InterviewsSlideshow

WHILE SHE SLEEPS (26/02/21)

English version

Bienvenue dans la Sleeps Society ! A l’occasion de la sortie de leur cinquième album, nous avons eu le bonheur de nous entretenir avec Mat Welsh, guitariste des Anglais de While She Sleeps. L’occasion de découvrir comment le quintette metalcore a pu se sortir d’une période compliquée, notamment via le lancement de sa “SLEEPS SOCIETY” : une plateforme où les fans peuvent, en échange d’une participation financière de leur choix, prendre toujours plus part à la vie du groupe. Car While She Sleeps a toujours travaillé pour aider le plus grand nombre. Et c’est ce combat qui l’amène aujourd’hui à sortir “SLEEPS SOCIETY”.

Salut Mat, comment vas-tu ?

Mat Welsh (guitare) : Super bien, merci ! Je reviens tout juste de notre entrepôt, on y fait des travaux de rénovations en ce moment. (ndlr : Il montre ses mains pleines de peintures)

Est-ce que tu trouves facilement la motivation d’être actif en étant coincé chez toi ?

Mat : Très facilement. On passe tellement de temps sur la route. Et je me dis tout le temps que j’aimerais disposer de plus longues périodes chez moi. Nous sommes des gens plutôt productifs dans le groupe, grâce à notre entrepôt justement. On travaille toujours sur de nouveaux projets. Je sais que les autres groupes sont très productifs sur la route mais de notre côté, nous nous contentons de juste jouer nos concerts. A la maison, on peut faire de la moto, faire de l’art, rénover l’entrepôt. Du coup l’an dernier quand tout s’est arrêté, je me suis dit qu’il fallait que je prenne le positif de cette situation et on se disait justement que la partie studio de l’entrepôt avait besoin d’un petit rafraîchissement. Du coup, dès que nous avons terminé l’enregistrement du nouvel album, nous avons commencé les travaux. On voulait que le studio soit un endroit dans lequel on aime être à nouveau.

Comment améliorer un endroit qui semble déjà tellement idéal ?

Mat : (rires) L’entrepôt a été construit il y a six ans avec du matériel que nous avons récupéré à droite et à gauche. Aujourd’hui, nous avons la possibilité d’acheter du matériel nous-même, de choisir celui qui est le plus adapté. Et surtout, nous voulons en faire un lieu qui nous inspire à écrire et enregistrer de prochains albums dedans. Cela a toujours été un endroit très inspirant. A chaque fois qu’on s’y rend, on a tous envie de soit faire de l’art, soit faire des travaux, soit faire de la musique. Mais c’est un endroit qui demande beaucoup d’entretien.

Vous laissez régulièrement vos fans venir à l’entrepôt pour des occasions précises, mais est-ce que vous recevez des visites plus fortuites ?

Mat : Bien entendu, tout simplement parce que l’adresse est publique ! Des gens viennent juste nous faire un petit coucou. On reçoit également beaucoup de choses au courrier. A côté de l’entrepôt, il y a un petit café dans lequel on aime aller. Et parfois, on y croise des fans, qui portent nos T-shirts etc. Et ils hallucinent en nous voyant car, pour ma part, je suis souvent l’antithèse visuelle de la rockstar ! (rires)

© Giles Smith

Il y a six ans, Loz nous expliquait lors d’une interview qu’en tant que groupe, vous ne vous considériez pas supérieurs à votre public et que justement, votre travail était d’encourager tout le monde à tirer le meilleur de chaque situation, tous ensemble. C’était presque prémonitoire du concept véhiculé par la création de la “SLEEPS SOCIETY”

Mat : Ta remarque est un super compliment mec, merci. Nous avons lancé la “SLEEPS SOCIETY” l’an dernier, mais j’ai le sentiment que c’est en fait l’aboutissement et le résumé de tout ce que nous avons fait jusque là. Nous avons écrit “This Is The Six” (2012) et le message était que le sixième membre du groupe était notre public. Pour moi, la “SLEEPS SOCIETY” est une structure qui va permettre d’accueillir et de mettre en valeur toutes les idées que nous avons depuis le début. On a voulu créer une communauté ouverte à toutes les personnes qui souhaitent l’intégrer. “SLEEPS SOCIETY” ce n’est pas juste ce nouvel album, c’est désormais le reste de notre carrière.

Vous êtes également totalement transparent quant au fait que c’est pour vous un moyen de créer une autre source de revenus.

