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FRANK TURNER AND THE SLEEPING SOULS @ Le Trabendo (07/11/18)

Après avoir vogué en solo pendant quelques temps, Frank Turner retrouvait ses fidèles Sleeping Souls sur sa précédente tournée, en faisant notamment une escale à La Maroquinerie. Un an plus tard et deux cent dates de plus au compteur, le plus punk des chanteurs folk est venu répandre l’amour, la sueur et la bienveillance dans la capitale avec les morceaux de son septième album, “Be More Kind”.

Départ en douceur avec le duo sororal XYLAROO. Papouasie Nouvelle Guinée, Hong Kong, Philippines, Sri Lanka, les deux soeurs Chant ont grandi de pays en pays avant de finalement jeter l’ancre à Londres et de monter leur groupe. Accompagnées sur scène d’un guitariste, Holly et Coco mêlent leurs voix sur un folk harmonieux, à la fois réconfortant et mélancolique. C’est doux, charmant et impeccablement maîtrisé, mais un peu trop lisse pour imprimer un souvenir ineffaçable.

 

 

Virage radical avec l’arrivée des Canadiens de PUP, qui succèdent au duo sur scène. Si le premier groupe penchait plutôt du côté folk de la discographie de Frank Turner, on débarque ici sur le territoire de Million Dead, l’ancien groupe post hardcore de la tête d’affiche du soir. D’emblée, l’enchainement “If This Tour Doesn’t Kill You, I Will “/ “DVP” réveille brutalement la salle. L’assemblée est encore assez clairsemée, mais cela n’empêche pas à quelques petits pogos d’éclater et aux premiers rangs de s’époumoner aux côtés de Stefan Babcock. Aussi sympathique quand il communique (parfois en français) avec son public que rageur et intense quand il joue, PUP réchauffe le Trabendo à grands coups de riffs percutants et d’entrain dévastateur. “Reservoir” et “Familiar Patterns” électrise l’auditoire, puis “Sleep In The Heat” et ses singalongs permettent à la formation punk rock de clôturer son court troisième concert parisien dans un joli partage avec son audience. On en aurait bien repris un peu.

 

 

Quelques minutes plus tard, FRANK TURNER & THE SLEEPING SOULS grimpe sur scène. Le morceau d’ouverture, l’éponyme “Be More Kind”, donne le ton d’un set placé sous le signe de la bienveillance. Prêcher la compassion a toujours fait partie de la philosophie de Frank Turner et de ses quatre musiciens, mais avec ce dernier album, c’est carrément devenu un mot d’ordre. “Bienvenue pour notre 2269 concert !”, s’exclame le leader avec un sourire suggestif, en rigolant comme un collégien. “On ne peut en rire que tous les cent concerts”, se justifie-t-il. Des sautillantes “1933” et “Recovery” aux gorgées d’espoir “Get Better” et “The Next Storm”, en passant par le quasi pop “Blackout”, le chanteur jongle entre énergie punk et mélodies folk, faisant passer son public par toute une panoplie d’émotions. De son côté, c’est clairement le bonheur qui domine. Souriant toujours, riants aux éclats souvent, le bavard Anglais, comme à son habitude, déborde de sympathie et d’humour, souvent dans un français assez remarquable. Sur “Eulogy”, il se lance, dans l’hilarité générale, dans une version française de la chanson, avec une traduction un poil bancale effectuée par ses soins. Quand il ne le fait pas rire aux éclats, l’Anglais encourage ses fans à chanter et danser. “Généralement, il n’y a pas de règles dans le punk rock. Mais ce soir, je voudrais que vous en suiviez deux. Règle n°1 : ne sois-pas un connard. Règle n°2 : si tu connais les paroles, tu dois chanter.” Message reçu. Après un début de set presque entièrement dévoué au deux dernier albums, “Be More Kind” (2018) et “Positive Songs For Negative People” (2015), l’ex-punk assagi fait plaisir à ses plus anciens fans en remontant dans sa discographie. La fédératrice “If I Ever Stray” fait hurler tout le monde à tue-tête, “Try This At Home” fait rebondir le Trabendo.

 

 

Ses âmes endormies le laissent seul sur scène, Frank Turner troque sa guitare électrique pour une acoustique pour une plongée dans le passé. De sa voix rauque, il interprète notamment “The Ballad Of Me And My Friends” et “I Knew Prufrock Before He Got Famous”. Mais la douceur est vite chassée par ses acolytes, qui le rejoignent pour l’énervé “Out Of Breath”, véritable machine à circle pit. “C’est un concert punk rock, pas parce qu’il y a un circle pit et des mecs portant des vestes Crass, mais parce que quand quelqu’un est tombé, les gens l’ont aidé à se relever”, soutient le frontman. Alors qu’il évoque son passé de jeune paumé ne trouvant le réconfort que dans les sombres salles de concert, on ne peut s’empêcher d’être un peu ému en le voyant délivrer, rayonnant et sûr de lui, un concert si maîtrisé et gonflé de positivité. Il encourage tout le monde à se prendre “respectueusement” par les épaules, puis termine son set au bout d’1h45 dans un esprit de communion touchant avec “Photosynthesis”, “Don’t Worry”, “I Still Believe” et la sublime “Polaroid Picture”.

 

 

Pendant la soirée, Frank Turner a défini le punk rock comme un mélange de considération et de respect. La majorité de ses compositions sonnent désormais folk, mais l’esprit punk rock, lui, n’a jamais été aussi bien illustré. Aussi cathartique qu’explosif, aussi touchant que drôle, ce concert de Frank Turner agit comme le plus efficace des antidépresseurs.

Setlist :

Be More Kind    
1933          
Get Better    
Recovery      
Little Changes    
The Next Storm     
Brave Face     
Plain Sailing Weather        
Blackout
The Lifeboat  
Eulogy
If Ever I Stray      
Try This at Home
The Road   
The Way I Tend to Be
There She Is         
Long Live the Queen        
The Ballad of Me and My Friends     
I Knew Prufrock Before He Got Famous   
Out of Breath      
Photosynthesis    
—-
Don’t Worry       
I Still Believe
Four Simple Words           
Polaroid Picture

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