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EXHIBITIONISM – THE ROLLING STONES

Du 5 avril au 4 septembre, les Stones prennent leurs quartiers à la Saatchi Gallery de Londres, pour une rétrospective rock n’roll à souhait, riche en objets de collection et en anecdotes. On vous explique pourquoi elle vaut le détour.

– It’s Only Rock N’Roll (But I Like It)

L’exposition s’adresse aux fans des Rolling Stones, à ceux qui ont déjà lu mille articles et biographies à leur sujet et qui ne souhaitent plus qu’une chose, se sentir au plus près de tout ce qui a fait et qui fait encore la légende de leur groupe favori. Et on peut dire qu’ils sont gâtés : une pièce est ici d’abord entièrement consacrée aux guitares qui ont appartenu à Keith, Mick, Brian et Ron. Seule une simple vitre sépare le visiteur ébahi de la Gibson Hummingbird avec laquelle Mick Jagger a écrit “You Can’t Always Get What You Want” et “Sympathy For The Devil”. Grâce à un atelier interactif au centre de la salle, vous pouvez vous prendre un instant pour un ingénieur du son et modifier selon vos envies quelques chansons comme “Rocks Off”, pour en faire ressortir le son de l’instrument ou la voix de votre choix. Question objets inédits et pièces de collection, on découvre pêle-mêle le véritable contrat du groupe daté du 21 mai 1963 (où on apprend que les Stones n’ont touché que 6% des bénéfices de vente de leur premier album), les carnets noircis de Keith Richards, des blocs notes avec les paroles calligraphiées de plusieurs de leurs tubes, la robe de chambre de Charlie Watts ornée de patchs colorés des diverses tournées, la valise-penderie de Keith avec intérieur en fausse fourrure léopard, la pochette de “Get Yer Ya-Ya’s Out” avec Charlie Watts et l’âne grandeur nature. Et bien sûr, s’en suit la pièce des costumes où trône l’incroyable collection des tenues les plus marquantes et les plus improbables de la formation. Le tout, accompagné d’une bande sonore composée de leurs meilleurs titres et d’interviews. Plaisir des yeux et des oreilles.

 

– Out Of Control

Ah les Stones et la folie qui les entoure depuis toujours ! Entre un sol où sont imprimés les visages de fans criant d’excitation, des vidéos et autres clips complétement barrés, et les films qui leur ont été consacrés, on peut dire qu’aucun groupe n’a jamais suscité autant d’intérêt de la part du public et des artistes. Des extraits des différents documentaires sont d’ailleurs ici projetés : du tout premier, “Charlie Is My Darling” de Peter Whitehead (lors de la tournée en Irlande en 1965) à “Shine A Light” de Martin Scorsese (2008), en passant par le sulfureux “Cocksucker Blues” de Robert Frank (1972), rien n’est mis de côté. Puis, une autre salle se consacre évidemment au logo iconique des Anglais, La Langue, créée par John Pasche. Sur un écriteau, il explique que, bien qu’initialement la bouche ne s’inspirait pas des lèvres de Mick Jagger, cela a pu jouer un rôle, inconsciemment. On y trouve également les maquettes des plus folles et des plus belles scènes construites pour les tournées. Mention spéciale à celle de “Bridges To Babylon”, tout simplement impressionnante. Mais l’une des pièces les plus intéressantes reste celle consacrée à l’image. Des affiches de tournées aux artworks en passant par un hommage aux nombreux collaborateurs – dont Andy Warhol -, on y trouve un des premiers exemplaires de la fameuse pochette zippée de “Sticky Fingers”, mais aussi celle en 3D du psychédélique “Their Satanic Majesties Request”. Et surtout, on apprend tout un tas de petites anecdotes sur la conception de ces pochettes, entre coups osés, censure et inspiration débordante.

– Satisfaction Reconstitution

D’après les souvenirs des Anglais, le premier appartement du 102 Edith Grove à Chelsea a été reconstitué. C’est ici que Mick Jagger et Brian Jones, très vite rejoints par Keith Richards et Charlie Watts, ont habité entre 1962 et 1963. De la cuisine où traîne la vaisselle sale à la chambre aux murs rongés par la moisissure, en passant par le salon où les pochettes de vinyles de Muddy Waters jonchent le sol, côtoyant les cendriers où s’amoncellent les mégots et les bouteilles de bières vides, il n’en faut pas plus pour s’imaginer l’ambiance qui devait y régner. Un peu plus loin, ce sont les studios Pathé Marconi de Paris, où la troupe a notamment enregistré “Some Girls” et “Tattoo You”, qui ont été recréés à l’identique. Une bande sonore diffuse les prises des Stones comme s’ils se trouvaient dans la cabine, les instruments sont là comme prêts à être utilisés, des vidéos des enregistrements font office de fond mural et la table de mixage est à portée de main. Enfin, une dernière reconstitution clôt l’exposition, et pas des moindres (spoiler alert). On entre d’abord dans les backstage où traînent matériel et autres accessoires de scène avant d’entrer, par une porte estampillée “Stage”, dans une ultime salle. Lunettes 3D vissées sur le nez, on assiste alors à une partie du concert des Stones à Hyde Park en juillet 2013. On se quitte donc sur “(I Can’t Get No) Satisfaction” et on en aurait bien repris encore un peu !

Finalement, nous avons passé deux heures à l’exposition. En prenant son temps et en examinant tout avec curiosité, c’est un minimum. On vous conseille donc, si vous souhaitez y aller à votre rythme, de ne pas choisir l’horaire de 16h. En effet, à 18h, la galerie ferme et on vous met dehors. Nous n’avons même pas eu le temps de passer au gift shop (notre porte-monnaie nous remercie), qui – paraît-il – vaut le détour. Un petit conseil, pour payer moins cher, allez-y entre le lundi et le jeudi, les prix augmentent le vendredi et le week-end. £20 en tarif étudiant reste un prix élevé pour une exposition. Cependant, nous avions rarement vu une rétrospective aussi soignée et riche depuis “David Bowie Is”.

Si vous ne pouvez pas vous déplacer jusqu’à Londres, l’exposition se déplacera de capitale en capitale au cours des quatre prochaines années, vous ne pourrez pas la manquer !