. Les Américains ne mâchent pas leurs mots sur “Fuck Police Brutality”. Chaque lancement de titre est l’occasion de faire passer des messages politiques. Le groupe cherche à sensibiliser les foules sur les dérives de la société et ne rate jamais une opportunité pour le faire. Le show est punk à souhait, la performance vocale un peu défaillante est compensée par l’énergie du groupe. Les titres calibrés comme “The Disease” séduisent la fosse. La fin de set approche avec l’excellent “American Attraction”. Le groupe offre ensuite un medley des titres punks phares des trente dernières années avec notamment “Should I Stay or Should I Go” / “God Save the Queen” / “Rise Above” / “Fall Back Down” / “If The Kids Are United” / “She” / “Blitzkrieg Bop”. La Warzone se transforme en piste de danse pour un public ravi de se défouler une dernière fois avant la fin de la journée.

AIRBOURNE (Mainstage 02) – Il est l’heure… l’heure de conclure cette journée éprouvante. Et quelle autre manière que de se manger une grosse dose de rock n’roll à une heure du matin ? On se souvient tous de 2017 et du chaos qui régnait devant la Mainstage 01, de la poussière et des slammeurs… ! “Ready To Rock” déchaine d’emblée les foules. Le parterre décolle et se prend vite au jeu. Les Australiens manifestent clairement leur plus grand bonheur d’être à nouveau en tournée, en Europe et de fouler les terres françaises ! Joel O’Keeffe (chant/guitare), Ryan O’Keeffe (batterie) et Justin Street (basse) sont au rendez-vous, et une nouvelle tête les accompagne en la personne de Jarrad Morrice (guitare), qui remplace Harri Harrison. Le set est rôdé et fait pour la tournée estivale. Les animations et les breaks sont nombreux; les lancers de boisson alcoolisé prennent d’ailleurs un certain temps. Leur dernier album Boneshaker (2019) est timidement mis en avant avec deux titres, mais soit, l’heure est la fête et au plaisir de retrouver les riffs typés et les refrains criés ! Le quatuor final (“Stand Up for Rock ‘n’ Roll”, “Live It Up”, “Raise The Flag”, “Runnin’ Wild'”) annihile tout répit. Une fin de journée apocalyptique -dans le bon sens du terme et avec la pluie s’il vous plait- qui ravi tous les amateurs du genre.

Jour 1Jour 2Jour 3

Textes : Chante BasmaMarion DupontCélia T.
Photos : Emilie BardalouJuliet Faure

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