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TOYBLOÏD (01/07/20)

Rencontre dans la bonne humeur avec le power trio Toybloïd pour la sortie de “Modern Love” !

Quelles étaient vos influences pour l’album “Modern Love” ?

Madeleine : Le rock actuel. On écoute beaucoup les artistes qui sortent actuellement, même si on a quelques influences comme les L7 qui sont plus anciennes. Mais au final on écoute beaucoup des groupes de maintenant, comme SWMRS. On voulait faire du rock de 2020, ou du coup plutôt de 2018. (rires)

Lou : Deap Vally, Gossip, Nova Twins aussi.

Vous avez puisé dans vos influences plus anciennes ou vraiment vous vous êtes basés sur ce que vous écoutiez actuellement pour votre album ?

Madeleine : Il n’y avait pas de plan précis mais ce qui transparaît, c’est que ce que l’on écoutait au moment où on a écrit l’album.

Comment s’est passée la gestation très longue du disque ?

Lou : Cela s’est fait à la force de notre sueur. On a eu vraiment le temps de peaufiner chaque partie, guitare basse batterie chant. Cela a mis du temps parce qu’on est allé enregistrer à droite et à gauche, et parce qu’on s’est retrouvés tous seuls du jour au lendemain et c’est ce qu’on voulait aussi. Cela s’est bien passé, on a bien kiffé travailler dans ces conditions pour sortir ce beau bébé !

Madeleine : On a bien aimé pouvoir prendre toutes les décisions qu’on voulait et les prendre seuls.

Lou : Cela nous a sauvé la vie !

Etait-ce important pour vous ?

Madeleine : Cela faisait des années qu’on se faisait conseiller par des gens qui travaillaient avec nous parce qu’on ne faisait pas forcément l’effort de ce travail par nous-mêmes. On se laissait porter. Du coup on s’est dit que c’était n’importe quoi, qu’on savait très bien ce qu’on voulait et qu’on pouvait se donner les moyens d’y arriver. Donc virons tout le monde ! Et on s’est retrouvé au pied du mur.

Lou : Et c’est avec cette décision que tu te rends compte qu’être musicien aujourd’hui c’est plus que monter sur scène et jouer de la guitare. C’est savoir faire des clips, savoir organiser un évènement, savoir gérer ton planning de répétition, faire une pochette d’album.

Justement, quelle est l’histoire derrière la pochette de l’album ?

Greg : On avait une autre pochette prévue à la base et ça ne s’est pas fait. On a été pressé par le temps et on est finalement très heureux que ça se soit passé comme ça. On s’est dit qu’on avait envie de faire une photo de deux personnes qui s’embrassent parce que je trouve ça hyper joli esthétiquement mais cela a déjà été fait et c’est une image que l’on connaît tous. Et Lou a souhaité que ce soit deux femmes mais d’âge mûr, à peu près la soixantaine. Madeleine et moi étions d’accord.

On est hyper fiers de cette pochette. C’est simple mais cela véhicule un message fort et en même temps assez doux car ce sont deux personnes qui s’embrassent sans être dans la pornographie. Cela nous tient à cœur.

Cette notion de couple homosexuel plus âgé n’est pas représentée dans les médias.

Lou : C’est ça, tu as tout résumé. C’est exactement l’idée de la pochette. Quand tu tapes “deux vieilles gouines” sur Google, tu vas avoir dix pages de sites pornographiques et après tu tomberas sur la jolie histoire de deux femmes qui se sont mariées au fin fond des États Unis.

Le mouvement LGBT est actuellement de plus en plus représenté. Certains médias vous ont d’ailleurs qualifié de groupe de rock politique. Mais ce n’est pas l’impression que donne votre musique ?

Madeleine : On n’a pas de revendications. Il y a beaucoup de messages que l’on a envie de faire passer mais de manière douce et bienveillante. On a conscience qu’en tant qu’artistes qui sont sur scène et qui sortent des disques, il faut en profiter pour dire des choses qui nous tiennent à cœur. Malheureusement il y a encore des messages qui ne passent pas assez souvent, comme le fait que ce soit tout à fait OK d’être homosexuel. On n’est pas un groupe politique.

