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FESTIVAL PAPILLONS DE NUIT 2016 – Jour 1 (20/05/16)

Une nouvelle édition de Papillons De Nuit commence et il faut bien l’admettre, avec des têtes d’affiches comme Indochine, les Innocents, Louise Attaque et Michel Polnareff, elle sent un peu le réchauffé. On espère donc beaucoup des scènes secondaires pour découvrir ou confirmer de nouveaux artistes puisque le festival puise régulièrement dans la scène découverte et locale pour épaissir sa programmation.

THE GOATIES (Scène Erébia) – À l’heure où les premiers fans se ruent à travers le site pour obtenir les meilleures places devant la scène d’Indochine, The Goaties ouvre le festival, groupe tout droit pêché dans le vivier du Cargö, SMAC de Caen qui fournit régulièrement P2N en produits locaux. Les jeunes Normands, grimés en Maître Loyal, ont de l’allure et de l’assurance sur scène malgré le port de legging blancs trop petits, et s’offrent même le luxe de l’insolence et de la dérision. Et si les influences rock français très années 80 et punk français sont plutôt assumées, on regrette juste un peu qu’elles ne soient pas complètement digérées et que la formation n’apporte rien de nouveau dans le son qu’elle propose. Bien que la qualité soit évidemment au rendez-vous, il nous aura manqué une identité musicale plus affirmée.

BROKEN BACK (Scène Thécia) – Il faut presser le pas pour aller découvrir Broken Back de l’autre côté du site et si l’on en croit la foule de jeunes qui se presse devant la scène Thécia ce qui tient de la découverte pour certains ne l’est pas pour d’autres. Le Malouin, pourtant loin des médias mainstream, a déjà fait le tour d’Internet et fédéré un public captif et enthousiaste. Et il y a de quoi être séduit, avec son électro folk poppy il délivre une énergie joyeuse et communicative, à l’image de sa musique : humble et simple.

L.E.J (Scène Thécia) – Les L.E.J lui succèdent sur la même scène et si on ne peut que saluer la qualité des voix et leurs harmonies, ça finit par lasser après deux morceaux. D’autant plus que pour combler un certain vide scénique, le trio transmet une fougue surdosée un peu maladroite sur les bords. Et puis musicalement c’est un peu pauvre et on préfère aller découvrir Nach sur la scène Érébia.

NACH (Scène Erébia) – Et parfois il y a des évidences, des artistes qui s’imposent tellement la scène est leur élément naturel. Nach (aka anNA CHédid) se fait sans problème une place au sein de sa grande famille, et plus largement au sein de la famille de ces artistes chanson pop qui chantent sans honte et sans mal en français. Avec un charme naturel, elle déroule son répertoire drôle et élégant, s’offrant même une petite reprise de Pierre Vassiliu. C’est un coup de cœur avec un grand C qui nous donne envie de faire notre coming out et de dire que, oui, quand elle est défendue comme ça, on aime la chanson française.

 

INDOCHINE (Scène Vulcain) – Pour être honnête, on aurait pu écrire sur les fans d’Indo qui ont dormi devant l’entrée du festival, on se serait un peu moqué, pas méchamment mais bon, un peu, comme ça. Mais finalement, le concert d’Indochine, c’est plutôt une belle prestation. Une présence sur scène impressionnante pendant plus d’une heure et demie, alternant anciens et nouveaux morceaux, medley hommage à Bowie ou Prince, avec un respect et une communion avec l’audience et un plaisir à être sur scène aussi communicatif, ça force le respect. Bien sûr tout n’est pas parfait, tout n’est pas juste, mais ce sont les aspérités qui font tout le sel de la musique live. Et puis, ce charisme, cette attitude, ce phrasé, ces poses sont devenus pour Indochine un symbole d’identité et d’unicité aussi caractéristique qu’une empreinte digitale. Une empreinte musicale… puissante.

VKNG (Scène Erébia) – La transition avec le show improbable de VKNG n’était pas facile. Ovni musical qui passe d’un électro dansant, disco au dub le plus abstrait, avec un chanteur qui a le physique d’un bûcheron et la voix d’un enfant de chœur. Surprenant et déroutant, mais accompagné par un show lumière déconseillé aux épileptiques et assez impossible à regarder, on a tourné les talons avec un peu de regret, vite consolé par la prestation de Minuit.

MINUIT (Scène Thécia) – Minuit ? C’est un certain rock classique, une certaine britpop, un certain disco ou une certaine variété et pourtant ne les rangez dans aucune case, c’est trop hybride, trop intelligent et trop moderne pour ça. Quelle classe ils ont, cet élégant groupe de rock français, ou de rock en français, à l’énergie collégiale et à l’attitude élégamment loose. Et puis ce timbre, cette voix, comment ne pas voyager entre gloires du passé et jolies promesses à venir.

BOMBAY (Scène Erébia) – Pour poursuivre le voyage commencé avec Minuit, rien de mieux que d’enchaîner avec Bombay. Pourtant les formations n’ont musicalement pas grand chose en commun, Bombay livre avec puissance et spontanéité un rock direct aux accents british un peu je m’en foutiste sur les bords, confinant au post punk ou au garage sur certains morceaux et à la pop indie sur d’autres. Mais ce qu’on aime encore plus chez eux, c’est cette classe, cette modernité et cette capacité, rare et précieuse, à ne ressembler à rien d’autre qu’à Bombay. Sérieuse référence.

THYLACINE (Scène Vulcain) – Et c’est à Thylacine que revient le soin de nous déposer jusqu’au terminus de cette première journée, ce que fait très bien son électro minimaliste qui ronronne et berce comme un train, émaillée de sonorités plus exotiques. Portés par sa belle scénographie et son beau jeu vidéo, Thylacine est un marchand de sable 2.0 qui invite au voyage intérieur nous menant avec délicatesse droit dans les bras de Morphée.

Anthony Bé
Fondateur - Rédacteur en chef du webzine RockUrLife