Mat : Les groupes de rock sont souvent imaginés d’une autre manière que ce qu’ils sont réellement. Les gens pensent que nous devrions vivre dans des villas énormes et avoir une vie de rockstar. A mon sens, ces gens n’existent plus. C’était peut être la norme dans les années 70 ou 80, mais c’est terminé maintenant. Désormais, tu peux enregistrer un album dans ta chambre, le mettre sur Spotify et être couronné de succès en une nuit. Mais cela ne veut pas dire pour autant que tu vas t’enrichir. Les chiffres du streaming ne se transforment pas forcément en autant d’argent. Et j’ai toujours été pour être transparent envers les gens. Nous ne gagnons pas une fortune, nous gagnons juste assez d’argent pour survivre. L’argent générée par le streaming ne peut pas être divisée en cinq et constituer un revenu suffisant. Nous avons tous la trentaine, et nous devrions être en mesure de vivre normalement vu la quantité de travail que nous abattons. Je suis heureux de casser ce mythe que l’on s’imagine sur les musicien.ne.s. Plus les artistes le feront, plus les jeunes voudront se lancer dans la musique pour de bonnes raisons. Beaucoup pensent que devenir musicien.ne te donne automatiquement accès au succès et à la célébrité, mais c’est comme n’importe quel autre boulot : il faut travailler dur. Et s’il faut expliquer aux gens que oui, nous gagnons probablement moins d’argent que si nous travaillions au supermarché, cela me va ! C’est aussi un moyen de rendre hommage aux ados que nous étions et de leur dire que si tu es passionné et que tu travailles suffisamment, tu peux partir de rien et y arriver. Cela peut prendre dix ans mais tu peux y arriver. Après, si tu dis aux gens qu’être musicien te demande plus que du talent, mais que tu ne montres pas aux comment tu peux t’en sortir, cela va aboutir à la mort de cette magnifique sous culture des musiques rock et metal. On verra de moins en moins cinq personnes jouer dans la même pièce ensemble, et plus de personnes seules devant leur ordinateur, à créer de la musique.

Parlons de ce nouvel album “SLEEPS SOCIETY“. L’enregistrement s’est apparemment déroulé dans un meilleur état d’esprit que celui de “SO WHAT?” (2019).

Mat : (rires) Tu l’as dit ! J”adore “SO WHAT?”, mais mec, cet album nous a presque tué. D’ailleurs quand tu l’écoutes, tu peux ressentir la quantité de merde que nous avons eu durant l’enregistrement. “SLEEPS SOCIETY” symbolise le retour à l’état d’esprit dans lequel nous étions sur “You Are We” (2017). Nous nous sentions légitimes à nouveau et sûrs de nous. On est à nouveau proches les uns des autres sur cet album. Je pense que cela vient du lancement de la “SLEEPS SOCIETY”. C’était quelque chose entre la peur et l’excitation, mais c’est ce qui fait que c’est notre meilleur album à ce jour.

On a le sentiment que cet album était un moyen de vous adresser à vos fans d’une manière très directe. Vous leur adressez même la dernière chanson, en guise de remerciements.

Mat : Quand j’étais plus jeune, je prenais le bus pour aller acheter mes albums préférés en ville. Et sur le trajet du retour, j’écoutais l’album tout en lisant le livret : les paroles d’abord puis les remerciements. Et c’était le plus proche que je pouvais me sentir des groupes que j’écoutais. Mais désormais, le pourcentage de ventes physiques, par rapport aux streams est complètement différent. Et nous sentions que nous perdions l’opportunité d’avoir cet échange avec nos fans. Donc, au lieu d’écrire nos remerciements dans le livret, nous avons décidé de les dire tout simplement. C’était assez bizarre à faire. J’ai enregistré les miens, seul dans mon garage une nuit. Je l’ai fait en une prise.

Cet album a une vibe rafraichissante. On le sent moins politique, et plus personnel.

Mat : C’est vrai. C’est surement dû à ce qu’on a appris durant l’enregistrement de “SO WHAT?”. C’était le bon moment pour aborder certaines choses. Sean consacre énormément de temps à s’intéresser à la santé mentale, le poids de l’anxiété et toutes ces choses. Nous avons la chance de, à chaque album, nous adresser à une audience de plus en plus grande. Nous nous devons de dire ces choses à notre public. Les fans nous parlent souvent de nos chansons qui ont pu les aider. On a pris conscience que nous pouvions être la différence entre quelqu’un qui passe une journée de merde, et quelqu’un qui accepte de ne pas aller au mieux. Si tu penses que ce que tu peux dire peut aider, tu dois le dire.

Deryck Whibley de Sum 41 chante sur “No Defeat For The Brave”. Sam Carter (Architects) a chanté avec Good Charlotte, Amy Lee (Evanescence) est apparue sur le dernier Bring Me the Horizon. Tous les groupes de votre génération s’associent avec leurs idoles de jeunesse !

Mat : (rires) Je n’avais pas vu cela comme cela, mais c’est vrai ! Évidemment nous étions d’immenses fans de Sum 41. Au début de l’enregistrement, quelqu’un nous a dit que Deryck était fan de notre groupe. Et nous étions déjà surpris d’apprendre qu’il connaissait notre groupe ! Donc nous sommes partis à la chasse de son contact. Et dès qu’on a pu lui écrire, il était super excité de faire cette chanson. J’ai le sentiment que, ce soit pour Deryck ou pour Simon (Neil, Biffy Clyro), leur participation ressemble plus à l’incorporation d’un sixième membre du groupe, plutôt qu’à consacrer une partie de la chanson à une personne extérieure.


Pour finir, notre site s’appelle “RockUrLife”, du coup Mat, qu’est ce qui rock ta life ?

Mat : Ma partenaire dans la vie Nat, mon chien Nelson, tous mes frères dans While She Sleeps et nos merveilleux fans. Ce qui rock ma life désormais, c’est de trouver le positif dans toute cette merde. J’ai aussi aimé le fait d’avoir cette conversation avec toi car nous n’avons que peu le temps de discuter avec des gens.

© Giles Smith

Site web : whileshesleeps.com

Ecrire un commentaire

Nathan Le Solliec
LE MONDE OU RIEN