
Déjà vingt ans que le duo Angus & Julia Stone répand son indie folk solaire et mélancolique à travers le monde. Entre l’effervescence des festivals et un album en préparation pour la rentrée, les Australiens ont décidé de ralentir le pas avec une série de trois concerts intimistes en Europe. Et c’est le Trianon, à Paris, qui ouvre le bal.
Fragile comme une flamme qui vacille
20h. CASSANDRA COLEMAN ouvre la soirée avec son indie pop feutrée. Elle debout, son guitariste assis, la scène prend soudain des airs de piano-bar, en cohérence parfaite avec la suite du programme. Si la formule guitare/chant est simple et éprouvée, la songwriter originaire du Tennessee possède une voix impressionnante : puissante, aiguë, tenue, capable de descendre dans des graves plus habités. Son camarade alterne entre guitare acoustique et électrique, alors que la salle se remplit et que le thermomètre grimpe. Un détail qui n’échappe pas à la chanteuse, qui mentionne la canicule et l’absence de clim. Sur son dernier single en date, “Maggie”, l’Américaine invite le public à chanter, puis s’arrête, se reprend plusieurs fois, avant d’avouer à demi-mot qu’elle a le trac de monter sur scène. Imparfaite mais touchante, Cassandra Coleman livre une performance qui séduit le public parisien, réceptif à la sincérité de l’artiste.
Un feu de camp géant
Quarante minutes d’entracte, c’est long. L’attente semble décuplée avec la chaleur qui s’est emparée du théâtre. Il faut dire que la date affiche complet : la fosse et les étages du théâtre sont pleins à craquer. Peu avant 21h10, un guitariste, un bassiste, un batteur et un claviériste investissent la scène, rejoints par Angus en costume foncé, guitare au dos, et Julia, en robe blanche à motifs. L’ombre et la lumière. Les premiers accords acoustiques craquent comme une allumette sur “Losing You”, issu du dernier album, Cape Forestier. Côte à côte, ANGUS & JULIA STONE chantent et se répondent avec émotion, appuyés par une mise en scène minimaliste mais sublime. Au-dessus d’eux, quinze lampions s’illuminent et changent de couleur au gré des ambiances. Pas de récital ce soir, le duo revisite son répertoire en y ajoutant des textures nouvelles : trompette, banjo et mélodies à l’harmonica donnent une patine organique. “Private Lawns” renoue même avec les effluves hippies, presque reggae, des débuts. Morceau après morceau, les Australiens alimentent un feu de camp géant qui nous ferait presque oublier la chaleur ambiante.
Au plus près de nous
Après l’Olympia et Le Grand Rex en 2024, le Trianon donne à ces retrouvailles une autre couleur. Plus petit, plus intimiste aussi, cet écrin emblématique efface les frontières entre le groupe et son audience. Il faut dire qu’Angus et sa sœur cadette savent mettre la salle à l’aise. Après avoir salué l’auditoire dans un français parfait, Julia partage des anecdotes pour apporter un nouvel éclairage sur leurs chansons. Si “Yellow Brick Road” est son titre préféré, au point qu’elle l’ait tatoué sur son pied, la reprise de “Stay With Me” de Sam Smith est un beau prétexte pour partager un souvenir d’enfance. Les contours du concert s’effacent pour prendre peu à peu la forme d’une conversation familiale. Et que serait un concert d’indie folk sans une histoire d’amour ? Julia Stone nous l’offre sur un plateau d’argent avec “For You”. Sa voix à fleur de peau semble encore gorgée de la mélancolie qui l’avait poussée à écrire sur cette rupture douloureuse, seize ans plus tôt, sur l’album phare Down The Way.
Même la mélancolie sait danser
Si la douceur domine souvent chez Angus & Julia Stone, la fête n’est jamais loin, et ceux qui ont déjà vu le duo avant ce soir ne le savent que trop bien. Julia danse, ondule et ensorcèle la salle sur les morceaux les plus rythmés. Sur “Grizzly Bear”, la basse sort les muscles, les claviers s’en donnent à cœur joie, alors que le claviériste se lance dans un chant qui n’est pas sans rappeler Daft Punk. Mais le concert de ce soir n’est pas seulement tourné vers le passé : “Monroe” et “Karaoke Bar”, les deux singles de leur prochain album, ramènent une fièvre plus dansante, presque funk. Les incontournables “Big Jet Plane” et “Chateau” ne font pas retomber le feu que le duo a si brillamment fait grandir face à nous. Entre le vague à l’âme de l’harmonica et la vigueur du banjo, Angus & Julia Stone ont décidé de ne pas choisir… pour notre plus grand plaisir.
Goodbye to my Santa Monica dream
Le groupe salue le public puis quitte la scène avant de revenir sous un format à deux. Deux voix, deux guitares, un fond bleu qui fait écho à l’océan Pacifique, et le bruit des doigts qui effleurent des arpèges familiers. Face à face, la ballade “Santa Monica Dream” s’étire comme les bras d’une mer sans fin, d’abord instrumentale, timide. Puis frère et sœur se mettent côte à côte pour chanter la chanson la plus touchante de la soirée. Dans ce moment suspendu, les minutes s’égrainent… et il est déjà l’heure de se dire au revoir après une heure et demie de show.
Plus intimiste que jamais, Angus & Julia Stone a revisité son répertoire avec la même fougue et la même sensibilité. À l’heure où l’industrie musicale semble parfois trop lisse et standardisée, ce genre de concert est précieux. Il nous rappelle qu’il y a deux catégories d’artistes : ceux qui jouent leurs albums, et ceux qui, année après année, savent leur redonner un nouveau souffle. Inutile de vous dire à laquelle appartiennent les Australiens, ni de vous rappeler qu’un album se profile pour septembre, et qu’on trépigne d’impatience à l’idée qu’il soit suivi d’une nouvelle tournée !
























