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BRING ME THE HORIZON @ Wembley Arena (05/12/14)

Nous y sommes. “Sempiternal” (2013) aura installé Bring Me The Horizon, non pas comme un outsider crédible, mais comme une valeur sure de la scène rock/metal moderne. Le groupe a, ces deux dernières années, agrandi sa popularité, remplissant des jauges toujours plus grandes et suscitant enfin une certaine unanimité auprès des critiques, tant d’un point de vue scénique que studio. Pour clôturer ce cycle, la formation s’offre le privilège d’investir l’une des plus grandes salles du Royaume-Uni, la SSE Arena Wembley et puisque rien ne résiste aux originaires de Sheffield, d’afficher sold out plus d’un mois avant la date. Bien que la question se pose de moins en moins à propos de BMTH, la prestation scénique était-elle à la hauteur de l’événement ?

Devenue véritable machine de guerre marketing et stratégique, à l’image de Linkin Park, Bring Me The Horizon a su s’entourer de guests prestigieux et très bien pensés pour cette date exceptionnelle. C’est tout d’abord SLEEPWAVE, le nouveau groupe de Spencer Chamberlain, frontman de feu-Underoath, qui ouvre le bal. Pour faire plaisir aux nostalgiques du renouveau de la scène post hardcore du milieu des années 2000, la formation distille un rock alternatif aux relents atmosphériques et… underoathien, mine de rien. Le chant si atypique de Chamberlain est reconnaissable entre mille et sa prestation est vraiment à la hauteur de ce qu’on peut attendre d’un chanteur de cet acabit. Sleepwave a un son beaucoup plus puissant que sur son premier album “A Broken Compass” et si ce dernier était un peu passe-partout, les compositions prennent une toute autre dimension sur scène. Spencer remercie le public pour cet accueil réservé à la deuxième date anglaise dans l’histoire de ce nouveau groupe. Il en profite pour réchauffer la foule en évoquant son passé avec Underoath et les 12 000 personnes présentes ce soir se prennent à espérer qu’un titre de ce groupe phare soit joué. Il n’en sera rien, Chamberlain ne renie pas d’où il vient mais montre une implication qui force le respect dans ce nouveau projet et clôture son set par le single “Through The Looking Glass”.

Les anglais sont rigoureux et ainsi, l’organisation de la soirée est réglée comme du papier à musique. A peine une pause pipi que quinze petites minutes après le set de Sleepwave, les américains d’ISSUES débarquent sur scène. La bande de Tyler Carter a été programmé pour satisfaire les amateurs des envolées lyriques du chanteur blond et de breakdowns metalcore que Bring Me The Horizon n’incluent plus dans ses récentes compositions. Si la prestation de Sleepwave était empreinte d’une certaine sincérité, et d’une implication émotionnelle touchante, il n’en est rien pour le set d’Issues. Les chansons, répétitives au possible, trouvent toujours le moyen de permettre à Tyler Carter de pousser des vocalises typées R’N’B qui, on peut le dire, ne servent pas à grand-chose si ce n’est démontrer les capacités vocales du frontman. On aime ou on déteste, la démonstration tourne à l’ennui le plus profond, sauf pour l’audience féminine et peu âgée, venue en nombre ce soir. On ne peut pas nier que la prestation fut carrée, ni que Tyler Carter soit un mauvais chanteur. Il faut juste apprécier les lignes extrêmement maniérées, pas toujours en harmonie avec le reste du groupe et, une mégalomanie certaine de la part du leader américain. Une découverte certes, mais pas la meilleure.

Guest de prestige ce soir, les YOUNG GUNS jouissent d’une notoriété grandissante et solide outre-Manche. Un peu à l’image des You Me At Six, les jeunots jouent un rock alternatif sombre, aux nombreux refrains fédérateurs évoquant parfois Thirty Seconds To Mars. Si le début de la prestation me laisse envisager le pire tant le groupe semble s’adresser à un public uniquement féminin, il faut avouer que ce set de quarante minutes est bluffant par l’aisance des jeunes Anglais. Leur justesse musicale est appréciable et leur capacité à manier les temps forts et les temps faibles de leurs chansons est assez incroyable. Taillé pour la scène, YG se trouve aujourd’hui dans l’ombre de leurs ainés évoluant dans le même registre mais, nul doute que si la formation suit son évolution, les Young Guns seront le next big thing en Europe.

S’ensuite 30 minutes de changement de scène pour le groupe que tout le monde attend. On profite de ce changement de set pour vous faire part du constat que l’on peut faire avec ce concert hors du territoire français (parisien, même). Le public, bien que pour la plupart semblable à celui qui se déplacerait en France pour applaudir Bring Me The Horizon, voit des exceptions comme un bon nombre de trentenaires/quadras qui sont là juste pour kiffer un bon concert. Cependant, un détail ne nous a pas échappé : l’assemblée vient par véritable intérêt pour, au minimum le groupe, au mieux pour la musique. Ce qu’on appelle communément des “poseurs” n’étaient pas en démonstration ce soir, comparé à ce qui peut se passer lors de certaines dates parisiennes. La surpopulation constante devant les deux immenses stands de merch installés prouve le véritable fanatisme des spectateurs du soir. Il n’est d’ailleurs pas étonnant de croiser de très jeunes pousses accompagnées par leurs parents qui ne semblent pas mécontents de se mêler à la foule. L’Angleterre est définitivement un pays plus rock’n roll que la France.

