ReportsSlideshow

BORIS @ Gibus Live (11/12/19)

Aussi rare qu’attendue, l’escale du trio japonais dans la capitale française a su mobiliser un beau nombre de valeureux fans, malgré une circulation encore et toujours fortement perturbée.

La scène pose les marques

La salle est encore modestement remplie lorsque LA SCENE 裸身, duo énigmatique de Tokyo, prend place. Visiblement inconnu au bataillon pour une bonne partie du public, le groupe inaugure la soirée avec une petite demi-heure de folk intimiste. Le tout dirigée une voix frêle mais berçante. La basse, la guitare et les mélodies susurrées sont suspendues sur un silence glaçant qui règne dans une salle à l’attention happée.

Le duo ne tarde pas à être rejoint par leur camarade Atsuo de Boris à la batterie et progresse progressivement vers des titres au grain plus saturé. Ces derniers aboutissent sur des solos de guitare blues poignants où le phrasé mélodique décousu est éclipsé par la puissance de chaque note hurlée du six-cordes. Le set est court mais abouti sur un retour chaleureux d’un auditoire fraîchement conquis.

L’escale norvégienne

La scène passe alors le relai à ÅRABROT pour marquer les premières vraies hostilités de pied ferme à coups de noise rock. Le chanteur Kjetil Nernes, habillé à la mode amish, prêche de vive voix tel un pasteur possédé. La cérémonie est dirigée au rythme d’une batterie tribale et de riffs enragés. À cinq sur une scène fortement réduite par le backline de Boris, le manque de place se fait ressentir.

Mais l’entrain de la formation reste redoutable et hautement contagieux. Entre post punk et ambiance southern gothic décrépie, le son chaotique d’Årabrot pose une ambiance singulière et paradoxale entre le dixie désertique et l’underground rock DIY scandinave. Aussi déconcertant que cela ne peut paraître dans la théorie, Årabrot dévoile toute la magie de sa formule unique dans une pratique dévastatrice au possible.

La sono du Stade De France s’invite au Gibus Live

Un dernier petit intermède s’impose avant de laisser place aux invités d’honneur. Deux pedalboards massifs sont installés de chaque côté de la scène, devant le murs d’amplis Orange et Sunn massifs qui arborent la scène. Atsuo, Takeshi et Wata prennent place sur scène et font résonner les premières notes de “Away From You”.

Ce premier titre ambiant et mélancolique est tiré du nouvel album de BORIS auquel le trio fera la part belle. Après une reprise de leurs confrères chez Coaltar Of The Deepers, le groupe redescend la cadence de plus belle pour initier un voyage au cœur de la matière sonore via des morceaux axés drone. Petite salle ou pas, Boris ne fait pas de compromis. Le niveau sonore est tout simplement exorbitant. Le Gibus ne pas tarde à se reconvertir en sauna de fumée et de distorsion fuzz.

Le volume c’est le message

Le vampire Atsuo fracasse ses cymbales entre poses et grimaces et anime la scène malgré le set plutôt contemplatif et ambiant. Wata reste concentrée, imperturbée et imperturbable, ne quittant son pedalboard et sa guitare des yeux. Takeshi, quant à lui, reste voilé derrière ses longs cheveux et son fameux double-manche guitare/basse, à l’image de la pochette de “Akuma No Uta” (2003).

Quelques titres viennent entrecouper les plages ambiantes de distorsions granuleuses et larsens hurlants pour maintenir le rythme du set. Parmi les titres les plus massifs de la soirée, on retient les riffs sludge dévastateurs de “Absolutego” ainsi que la reprise “Boris” des Melvins. Le trio marque la fin de son sur le titre le plus expérimental et bruyant avec ”Shadow Of Skull”. Une cathartique outro d’une dizaine de minutes mêlant drone doom, post rock et noise et rendant toute surenchère impossible.

Finalement, le groupe remonte sur scène pour un rappel dédié aux classiques. La setlist étant largement dédiée aux petits derniers, les fans de longue date peuvent tout de même repartir comblés avec un “Akuma No Uta” explosif et ultra efficace, suivi de l’épique “Farewell” de “Pink” (2005). Une fois les lumières rallumées, une bonne partie de l’assemblée marque une petite pause, prend un petit instant pour reprendre son souffle et ses esprits.

Les expressions abattues de Parisiens ayant bravé la grève sont métamorphosées en visages béats en cette fin de soirée. Pour une bonne majorité, la route sera longue pour rentrer, mais l’enthousiasme ressenti en fin de concert témoigne d’une audience revitalisée, prête à braver les transports avec le sourire aux lèvres. Bien qu’expérimentale, la fuzzothérapie est une discipline qui porte ses fruits !

Boris Setlist Le Gibus, Paris, France 2019

Ecrire un commentaire