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YAK (23/01/19)

English version

Après avoir fait souffler un vent de folie sur la scène garage anglaise, Yak est de retour avec un nouvel album. Nous avons rencontré Oliver Henry Burslem, le chanteur du trio, pour une interview sous le signe du laisser aller et du laisser vivre.

Vous avez un nouvel album qui va sortir dans deux semaines le 8 février. On a reçu l’album et il est bien, on l’a vraiment beaucoup aimé.

Oliver Henry Burslem (chant/guitare) : Oh super.       

Comment était le processus de l’enregistrement ? Parce qu’il y a eu un changement de lineup.

Oliver Henry Burslem : Oui, il y a eu plusieurs changements. C’est un turn over. Mon meilleur ami qui a créé le groupe, Andy – On n’a jamais pensé que nous ferions un album donc quand nous avons terminé le premier album, il allait déjà déménager à Melbourne. C’était le plan, mais nous l’avions mis de côté car le groupe marchait bien. Mais quand est venu le moment de faire le deuxième album, c’était un secret de polichinelle. Nous savions que cela n’allait pas fonctionner, lui à Melbourne, nous au Royaume Uni. Mais nous avons essayé en allant à Perth pour enregistrer quelques idées avec Jay Watson qui joue dans Pond et Tame Impala. Nous avons fini par aller là-bas et l’enregistrement était amusant mais nous n’avons fini aucun enregistrement. Nous avons passé un bon moment mais il est devenu évident que le groupe n’allait plus être le même. Ce ne pouvait pas être nous trois. Andy a dû retourner à Melbourne et commencer sa nouvelle vie et je suis revenu au Royaume-Uni. Et j’ai été au Japon aussi bien avant. Je suis donc revenu après quelques mois sans groupe, sans enregistrement, sans contrat d’enregistrement, sans maison.

Rien.

Oliver Henry Burslem: OK, cool, c’est intéressant. Donc, j’étais un peu perdu pendant un an, puis j’ai rencontré Vince qui est maintenant notre bassiste, puis nous avons commencé à … nous ressaisir.

Comment ça va maintenant, ta situation est-elle meilleure ?

Oliver Henry Burslem : Oh oui. Je veux dire, je vis toujours dans une voiture mais je reste chez mes amis. En gros, je suis chez mes parents pendant la journée et mes amis ont une maison à Hackney, alors je pourrais déménager dans cette maison. J’aime flotter comme ça. C’est un peu comme être en tournée mais pas vraiment

Est-ce que “flotter” nourrit ton inspiration pour travailler ?

Oliver Henry Burslem : [Réfléchit] Je ne sais pas.

Comme un vagabond ?

Oliver Henry Burslem : Je ne veux certainement pas glamouriser mais c’était juste une nécessité. Mais c’est toujours agréable d’avoir un peu d’argent pour faire ce que vous voulez faire. Cela influence le disque.

Surtout le nom du disque “Pursuit Of A Momentary Happiness . Quelles ont été les influences principales ? Qu’as-tu écouté lors de l’enregistrement de l’album ?

Oliver Henry Burslem : J’écoutais des tonnes de musiques différentes, chaque chanson comporte donc plusieurs millions de couches. Je suppose que ma situation influence réellement le disque simplement parce que j’ai principalement écrit les chansons sur une guitare acoustique. Cela semble influencer le disque d’une manière ou d’une autre. Mais les influences, j’écoute constamment de la musique, ce n’est pas vraiment différent que d’habitude.

Tu as également collaboré avec Jason Pierce du groupe Spiritualized. Peux-tu nous en dire plus sur cette collaboration ?

Oliver Henry Burslem : Nous étions amis avant ça. Nous avions signé notre contrat d’enregistrement et nous allions faire des démos et je suis tombé sur Jason, et il m’a dit : “qu’est- ce que tu vas faire avec le groupe ?” et je lui ai dit : “Je ne suis pas trop sûr, mais nous allons essayer de faire des démos la semaine prochaine”. Il a dit : “je viendrai vous aider”, je lui ai dit que ce serait incroyable sans penser qu’il ne viendrait peut être pas. Et le premier jour, il n’était pas là. Le deuxième jour, il est arrivé et il nous a dit de jouer des chansons, alors nous avons joué quelques chansons. Il semblait être encourageant. Nous sommes fans de son groupe, ce fut un privilège d’être dans une situation où quelqu’un que vous respectez vous dit, alors que vous pensez que rien ne vaut la peine de continuer, que vos chansons sont bonnes. C’était quelque chose d’audacieux. Et puis nous avons rapidement signé un contrat de disques. Il a commencé à venir aux séances d’enregistrement, il était vraiment heureux et a chanté sur la dernière chanson.