Lou : Tant qu’on peut donner un peu notre avis ! (rires)

Greg : On n’est pas du tout dans le côté moralisateur de certains groupes engagés, pas dans le cliché du groupe avec le poing levé.

Madeleine : On a plus envie de s’adresser à une petite nana qui a la sensation qu’elle préfère les filles et qu’elle se sent cheloue, et quand elle écoutera ce qu’on lui raconte elle se dira qu’elle est tout à fait normale. On s’adresse plus à ces personnes là que l’on cherche à prouver aux personnes homophobes qu’elles ont tort.

Greg : De base ces personnes là ne nous écoutent pas.

Lou : De dire qu’on est politique c’est être un peu à l’ouest. Tout est politique mais c’est une autre question. On n’est pas ultra engagé, on veut juste faire du bien aux gens.

Votre avis sur la condition de la femme sur la scène musicale ?

Lou : C’est une catastrophe ! (rires) Dans le milieu rock les femmes ne sont pas très écoutées ni représentées. L’image féminine véhiculée est très propre, douce. Dans le metal c’est très sexualisé. Ce n’est pas la réalité ! Cela rend dingue de cantonner les filles à cela.

On est dans un système où la parité n’est pas du tout respectée, il n’y a pas assez de nanas ingés son, programmatrices de festivals ou de salles de concert.

Quand on a commencé le groupe on ne se posait pas du tout la question. On était en mode “ados introvertis” et maintenant que l’on est plus “vieilles”, on prend conscience de ce qu’on véhicule et on essaie d’ouvrir la voie.

On fait en sorte d’avoir des premières parties féminines, de construire un milieu rock féminin à Paris. On essaie de se bouger à notre échelle sur cette cause là.

Greg : Même si c’est en train de bouger à l’intérieur de la scène, tu auras plus de nanas qui travailleront à la lumière qu’en tant qu’ingé son. Tu auras plus de chanteuses, de bassistes que de batteuses, surtout dans le metal. J’exagère mais tu dois avoir quatre batteuses de metal sur la planète. Il y a encore un immense travail à faire là dessus.

Pour revenir sur les influences que vous aviez, comme Gossip, Beth Ditto a ouvert la voie aux femmes rondes et musiciennes qui s’assument.

Lou : Oui et encore elle vient des États Unis. En France il existe forcément des nanas comme elle, mais on ne les voit pas ou on ne leur laisse pas la parole. Beth Ditto a été une révélation et c’est tant mieux, ça a fait du bien.

Revenons à la situation sanitaire du moment. En tant que musiciens vous ne pouvez pas défendre votre album qui vient de sortir. Comment le vivez-vous ?

Madeleine : C’est extrêmement frustrant. On venait de faire huit dates avec Ultra Vomit en étant au taquet, on avait bien peaufiné notre set et le vendredi 13 mars on a dû faire demi-tour sur l’autoroute. On a l’album qui sort, une grosse tournée et tout s’annule. C’est terrible.

C’est frustrant mais on se dit que quand ça va repartir, ce sera beau et le public sera demandeur et motivé.

Lou : Je suis plus dans un état d’esprit à vivre au jour le jour et à voir de quoi sera fait demain. Mentalement je trouve ça super excitant. Ça nous demande de trouver une nouvelle façon de bosser. On sort de la routine d’un groupe qui sort son album et part en tournée. Ça permet d’apprendre de nouvelles techniques et de gérer ses réseaux.

Comment ça s’est passé pour les réseaux sociaux ?

Lou : Vendredi soir pour la sortie de l’album on a fait un livestream où il y avait des images de nous en train de jouer l’album en live et en même temps de réagir avec les gens qui regardaient le concert. C’était un super moment.

On a surtout eu la chance d’avoir des clips qui étaient prêts. On n’avait pas rien à dire ni à faire.

Vous avez une tournée prévue pour l’automne.

