Reports

BETWEEN THE BURIED AND ME @ La Maroquinerie (25/09/15)

Affiche surprenante ce soir à La Maroquinerie puisqu’il est tout de même rare d’y trouver du metal, qui plus est, qui ne verse pas dans la tendresse puisque les Américains de Between The Buried And Me oscillent entre metal progressif et death metal, avec une dose de technique hors norme.

Mais ce sont d’abord aux Londoniens de HAKEN de faire leur preuve dans une Maroquinerie qui devait être sold out ou proche de l’être, car littéralement pleine à craquer. À 19h30 tapante, les mélodies épiques de “Premonition” résonnent et le groupe reçoit un accueil comme Paris sait rarement en donner aux premières parties. Des acclamations fusent, des bras se lèvent en masse sous ces lignes de basse et de claviers déstructurées et expérimentales. Haken n’est pas une première partie classique et cela s’explique par le fait que le combo est déjà en terrain conquis : une Boule Noire l’an dernier et un passage remarqué au Hellfest cet été font que les Anglais, en plus d’être déjà dotés de trois albums, ne sont pas une découverte mais pour la plupart du public de ce soir, un groupe qui doit simplement confirmer ses prouesses scéniques. Première surprise, les Anglais ont complètement changé leur setlist par rapport au Hellfest. La plupart des morceaux sont tirés de “The Mountain” (2013). Un peu à la manière de ses ainés de chez Between The Buried And Me, Haken réussi à offrir une musique qui alterne émotion et technique, le tout desservi par des parties vocales originales qui souvent s’ajoutent les unes après les autres pour créer un canon assez impressionnant (“Cockroach King”). La démarche de la formation est originale et les nombreuses influences, aussi metal que jazz ou encore rock progressif, permettent de ne pas s’ennuyer un instant, en témoigne un auditoire agité qui ne se calmera que lors des dernières notes de “Crystallised”, issu de l’EP “Restoration” (2014), dernière sortie en date du combo. Titre risqué puisque du haut de ses dix-neuf minutes, il représente à lui seul presque la moitié du set des Anglais ! Mais l’opération est un franc succès. Adepte des tempos déstructurés, de groove et de subtilité, de violence et de douceur (“Pareidolia”), Haken est à surveiller. Et bonne nouvelle : la bande semble avoir pris son pied à Paris et a déclaré sur les réseaux sociaux qu’il repassera par la capitale dès l’année prochaine !

Les ingénieurs son s’agitent et s’emparent de la petite scène de La Maroquinerie pour y disposer le matériel des Américains. Les géants de BETWEEN THE BURIED AND ME n’ont pas foulé le sol français depuis leur dernier passage au Hellfest, en 2013. C’est sous un tonnerre d’applaudissements que Tommy Rogers et sa bande débarquent sur une scène qui semble minuscule pour eux et leur matériel. Et pourtant, le combo ne découvre pas La Maroquinerie puisque c’est une salle qu’il a déjà foulé en 2011 et en 2012. On ne peut s’empêcher d’avoir une dernière pensée pour Haken qui vient de mettre la barre haute. Après un “bonsoir Paris”, les premières notes de “Selkies: The Endless Obsession” – seul titre issu de “Alaska” (2005) joué ce soir – résonnent et les Anglais ne sont plus qu’un lointain souvenir : une nouvelle étape est franchie. Les light rose – auxquelles succèderont d’autres lumières chaudes comme le jaune – instaurent une certaine ambiance et l’alternance du chant, entre guttural et clair, est bien plus impressionnante en live que sur CD. S’en suit “The Coma Machine”, piste presque théâtrale aux accents heavy/death avec ses beaux accords de claviers et une voix plus haut perchée que sur les autres essais du groupe. Le son des guitares, gras et lourds, est écrasant, mais sait toujours faire la part belle aux mélodies : les guitaristes s’adonnent à divers tapping, shred, sweeping et autres danses mélodieuses sur cordes qui sont littéralement impressionnantes (“Astral Body”). Une simple promenade de santé pour les Américains. À l’instar de bon nombre de leurs consorts, ils savent mettre la technique au service de l’émotion (“Lay Your Ghosts To Rest” dont les paroles se lisent sur les lèvres de l’audience). De plus, la qualité première du quintette est d’avoir cette agilité impressionnante à basculer de rythmes effrénés à des sortes de mid tempo aériens. Le redoutable enchainement “Memory Palace” / “Famine Wolf” permet de défendre la septième et dernière offrande “Coma Ecliptic”, sorti en juillet dernier. Mais avoir sept disques peut tout de même s’avérer désavantageux : les deux premiers albums ainsi que “The Great Misdirect” (2009) sont complètement passés à la trappe. Le set se poursuit et sur “Ants In The Sky”, La Maroquinerie est une fois de plus retournée : le public donne tout et quand il ne scande pas des “hey hey”, les pogos sont incessants. L’assemblée de Paris ne veut pas être sage ce soir et ce ne sont pas les Américains qui vont s’en plaindre, concluant sur les quatorze minutes d’un “White Walls” où les beaux arpèges des parties calmes viennent une fois de plus contraster avec des parties violentes et ultra techniques. Ces deux derniers titres, issus de “Colors” (2007), mettent tout le monde d’accord, surtout les fans qui suivent BTBAM depuis de nombreuses années. Après huit morceaux pour quatre-vingt minutes de set, Between The Buried And Me tire sa révérence, content d’avoir galvanisé la foule, d’avoir déchainé les passions, d’avoir déclenché des émotions et su toucher un public décidément difficile à cerner ou à identifier, car trop éclectique. Peut-être parce que la musique du groupe l’est plus que jamais !

Setlist :

Selkies: The Endless Obsession
The Coma Machine
Astral Body
Lay Your Ghosts To Rest
Memory Palace
Famine Wolf
Ants Of The Sky
—-
White Walls