C’est une bonne chanson.

Oliver Henry Burslem : Oui, c’est ma chanson préférée.

Quelle pourrait être la chanson que tu aime le moins de l’album ? C’est une question honteuse.

Oliver Henry Burslem : (rires) Je ne sais pas, je les aime toutes. Je le pense vraiment. Elles sont vraiment bonnes. Je pense qu’elles sont toutes bonnes. (rires)

Allez. (rires)

Oliver Henry Burslem : Les chansons qui me mettent probablement mal à l’aise sont celles qui sont vraiment franches parce que je n’y suis pas vraiment habitué. Je ne suis pas une personne expansive. Alors chanter des choses que vous ne diriez pas à votre meilleur ami ni aux gens que vous aimez le plus. D’une manière ou d’une autre, chanter les chansons et les mettre sur disque semble vraiment dingue.

Après le premier enregistrement, tu as eu des problèmes avec ta situation personnelle et avec le groupe. Est ce qu’il t’est venu à l’esprit qu’il n’y aurait peut être qu’un seul album d’enregistré, le premier, et qu’ensuite tu aurais commencé quelque chose de complètement différent ?

Oliver Henry Burslem : Je pense que les chansons définissent ma vie maintenant, c’est ce que je veux poursuivre, mais je ne pense pas non plus que la musique soit la fin, il y a beaucoup d’autres choses. Il y avait une chance que ce soit (le dernier album). Mais je n’ai jamais écrit les chansons en pensant [à ce sujet] parce que nous n’avions pas de contrat d’enregistrement, c’était juste : “laisse-moi l’écrire quelque part où je puisse m’en souvenir et les enregistrer”. C’est juste un document de cette époque. Il pourrait y avoir un jour un dernier disque mais je l’ai dit pour le premier. Mais il y a beaucoup d’autres choses. J’aime beaucoup les meubles, je vis à la campagne, je voyage. J’aime faire plein de choses quand je ne suis pas dans le groupe.

Que ferais-tu si tu n’étais pas dans le groupe ?

Oliver Henry Burslem : [Réfléchit] J’achèterais probablement des meubles. Voyager un peu. Je pourrais réellement être n’importe quoi. Une fois, j’étais dans un pub avec un copain et il me disait : “Comment ça se passe avec ton album, est-ce que tu vis toujours dans ta voiture ?” et je lui ai dit : “oh mon gars tu ne veux pas savoir. “Tu veux une pinte ?” “Oh oui.” (rires) C’est bizarre, c’est comme une thérapie. Il était indulgent, il m’écoutait parler de l’album et ça me faisait du bien.

Le son de cet album semble plus mature car il est moins punk. Il y a moins de cette énergie punk juvénile que sur le premier. Comment as-tu eu l’idée d’utiliser une section de cuivres ?

Oliver Henry Burslem : Je pense que ce disque est beaucoup plus lourd pour moi. J’adore le premier mais je n’étais pas si confiant à l’idée de chanter et de rester caché derrière un rugissement. (rugit). C’est plus lourd parce que les voix sont justes et le contenu est probablement plus lourd. Il semble mieux d’essayer de faire quelque chose qui dure vraiment. C’est aussi pour cette raison que nous y avons consacré beaucoup de travail : l’idée d’enregistrer uniquement un disque est géniale, mais nous ne pouvons pas simplement en faire beaucoup. C’était une décision consciente. Nous avons eu l’occasion d’aller dans un grand studio pendant dix jours, d’utiliser les installations et d’essayer de créer un son plus large et pas seulement comme sur un iPhone. Je doute que je recommence mais c’était bien. J’ai toujours voulu le faire. Et la section de cuivres pendant six heures n’est pas très chère. (rires)

Est-ce quelque chose dont tu avais eu l’idée avant, comme quand tu as commencé à écrire des chansons, tu pensais : “il pourrait y avoir une section de cuivres sur cette partie de la chanson” ?

Oliver Henry Burslem : Oui, sur certains morceaux, je pensais qu’il y en avait vraiment besoin et ça ne fonctionnait pas et sur d’autres dont je pensais que ça ne fonctionnerait pas ça a marché. Je commençais tout juste à utiliser des choses différentes et j’écoutais beaucoup de musique soul comme Al Green, Aretha Franklin, beaucoup de Motown, de la musique classique.

Tu ne le ferais pas pour un autre disque ?