Madeleine : Avec la COVID tout s’est décalé. Tous les festivals de cet été se sont décalés d’un an. Nos dates de mars/avril/mai se sont reportées sur la rentrée. Si tout va bien dès septembre on sera sur la route !

Greg : Tous les gens qui gravitent autour de la scène rock comme les musiciens ou les journalistes ont hâte que les concerts reprennent.

C’est vrai que c’est difficile pour tout le monde. On aurait tous dû être au Hellfest.

Lou : Nous aussi. C’est la tristesse de tout le monde le Hellfest !

Greg : C’est le Noël de tout le monde !

Vous avez déjà quatre clips qui sont sortis. Comment s’est passée leur création?

Lou : Toutes les idées de clips viennent de nous, même si nous n’avons pas réalisé à proprement parlé les clips. Comme on s’est retrouvés seuls, on a regardé la liste de nos copains et on s’est rendus compte qu’on avait une équipe de tournage au complet dans nos amis. On en a bien profité et ça a permis à tout le monde de tester des choses, de sortir du quotidien. Tous les clips ont été faits par des copains, et dans la joie, la bonne humeur et le kiff surtout !

Greg : Le clip de “Monster” a été tourné dans ma colocation en plein déménagement, le clip de “Beauty & The Beast” a été créé parce qu’une nana qui donne des clips de pole dance nous envoie une vidéo de son travail. C’était super instinctif, on est super fier des clips.

Vous avez récemment signé chez KMS, affilié avec Sony. Comment se passe la relation avec eux ?

Madeleine : Ils sont arrivés pile au bon moment dans le processus de l’album. On était arrivé au bout, on avait tout fait : le CD était mixé, la pochette et le livret étaient créés. Ils sont arrivés au moment où on se disait qu’être absolument seuls jusqu’au bout serait compliqué. Ils sont distributeurs donc grâce à eux l’album est très exposé chez tous les disquaires de France. Ce sont aussi des gens qui ont beaucoup d’expérience donc ils ont pu nous conseiller sur beaucoup de choses. Ils nous ont accompagné en douceur dans les bacs. (rires)

Lou : Ils nous laissent aussi une très grande liberté artistique.

Est-ce important pour vous de conserver cette liberté ?

Madeleine : Je pense qu’on va rester là dedans désormais, ce serait maso de revenir en arrière.

Greg : On a trouvé la formule parfaite. On s’occupe de ce qu’on veut et on laisse Sony gérer la partie distribution. On pourrait très bien le faire mais on ne vendrait nos CD qu’en concert. On a envie de plus. (rires) On veut garder la direction artistique.

Après tout, pourquoi pas continuer le DIY et distribuer vos albums seuls ?

Madeleine : Cela n’aurait pas eu de sens. Cela aurait été une galère sans nom.

Greg : Pour le coup ce serait devenu politique. (rires) Je connais plein de potes qui le font et c’est respectable, mais nous on a envie de plus.

Madeleine : Après avoir passé tant de temps à faire quelque chose, on a envie que des gens l’écoutent. (rires)

Ça a été compliqué de gérer ce processus seuls ?

Lou : Ça fait grandir !

Madeleine : C’était compliqué mais ça nous a permis de prendre confiance en nous et de nous montrer qu’on était capable de le faire. Il suffit de décrocher son téléphone et d’envoyer un e-mail et ça fonctionne. (rires)

C’était très formateur.

Lou : Tu deviens ton propre manager, ton propre producteur et c’est ta musique. Plein de casquettes !

Madeleine : On est fières de cela. On est productrices en plus d’être musiciennes.

Cela vous plairait de produire des artistes à l’avenir ?

Madeleine : Oui carrément.

Lou : Surtout de les martyriser ! “Vous avez pensé à chanter en français ?” (rires)

Madeleine : On adorerait le faire. Il faut de l’argent pour ça.

C’est intéressant que l’on ait plus de femmes représentant la scène rock en France car on en voit peu.

Madeleine : Il y a pas mal de groupes de nanas désormais. Quand on a commencé il y a quinze ans, on était seules au monde et là il y en a plein. Requin Chagrin, Sun, Lush Rush. C’est en train de changer assez vite.

