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AT THE DRIVE-IN @ Olympia (28/02/18)

Pour se rattraper de n’avoir pas mis les pieds à Paris pendant près de quinze ans, les Texans d’At the Drive-In reviennent pour la deuxième fois en six mois, peu après leur escale à Rock En Seine cet été. Si ce concert n’était pas autant attendu que leur grand comeback parisien au Trianon deux ans plus tôt, la bande génère toujours une effervescence redoutable chez ses fans, pressés de pogoter sur le mythique “Relationship Of Command” et d’entendre, cette fois, une setlist gonflée de morceaux tirés de “in•ter a•li•a”, le premier nouvel album en dix-sept ans.

Fidèle au bon vieux proverbe, “on ne change pas une équipe qui gagne”, c’est avec LE BUTCHERETTES que At The Drive-In revient à Paris, comme en 2016. Pas la peine d’accéder au coeur de la salle pour profiter du set du trio mexicain tant l’ingé son semble avoir poussé le volume au maximum. À l’intérieur, c’est tellement tonitruant qu’il est difficile de pleinement profiter de la performance, pourtant intéressante. Menée par la charismatique et toute de rouge vêtue et maquillée Teri Gender Bender, Le Butcherettes fait trembler les murs de son garage punk assaisonné au rock progressif. La leadeuse gronde, alterne entre guitare et synthé et s’offre un slam tandis que la batteuse Alejandra Luna impressionne par son jeu puissant et qu’à la basse Rikardo Lopez (petit-frère du Omar en tête d’affiche ce soir) se fait plus discret.

 

 

Le duo canadien DEATH FROM ABOVE, désormais débarrassé du “1979” mais avec un album en plus sous le bras, prend le relai. Devant le fond, arborant les visages des deux membres grimés d’une trompe d’éléphant, le duo en chair et en os joue face à face, Sebastien Grainger au chant et derrière les fûts, Jesse F. Keller à la basse et au synthé. Faisant presque l’impasse sur son premier album, DFA balance surtout des morceaux de son très bon dernier opus, “Outrage! Is Now”. Mais malgré quelques moments détonants (le chanteur courant entre sa batterie et le devant de la scène sur “Outrage! Is Now”, l’irrésistible “Freeze Me” et ses synthés hurlant comme une guitare et le solo de basse torturé de “The Physical World”), le tout manque d’explosivité et d’ampleur et le public reste majoritairement stoïque. Pour compenser sa voix pas toujours en place, le frontman lance des blagues dans un français nickel à la sauce québécoise, se moquant gentiment de la faute de français dans le nom du groupe d’ouverture et des serveurs parisiens. Un set inégal qui aurait probablement plus sa place sur une scène plus petite.

 

 

Vers 21h30, c’est finalement l’heure de AT THE DRIVE-IN. Cedric Bixler-Zavala empoigne ses maracas, signe annonciateur de “Arcarsenal” et l’Olympia s’embrase. Rythmique entêtante et riff tortueux s’emmêlent, les premiers pogos se forment dès que le chevelu leader commence à rugir. Le mythique “Relationship Of Command” et le dernier “in•ter a•li•a” se partagent à parts égales la setlist. Difficile de croire que dix-sept ans séparent les deux albums tant la rage des furibonds “No Wolf Like The Present” et “Hostage Stamps” s’enchaînent sans soucis avec celle de “Pattern Against User” et “Cosmonaut”. Faisant tournoyer son pied de micro dans les airs, sautant du haut des amplis et scandant un “fuck the NRA”, en référence à la lutte contre les armes à feu secouant l’Amérique en introduction de “Pendulum In A Peasant Dress”, le vocaliste s’investit à 100% dans la prestation, même s’il n’est pas au meilleur de sa forme (il a plus tard expliqué sur Twitter avoir des problèmes de santé et être sous médicaments, au point d’annuler le concert du lendemain). Hormis quelques moments où sa voix n’était pas en place, difficile à déceler tellement il accapare toute l’attention.

 

 

Car à ses côtés, son complice de toujours Omar Rodríguez López est particulièrement effacé. Dans la pénombre sur le côté de la scène, le guitariste se concentre uniquement sur ses instruments, ne jetant presque pas un regard à ses bandmates. Ce flagrant contraste entre la puissance percutante des riffs qu’il envoie et son attitude et look on ne peut plus sages serait fascinante si son manque d’implication n’était pas aussi décevant. Mais peu importe, le coeur de la fosse pogote et slam joyeusement, ne s’arrêtant de sauter que pour s’époumoner lors de quelques moments de répit offerts par “Invalid Litter Dept.”, “198d” et “Napoleon Solo”. Mais avec At the Drive-In, le calme ne dure jamais. C’est sur un coléreux “Governed By Contagions”, porté par la partie rythmique toujours impeccable de Paul Hinojos et l’ultra efficace Tony Hajjar, et l’incontournable “One Armed Scissor”, dédié aux fans lors d’un long discours de remerciement du chanteur, que ATDI enflamme une dernière fois l’Olympia.

 

 

Dix-huit ans après être entré dans l’Histoire du post-hardcore et des oreilles de tous les ados cools de l’époque, At the Drive-In prouve que sa fureur est intacte. Si la bande d’El Paso n’est plus celle de la période “Relationship Of Command”, l’album n’a pas pris une ride et les compositions récentes partagent cette force et efficacité ayant fait d’elle l’un des groupes les plus importants de son registre. Dommage que la qualité du son, étonnamment mauvaise pour l’Olympia, ait desservi les trois concerts d’une soirée autrement fracassante.

Setlist :

Arcarsenal    
No Wolf Like The Present     
Pattern Against User    
Hostage Stamps    
198d     
Cosmonaut   
Call Broken Arrow    
Napoleon
Pendulum In A Peasant Dress      
Invalid Litter Dept.
Enfilade     
Holtzclaw       
Quarantined   
Governed By Contagions     
—-
One Armed Scissor  

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