Oliver Henry Burslem : Je ne l’enregistrerais pas de la même manière, cela pourrait être une orientation différente. C’est bien d’avoir une approche différente sur chaque disque. Peut-être que je pourrais faire le prochain sur un iPhone ou dans ma chambre.

Ce serait différent.

Oliver Henry Burslem :  J’écrirais des chansons pour le prochain, et le suivant serait le dernier. Mais tout pourrait changer. Qui sait ce que j’aimerais ?

Alors tu aimes juste flotter ?

Oliver Henry Burslem : Juste avoir plein de diversité pour pimenter la vie. J’étais de retour dans les Midlands avec des gars de quatre-vingts ans à écouter du jazz un dimanche, et l’instant d’après je suis avec mon pote au pub, avec des gens avec qui je travaillais, avec qui je suis allé à l’école et qui n’ont rien à voir avec la musique. Et puis le lendemain, je serai à Londres dans un pub bizarre. C’est bien de faire partie et de ne faire partie de rien. Juste flotter, être entre deux eaux. De toute façon, je ne suis pas musicien.

Non ? Pourquoi ?

Oliver Henry Burslem :  Je ne le suis juste pas. J’étais le témoin pour le mariage d’Andy qui jouait de la basse dans le groupe et il a dit que je devais signer le registre. C’était indiqué “métier” et je ne savais vraiment pas quoi écrire. J’ai écrit “musicien” et je l’ai mal orthographié, ce qui m’a semblé plutôt drôle. Andy ira vérifier les archives dans des années et on lui demandera : “qui était ton témoin ?” “Musicien mal orthographié”.

Tu vas faire une tournée en février. Dans quelle ville veux-tu aller le plus ?

Oliver Henry Burslem : Je ne sais pas où nous jouons. D’habitude je le sais une semaine à l’avance, alors je prends l’Eurostar, je vais prendre une pinte avec mes amis, je saute dans ma voiture et je passe une semaine à la campagne et dans les champs. Je vais voir ma sœur et ses enfants et je vais aller chercher des meubles. Et j’irai mixer, puis le lendemain nous jouerons un concert et la semaine d’après aussi. Mais je ne sais pas vraiment. J’aime quand tout est incertain. Je pense que la diversité est la meilleure chose. Nous jouons des sets différents à chaque concert, nous jouons avec des têtes d’affiche différentes. Parfois, il y a dix personnes dans la salle, parfois plus. J’aime le changement. J’ai eu un emploi qui ressemblait à un travail de bureau et ça ne payait pas beaucoup. J’étais payé un certain montant qui était fixé pour deux ans et le manager disait que tout serait fait pour que nous soyons heureux. Je lui ai dit que ce que j’aimerais, c’est que l’argent pour un an soit distribué tous les mois au hasard, que je sois payé de manière aléatoire. Au moins à ce moment-là, je sais combien j’ai pour le déjeuner, combien j’ai pour mon loyer et ça devenait assez construit. J’aime l’idée de toucher des sommes aléatoires car au moins cela rend les choses plus intéressantes. Une fois je conduisais avec le voyant de carburant allumé.

Tu es ce genre de gars.

Oliver Henry Burslem : Je suis toujours “meh” (hausse les épaules), je conduisais et il commencer à neiger. Je conduis toute la nuit pour prendre un Eurostar. Le témoin de carburant s’allume et la station d’essence se situe à deux miles ou à vingt miles. Je pense que je peux faire vingt miles et l’aiguille fait (fait le geste d’une aiguille qui descend) et merde ! Et je pense que le groupe est un peu comme ça. Je ne le fais pas exprès, ça doit être comme ça que je fonctionne.

C’est comme ça que tu es.

Oliver Henry Burslem : Oui et vous ne pouvez jamais être déçus. Vous pourriez craquer un peu. La plupart des gens seraient comme choqués. Je ne pourrais pas faire de disque si je m’inquiétais de ce genre de choses.

Votre disque ressemble parfois aux Black Keys, en particulier à la guitare. Parfois cela ressemble plus à de la britpop . Il y a aussi quelques ballades ce qui était surprenant. L’interlude est aussi vraiment bien. N’est-ce pas un peu “courageux” d’avoir un interlude ?