Lou : Il faut maintenant leur donner la voie et la place. C’est cool car ce sont des nanas qui s’en sortent.

Greg : On en voit plus dans les scènes punk ou hardcore, mais plus tu montes dans les festivals mainstream moins tu en as de présentes ou alors ce sont des formules de chanteuses accompagnées.

En ce moment le mouvement Black Lives Matter prend beaucoup d’importance. Qu’est ce que vous en pensez vis à vis de la scène rock ?

Lou : On demande beaucoup plus de diversité ! C’est trop blanc sur la scène rock, c’est chiant ! En Angleterre on a les Nova Twins avec qui nous avons fait une date.

Greg : Il faudrait passer par la discrimination positive encore une fois. Dans le rock tu as très peu de représentations noires ou arabes par exemple. Ça permettrait d’arriver, un jour, à une équité parfaite.

Madeleine : Le festival Afropunk avait été super pour ça. C’était trop trop bien.

A un moment donné je trouvais étrange de ne voir des festivals que de femmes ou comme cela. Mais en fait il faut en passer par là pour changer les choses.

C’est compliqué quand la majorité des boîtes de production ou des festivals sont gérées par des hommes blancs hétérosexuels.

Lou : A bas le patriarcat ! (rires) Nous, à notre petite échelle on soutiendra les petits comités et les associations qui défendent ces causes. C’est ça la vraie vie.

La vraie vie ce sont aussi vos textes. Vous vous basez sur votre expérience et sur votre vécu. On imagine que ça parle forcément à vos fans. Quels sont les retours que vous avez ?

Madeleine : C’est un album beaucoup plus personnel que le premier, dans lequel on a vraiment mis nos vécus et nos histoires. On n’a pas eu de retours pour le moment, c’est encore trop frais ! La pochette parle à beaucoup de monde. Nous avons la chance d’avoir un public bienveillant.

Avez-vous des échos à l’étranger ?

Lou : On devait partir en Angleterre en avril justement mais c’est suspendu pour le moment. On espère pouvoir y aller.

Comment vous voyez la scène anglo-saxonne, plus ouverte sur les questions de sexualité ou de représentations des minorités ?

Lou : Comme un eldorado. En Angleterre, tu as un groupe comme les Dream Wife qui ont un super discours, plus de liberté et cela donne envie de les rejoindre.

Madeleine : Même des groupes de mecs comme SWMRS parlent beaucoup de féminisme, de Black Lives Matter.

Greg : En tant que groupe de rock il faut parler à ces moments charnières. Refused est hyper engagé par exemple, même pour un groupe blanc masculin. En France on n’a pas cette attitude tandis que sur la scène anglo-saxonne tu es vite “adulé” quand tu prends position sur certains sujets.

Avec un album qui tourne déjà depuis deux ans, est ce qu’il y a eu des évolutions ?

Lou : On ne joue pas les chansons de la même façon. Il y a quelques parties qui changent, on les joue avec un entrain différent.

Madeleine : Mais pas de lassitude non. On s’est plus approprié les morceaux. Pas d’urgence à jouer de nouveaux morceaux non plus.

Maintenant que les gens vont connaître les chansons et les paroles cela va sûrement changer un peu.

Greg : On va arriver avec une nouvelle tournée super chouette et c’est un réel plaisir de pouvoir les jouer.

Dernière question : notre média s’appelle “RockUrLife” alors qu’est ce qui rock votre life ?

Lou : Le thé vert !

Madeleine : Toybloïd !

Site web : facebook.com/toybloid

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Laura Navarre
J'ai annoncé à mes parents à 16 ans que mon objectif professionnel était de produire la prochaine tournée de U2. Depuis de l'eau a coulé sous les ponts (et U2 fait de la musique relativement passable). Passionnée de musique depuis son plus jeune âge, je me suis écartée du chemin musical parental (Queen & la chanson française), pour rejoindre celui autrement plus sympathique du ROCK.