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MEW @ La Flèche d’Or (22/05/15)

Alors que la plupart des Parisiens sont partis écumer les terrasses de la capitale pour fêter le début de ce week end de Pentecôte, La Flèche d’Or s’apprête à accueillir la dream pop de Mew, un combo danois qui n’a pas foulé notre belle France depuis 2009.

20h et l’on peut déjà faire un premier constat lorsque les Français de STAL investissent la scène : l’affluence est moindre. 250 billets ont été vendus et c’est devant une salle à moitié remplie que le trio va devoir faire ses preuves. Avec plusieurs EP à leur actif dont le dernier “Burning” sorti en mars dernier, les Français n’ont aucun mal à proposer des titres personnels et variés. Signifiant “acier” dans plusieurs langues, Stal n’a pourtant rien de froid : d’épaisses couches de guitares viennent côtoyer des arpèges légers et inspirés. Alors qu’on croit nager dans un post rock instrumental à la fois lourd et lumineux, la présence de micros laisse à penser que le combo parisien ira plus loin. Et en effet, le guitariste de droite ne tarde pas à déposer sa voix aigüe et maitrisée dans nos esgourdes ébahies. Le set est d’une telle maîtrise et les musiciens sont si à l’aise avec leur instrument – délaissant parfois une guitare pour un synthé lors de morceaux plus électroniques – qu’il en devient troublant de n’avoir jamais entendu parler de Stal avant ce soir. Mais le leader du groupe, Pierre-Marie Maulini, a un CV qui justifie une telle aisance scénique : ami d’Anthony Gonzales, il a été musicien live pour M83 pendant deux ans. L’absence de basse se fait vite oublier grâce à un son irréprochable et le relief offert par le set est à saluer : morceaux à deux synthés sans guitare, morceaux à deux guitares sans synthé et morceau à une guitare/synthé permettent d’offrir une palette d’émotions très variées, toujours équilibrées entre plages instrumentales et ballades dream pop qui, d’ailleurs, ne renieraient pas l’influence de Mew. Le public, un poil plus compact après ces trente-cinq minutes, n’aura ni boudé, ni accueilli avec ferveur la performance pourtant sans faute des Français qui se retirent tout sourire, contents d’avoir pu réaliser leur rêve, celui d’ouvrir pour Mew.

 

 

21h. Après une petite demi-heure qui a semblé durer une éternité, les musiciens de MEW foulent les planches de La Flèche d’Or sous un tonnerre d’applaudissements : si le concert n’est pas sold out, l’assemblée est finalement plus présente que ce que laissait présager le début de soirée. Le quatuor danois n’avait donné aucun signe de vie dans la capitale depuis sa performance à La Maroquinerie, fin 2009. La raison ? Ils n’ont sorti aucun album pendant ces six années. Mais cette belle tournée marque leur retour, avec un sixième album intitulé “+ -“. D’entrée de jeu, la formation nous fait comprendre qu’elle est fière de revenir avec cette nouvelle offrande, puisque pas moins de cinq titres seront joués dont les trois premiers du set, “Witness”, “Satellites” et “The Night Believer”, qui sont d’ailleurs les trois premiers titres de l’opus. Au-delà d’une dextérité indéniable au niveau instrumental, l’audience est surtout frappée par l’organe vocal hors du commun de Jonas Bjerre qui est capable de moduler sa voix dans un spectre d’aigus peu souvent entendu. Léger, aérien, éthérée paraissent être des adjectifs presque fades pour qualifier une voix non seulement irréprochable, mais encore plus vibrante que sur les albums studios. Des lights peu colorés permettent d’apprécier pleinement la sobriété d’une performance très professionnelle. Jonas est content d’être là et salue le public avec une classe dont seuls les Scandinaves semblent avoir le secret : “c’est nous qui jouons, vous êtes venus pour nous, mais sans vous nous ne serions pas là. Donc on peut dire que ce soir, c’est NOTRE concert.” Ce seront à peu près les seuls bavardages que s’offriront les Danois ce soir, plus friands de s’exprimer à travers leur discographie. En effet, aucun disque ne passera à la trappe ce soir et c’est un puzzle émotionnel que nous propose de reconstituer Mew. Du très léger au piano “Silas The Magic Car” à “Making Friends” avec son intro funk et son millier d’influences, tout en passant par la presque math rock “Introducing Palace Prayers” et certains riffs quasi metal sur “My Complications”, Mew prouve non seulement qu’il ne renie aucune de ses sorties, mais aussi et surtout qu’il sait restituer à merveille les ambiances de chacune. Les quelques ballades jouées ce soir, “Eight Flew Over, One Was Destroyed” et la somptueuse “The Zookeeper’s Boy”, reprise en cœur par l’auditoire apportent également une fraicheur et du relief à un set qui, déjà, n’en manquait pas. L’enchainement “Am I Wry?No”/ “156” restera l’un des moments forts de la soirée. Mais les surprises ne s’arrêtent pas là, puisque le groupe offre même un medley de trois compositions provenant de trois essais différents, pratique très appréciable si jamais l’un de vos titres favoris était passé à la trappe. Alors que l’heure du rappel a sonné, la sueur s’est emparée de la chemise de Jonas Bjerre. Le ton bleu clair initial a viré vers un bleu marine et foncé, presque abyssal, traduisant les efforts d’une bonne heure de prouesse vocale. Les musiciens disparaissent quelques instants avant de revenir, acclamés par une foule aussi compacte que conquise (l’un va-t-il sans l’autre pour ce genre de combo ?). Petite surprise puisque tout le monde attendait la sublime “Conforting Sounds” qui conclut “Frengers” (2003), effort le plus encensé des Danois, mais ces derniers ont finalement opté pour “Coffee Break”, précisant que c’est la seule piste du tout premier album “A Triumph For Man” (1997) qu’ils jouent ce soir. Si ce choix semble discutable, le public semble tout de même apprécier l’initiative, étant visiblement prêt à accepter tout ce que Mew offrira, du moment que la magie continue de faire vibrer nos cœurs.

 

 

Les Scandinaves possèdent une sensibilité qui leur est propre, radicalement différente, voire à l’opposée même de la sensibilité européenne. Après presque 1h30 de vibrations émotionnelles, les Danois de Mew viennent de nous en donner une preuve supplémentaire. Et pas n’importe laquelle, non, on a vu le temps s’effacer, entendu l’aiguille de l’horloge se stopper et le tic-tac se figer pour laisser place à une quiétude et un bien être que peu d’artistes sont capables d’offrir.

Setlist :

Witness
Satellites
The Night Believer
Beach
Silas The Magic Car
Making Friends
Introducing Palace Players
My Complications
Eight Flew Over, One Was Destroyed
Am I Wry? No
156
Apocalypso
Saviours Of Jazz Ballet
Medley (Clinging To A Bad Dream / The Zookeeper’s Boy / Louise Louisa)
Special
The Zookeeper’s Boy
—-
Coffee Break