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COUNTERPARTS @ Backstage By The Mill (25/09/15)

Le 25 octobre dernier avait lieu le concert de Counterparts au Backstage, en compagnie de Senses Fail, Capsize et Miles Of Grace.

Ce sont les Français de MILES OF GRACE qui ouvrent la soirée. S’ils ne sont pas les plus attendus ce soir, les garçons ne se laissent pas pour autant décontenancer. Avec une musique plus qu’à la hauteur, et une énergie débordante, la bande chauffe lentement, mais sûrement, la salle. “Est-ce que vous avez envie de bouger ?” déclare le frontman Jeff, avant d’ajouter “Oui, on est des mecs super confiants” en plaisantant, notamment par rapport au fait que l’une des guitares ne fonctionne pas. Gardant la tête haute, le chanteur continue “C’est bien, on va pouvoir discuter. Il y a presque un an jour pour jour, on a sorti un EP, appelé “Gathering Stones”, et le morceau que l’on vous jouera peut-être un jour, si la gratte d’Axel va mieux est “Asmera Killing Style””. Mais voyant que la situation ne s’améliore pas, la formation ne se dégonfle pas : “On va le faire avec une seule gratte, c’est totalement exclusif, ce soir”. Malgré les soucis techniques, le morceau est joué et permet au public de se dévergonder un peu, mais pas suffisamment au goût du vocaliste : “Vous avez aussi chaud que nous ? D’accord, on va vous faire bouger encore plus !”. Mais le temps passe, et alors qu’ils s’apprêtent à interpréter un morceau pour relativiser les problèmes que les uns et les autres peuvent avoir, on leur fait signe qu’il est déjà l’heure et le show se termine, laissant derrière eux une audience a priori ravie, bien que peut-être restée sur sa faim, mais impatiente d’assister à la suite des festivités.

La relève est assurée par CAPSIZE, venus tout droit de Californie. Les premiers mots du leader seront ceux signifiant à chacun de se rapprocher, car il y a trop d’espace à son goût. Si une ambiance amicale est née de la première prestation, il s’agit de la conserver maintenant, et de le signifier physiquement. Ni une, ni deux, dès les premières notes, les garçons se dandinent sur scène, sautent, donnent des coups de pieds dans le vide, le frontman fait chanter, dès la première piste, des fans. En d’autres mots, ils en font des tonnes, et cela marche. Les refrains sont repris en coeur par ceux qui les connaissent, tout le monde semble captivé. Toutes les deux minutes, le chanteur fait signe de se rapprocher, jusqu’à ce qu’une masse suffisante à générer un circle pit décent soit présente sur le devant de la fosse. Les mosheurs s’en donnent un cœur joie, et malgré le côté artificiel de la théâtralisation sur scène, la salle semble animée d’un élan de sympathie simple et authentique. Il semble y avoir beaucoup plus de monde, et surtout de participants, plaisantant les uns avec les autres… Au point que l’on oubliera assez vite le mauvais réglage du micro de l’un des guitaristes, que l’on n’entendra absolument pas sur les choeurs. Mais peu importe, finalement.