Mais attardons-nous plutôt sur ce qui nous intéresse vraiment : le concert de BRING ME THE HORIZON. La salle à pleine plongée dans le noir qu’un écran géant en fond de scène s’illumine, le tout accompagné de 12 000 personnes en plein délire. Rarement une telle tension n’a été ressentie dans une salle aussi grande. On sent que, bien avant que la première note de la première chanson soit jouée, la foule est déjà acquise à la cause de BMTH. Des visuels évoquant les divers clips issus de “Sempiternal” défilent ainsi sur la chanson tirée de la B.O de “Metal Gear Solid”, celle qui a servi de sample pour l’intro de “Shadow Moses”. Et c’est d’ailleurs avec le premier single issu du dernier album que BMTH débute son show. Les 12 000 personnes hurlent les “we’re going nowhere” de l’intro, avant que de la pyrotechnie accompagne l’entrée de la batterie et des guitares sur la chanson, plongeant la Wembley Arena dans un véritable délire. Oliver est en pleine forme et assure ses vocalises avec beaucoup plus de maîtrise que par le passé. Sa relation avec Jordan Fish s’est également affinée : le claviériste soutient Oliver au chant avec plus de subtilité que lors des premiers shows donnés il y a deux ans. La setlist de ce soir ne sera composé que de tubes. Avec quatre albums au compteur et une évolution flagrante entre chaque, la formation se ballade dans sa discographie avec aisance, permettant ainsi de contenter l’ensemble des fans, bien que “Sempiternal” soit représenté en majeure partie avec pas moins de neuf titres joués ce soir. On notera quand même que lorsque le combo balance “Diamonds Aren’t Forever” ou “Chelsea Smile”, le son devient plus brouillon. La configuration actuelle du combo lui permet d’exceller dans ce nouveau style oscillant entre post hardcore et rock alternatif de plus en plus épique. Mais lorsque le rythme s’accélère, les détails des chansons se distinguent moins bien. Oliver semble également parfois en “négliger” certaines, n’assurant pas un scream dantesque sur “Aligator Blood” alors qu’il se permet de chanter de manière magistrale sur “Sleepwalking”, dont les lignes sont pourtant beaucoup plus élaborées que celles du tube issu de “There Is A Hell, Believe I’ve Seen It…” (2010). Etant donné la taille de la salle, s’il y avait des sacrifices à faire, Oliver a fait le bon choix. Ses lignes beaucoup plus chantées raisonnent à merveille, constamment accompagnées par les voix de 12 000 personnes connaissant l’intégralité des paroles par cœur. Le groupe ne peut pas d’ailleurs pas dissimuler son étonnement lorsque certaines phrases sont scandées avec une telle passion (le “this is sempiternal” de “Shadow Moses”, on a dû l’entendre jusqu’à Lille). Oliver prend souvent la parole pour nous signifier à quel point il est ému de jouer dans de telles conditions et avec un tel accueil. “J’aimerai vous encourager à tous venir nous rejoindre pour que je vous high five tous.” nous lâchera t’-il le sourire aux lèvres. Qui dit soirée exceptionnelle, dit surprise. Bring Me The Horizon, qui fête ses dix ans d’existence cette année, fait un bond dans le passé en invitant son premier guitariste, Curtis Ward, à prendre la six cordes pour jouer le premier tube du groupe de Sheffield, “Pray For Plagues”. Si la violence de la version studio n’est pas vraiment restituée, il est étonnant de voir que le scream d’Oliver tient le choc et que certaines phrases devenues célèbres donnent le sourire aux vieux fans présents ce soir.

Au rayon des surprises également, le groupe entame son rappel avec la rare “Hospital For Souls” du dernier opus. Extrêmement introspective, cette chanson paraissait un peu trop plate sur CD. Son interprétation fut tout simplement renversante. Oliver ne fait pas que chanter la chanson, il l’habite carrément. On sent qu’il lui a fallu du temps pour digérer les moments difficiles liés à son addiction aux drogues, mais que cette phase, bien que derrière lui, prend énormément de place dans son cœuret dans son esprit. Oscillant entre violence et douceur, le morceau permet de plonger l’Arena dans une ambiance vraiment particulière. Le public d’ailleurs ne s’y trompera pas en ovationnant la performance, ce qui sembla surprendre positivement les membres du groupe. Un groupe qui enchaîne avec un “Drown” que tout le monde connaît déjà par cœur. Cette chanson, pas vraiment prévue dans la timeline du groupe, a été écrite et pensée spécialement pour cette soirée. Ainsi, cet hymne raisonne merveilleusement surtout lorsque l’auditoire s’occupe des chœurs. Pour finir, BMTH achève Londres avec ce “Can You Feel My Heart” dantesque durant laquelle la voix d’Oliver sera imperceptible tant le public mettre du cœur à chanter les paroles. Des conflits arroseront la fosse pendant que la formation jouira de ces derniers instants sur scène, quelque part entre Londres et le toit du monde. Des remerciements en pagaille, un selfie avec l’ensemble de la salle et BMTH s’en va gagner un repos bien mérité.

Vous l’aurez compris, ce concert fut une brillante réussite. Des premières parties plutôt réjouissantes et intelligemment programmées, un set de Bring Me The Horizon impressionnant de maîtrise, de professionnalisme et d’émotions et des effets de scène en veux-tu en voilà. Le prochain album, qui devrait nous arriver d’ici moins d’un an, s’annonce d’ores et déjà comme un raz de marée sur le monde. En attendant, on pourra vivre ou revivre cette soirée grâce au DVD live prévu pour le mois de mars 2015.

Setlist :

Shadow Moses
Go To Hell For Heaven’s Sake
The House Of Wolves
Diamonds Aren’t Forever
It Never Ends
And The Snakes Start To Sing
Alligator Blood
Empire (Let Them Sing)
Chelsea Smile
Pray For Plagues
Blessed With A Curse
Antivist
Sleepwalking
—-
Hospital For Souls
Drown
Can You Feel My Heart

Nathan Le Solliec
LE MONDE OU RIEN