Oliver Henry Burslem : Je ne pense pas comme un musicien, ni comme un carriériste. C’est plutôt agréable d’être fidèle à soi-même et de faire ce qui vous excite et, espérons-le, d’exciter les gens, sinon. Mais peut-être que j’ai toujours été tête de cochon, je peux donc faire ce que je veux. C’est assez agréable d’essayer de faire les choses et je n’ai pas peur de l’échec. Je me souviens des courses que je faisais enfant et j’adorais l’idée d’être le premier ou le dernier. N’importe où au milieu est ennuyeux pour moi. Donc, j’étais comme ça (imite le fait de courir très vite) jusqu’à ce que quelqu’un me double (imitant quelqu’un devant lui) donc j’étais comme ça. (imitant quelqu’un se rendant)

C’est comme ça que tu vois la vie ? Noir ou blanc ?

Oliver Henry Burslem : [Réfléchit] J’aime la prendre comme elle vient. Vous savez que quelqu’un me disait l’autre jour qu’il était à fond dans le rock n’roll des années 1950 et 1960 et qu’il devait avoir la coupe de cheveux, les lunettes et la guitare. Tout doit être traditionnel, ce qui est bien. Quand j’étais enfant, j’aimais vraiment certaines choses, mais ensuite je voulais juste sortir du lit sans oublier de me coiffer c’est trop de travail pour être vraiment traditionnel. Je me laissais juste aller et je regardais si ça allait marcher. Je suis juste le gars qui ne se soucie pas d’avoir la bonne coupe de cheveux et le groupe est comme ça. Nous ne nous asseyons pas pour demander à chacun ce que nous allons porter, ce que nous prendrons pour le petit déjeuner. Nous nous laissons les uns les autres faire ce qu’on a envie de faire puis nous mettons tout en commun et ce qui en sort peut-être épouvantable et c’est comme ça. Un bordel.

Peux-tu nous expliquer comment tu as écrit la chanson “Payoff Vs The Struggle” parce que tu as écrit “Get off my back”. À qui est-elle destinée ?

Oliver Henry Burslem : Personne vraiment en particulier. Cette chanson est juste venue comme ça : “Répétons [les paroles, “get off my back”] à un autre moment et mettons-les plus fort” en s’amusant vraiment. Je me souviens que l’enregistrement a été assez difficile à un moment donné et que je me disais : “Est-ce que ça en vaut la peine ? Est-ce que le résultat en vaut la peine ? Toute cette lutte pour ça ? Ce disque monstre.”

As-tu trouvé la réponse à cela ?

Oliver Henry Burslem : Non. Quel est le gain ? Je ne sais pas. C’est déjà un succès pour moi parce que c’est fait. J’en profite car ça ne durera pas éternellement.

Combien de singles as-tu déjà sorti ?

Oliver Henry Burslem : Trois.

Pourquoi as-tu mis “White Male Carnivore” en premier single ?

Oliver Henry Burslem : Je pense que c’était ce que le label voulait faire. Il y aura probablement plus de singles que sur le premier disque. Cela montre la confiance du label et c’est plutôt sympa.

C’est l’une des chansons les plus lourdes.

Oliver Henry Burslem : Cela représentait quelque chose à propos de l’époque dans laquelle nous vivons.

Pour nous, c’est comme le lien entre le premier album et le deuxième album.

Oliver Henry Burslem : J’aime bien. Quelqu’un m’a dit aujourd’hui que c’était banni sur Facebook. Quelqu’un l’a posté et ça a été banni, ce que je pense est vraiment bien. Cela montre que les gens ne savent pas ce qui est juste. Vous savez, dans les années 70, on a composé des chansons comme “Down With The Monarchy”. Et maintenant, tout est tellement polarisant. Il vous suffit d’écrire vos régimes alimentaires, vos exigences, votre sexe et votre race, et cela semble être “Ce n’est pas grave”. Cette chanson est plus qu’une question. La façon dont les gens réagissent en dit probablement plus à ce sujet. Ou ne réagissent pas.

Comme le morceau a été banni de Facebook, les gens ont réagi. Il y a une réaction, c’est une bonne chose.

Oliver Henry Burslem : Oui, c’est bien. Tout le monde a besoin de se réunir, de s’aimer.

C’est l’une des plus grandes interrogations du siècle. Comment être ensemble et comment se respecter.

Oliver Henry Burslem : Je suis positif, je pense que c’est juste un obstacle sur la route.

2019 sera un accident de parcours ? Pour le groupe.

Oliver Henry Burslem : Je ne sais pas. Je dois y réfléchir. C’est comme ça, rien n’est prévu.

Dernière question : qu’est-ce qui rock ta life ?

Oliver Henry Burslem : Ce qui rock ma life ? Quand j’étais enfant, c’était ma mère à l’âge de deux ou trois ans. (rires) Mais maintenant la diversité. La variété. Les gens sympas, les gens méchants. Tout est positif.

Site web : yakband.co.uk

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