Arrive alors SENSES FAIL. Si les premières notes semblent beaucoup plus lourdes et pesantes que les groupes précédents, tranchant ainsi avec l’ambiance chaleureuse (n’étant pas non plus aidée par la chute brutale de température dans la pièce entre les deux formations), la suite reprendra très vite le schéma de la soirée. En effet, le chanteur ne cesse de jouer avec son public, mais également avec ses musiciens. Il est une véritable pile électrique, et ferait presque penser à un enfant : il joue à l’escrime avec son micro, tourne sur lui-même, fait des kamehameha avec ses mains pour terminer un morceau, etc. L’ambiance est plus que bon enfant, et semble amuser les spectateurs, qui ont l’air d’apprécier autant le spectacle que la musique. Mais le lien qui se créé à ce moment-là ne se trouve pas être seulement un lien d’amusement, de divertissement. En effet, le combo entend toucher son audience à un niveau beaucoup plus personnel. Le frontman se livre alors à une confession touchante. Il affirme qu’il a vécu vingt-neuf ans dans la peur d’être heureux, de s’autoriser à être celui qu’il est réellement, dans la peur d’affirmer ses penchants, de faire un coming out, et que depuis qu’il a compris cela, il se sentait bien mieux et souhaitait transmettre ce message à tout le monde, en écrivant une chanson à propos de lui, à propos de nous, à propos des êtres humains, à propos de la société et de ce que c’est de vivre dans un état de terreur, de peur constante. Mais surtout, qu’il souhaite s’adresser à tout le monde pour leur faire comprendre que nous somme tous égaux, qu’il y a des personnes qui ne se sentent pas aimées, et que pour autant il y aura toujours quelqu’un pour voir leur valeur, et peu importe que l’on soit d’une couleur de peau ou d’une autre, d’une orientation sexuelle ou d’une autre, d’une religion ou d’une autre, d’une opinion politique ou d’une autre, etc. Ce message sera apparemment bien passé, au vu de la quantité d’applaudissement rien qu’après le speech, et du nombre de personnes qui ont chanté le fait de briser les chaînes avec lui, tout en croisant les poignets en l’air. Un magnifique message de tolérance, qui n’aura fait que rapprocher encore les êtres humains que nous sommes.

Mais le temps passe et il est déjà temps d’accueillir COUNTERPARTS. Si le début de soirée a été riche en émotions, c’est loin d’être terminé. L’assemblée est déchaînée, et chante les paroles sans faute. L’atmosphère est riche, emplie d’ondes positives et chaleureuses, donnant l’impression que nous sommes quatre ou cinq fois plus que notre nombre réel. Mais les musiciens n’ont pas fini d’alimenter cette ambiance. Le frontman Brendan “B” Murphy interprète un morceau en l’introduisant comme étant “au sujet de son grand-père, et de sa maladie”, ce qui émouvra l’audience. Tout le monde paraît solidaire et touché par tout ce qu’il s’est passé, et les chansons qui défilent depuis le début de la soirée, ainsi que les situations vécues, portent toutes à se dire qu’il faut garder la tête haute, et être intègre, afin de pouvoir continuer d’avancer. La salle reprenant les paroles “I am what I am” résonnera après cela comme le triomphe de tout ce travail. Le regard des autres n’a pas, ou plus, d’importance. Il s’agit de vivre pleinement, et maintenant. A ce sujet, quelques personnes s’étant moqués des mosheurs lors des sets précédents, se sont même discrètement essayés à l’exercice. Comme si les paroles les avaient immédiatement atteints jusque dans les choses les plus anodines de leur vie. L’auditoire a quelque chose de fusionnelle et d’indisciplinée, dans le bon sens du terme : tout le monde semble se donner à fond afin de vivre la soirée au mieux, et d’abandonner tous les tracas du quotidien. Les seuls moments où les spectateurs seront dociles, seront ceux où ils taperont des mains, d’un seul et même geste. Les différents générations et genres présents ce soir, semblent ne faire plus qu’un, et avoir effacé la notion de différence entre eux, afin d’offrir aux groupes un cocktail parfaitement harmonieux, et explosif, fait des ingrédients qu’eux-mêmes leur ont apporté au fur et à mesure de leurs prestations… Si l’on oublie le tabasco en trop, puisque l’on comptera quand même un blessé dans la fosse.

D’une certaine façon, la programmation de cette soirée aura rempli le contrat formulé par le genre auquel appartient la tête d’affiche : emotional melodic hardcore. Nous avons eu des émotions de tous genres, que ce soit en douceur, mélodique, ou dans son opposé, hardcore. Mais avant tout, la soirée aura été profondément humaine et riche de ces sentiments positifs, malgré les différents événements qui auraient pu entacher la soirée (à défaut des T-shirts, avec le sang). En tous cas, quoi qu’il arrive, ce concert aura été plein de sensations fortes et, contrairement à la signification du terme, “counterparts”, n’aura pas été vraiment homologue, puisqu’il aura s’agit davantage d’affirmer le soi que de suivre une règlementation qui bride sa personne.

Setlist :

Stillborn
Thread
Ghost
Debris
Outlier
Only Anchors
Slave
Stranger
Choke
Collapse
Compass
The Disconnect
Burn