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THUNDER (28/01/21)

English version

Entrevue avec Danny Bowes, chanteur et frontman de Thunder, à l’occasion de la sortie du nouvel album “All The Right Noises” !

Salut Danny, comment vas-tu aujourd’hui ?

Danny Bowes (chant) : Pas trop mal, pas trop mal.

On peut constater que ce nouvel album a bénéficié d’une grosse production. Chœurs, cuivres et ainsi de suite. Comment avez-vous réussi à réaliser ce genre de production malgré la situation sanitaire ?

Danny : A vrai dire, le disque a en fait été enregistré en 2019. Nous avons fait l’album en trois sessions : juillet 2019, novembre 2019 et ensuite janvier 2020. Nous l’avons donc terminé et mixé en mars de l’année dernière. Et puis, le confinement est arrivé, donc. Mais nous avons eu de la chance. Sinon, nous aurions peut-être dû nous arrêter.

L’écriture des chansons a été spontanéee ?

Danny : Oui, c’était spontané. Luke (Morley) compose les chansons chez lui. Il a un studio à la maison où il enregistre les démos, qu’il nous envoie par la suite. Il a fait tout cela pendant, il me semble que c’était la deuxième moitié de 2018 et la première moitié de 2019. La raison pour laquelle nous sommes entrés en studio en trois sessions est que nous n’avions à enregistrer que les meilleures chansons qu’il avait créées à ce moment-là. Cela lui a donc permis de travailler d’autres chansons par la suite, puis nous sommes revenus quelques mois plus tard pour en enregistrer d’autres. Cela prend plus de temps, cela finit par coûter beaucoup plus cher de faire un disque de cette façon. Mais nous préférons cela, parce que cela signifie simplement que nous avons perspective “fraîche” chaque fois que nous retournons en studio.

On aime particulièrement la chanson “Destruction”, mais également “You’re Gonna Be My Girl” et “Don’t Forget To Live Before You Die”. Des anecdotes sur “Destruction” ? De plus, quelle est ta chanson préférée de l’album ?

Danny : “Destruction” a été la première chanson qu’il nous a fait écouter, quand il a dit qu’il avait composé de nouvelles chansons. Tu peux donc imaginer notre réaction, quand nous avons entendu celle-là pour la première fois, cette démo nous a époustouflé. Nous nous sommes dit : “wow, cela va être un super album si tout est de ce niveau”. Nous étions assez heureux quand nous avons entendu cette chanson pour la première fois, c’est une super chanson à jouer, et évidemment, cela parle d’un sujet très sérieux. Elle parle de la santé mentale. Ce morceau est très convivial bien qu’il soit légèrement différent des chansons type de Thunder. C’est très direct tout au long de la chanson, nous adorons cela.

Il y a beaucoup de très bonnes chansons sur ce disque. Il y a beaucoup de styles différents. Il s’agit toujours de nous, mais cela explore beaucoup de voies différentes sur ce que le groupe peut faire. C’est un album très varié. Comme tu l’as mentionné il y a des chansons comme “You’re Gonna Be My Girl”, une chanson qui nous représente bien, comme “Dirty Love” (1990) le faisait, qui rend hommage aux groupes des années 70. Que nous écoutions quand nous étions enfants comme The Faces (ndlr : avec Rod Stewart au chant). Il y a ce genre d’arrogance dans ce morceau. Nous avons grandi en écoutant ce genre de groupes. Donc, il y a des trucs sérieux sur l’album, des trucs amusants, il y a une ballade, une chanson qui n’aurait pas dépareillée sur un western spaghetti. Je veux dire, je pense que cet album est très fort et très diversifié. Et c’était très amusant à faire. Je pense que tu peux l’entendre sur le disque.


À propos des paroles, y a-t-il une signification particulière pour certains titres comme “Last One Out Turn Off The Light”, “St. Georges’s Day” ou “She’s A Millionairess” par exemple ?

Danny : Bien sûr. “Last One Out Turn Off The Lights” a été écrit sur la stupidité du Brexit. Comment un pays est suffisamment stupide pour voter la sortie de l’Union Européenne, faisant écho à de nombreuses années de mauvaises négociations gouvernementales et comment ils ont tout fait foirer. C’est écrit d’un point de vue très frustré. En gros, c’est comme si on nous disait : “vous êtes des idiots” et qu’on devrait tous quitter le pays et aller vivre ailleurs ! C’est une chanson bien énervée mais étrangement très amusante à interpréter qui donne envie de sauter dans la pièce, et c’est génial. Nous l’adorons et “St.Georges’s Day” parle essentiellement de multiculturalisme, et le fait que le prêcher mène à la tolérance. Cela s’applique partout dans le monde, et pas seulement dans notre pays. Il y en a certains qui n’essaient pas d’embrasser d’autres cultures, et le titre dit essentiellement de ne pas être aussi stupide. Car s’ils regardaient en arrière et qu’ils fouillaient suffisamment longtemps, ils ne sont peut-être pas de “race pure” autant qu’ils le pensent. Car tout le monde vient de quelque part.

Et puis, tu as une chanson comme “She’s A Millionairess” qui est inspirée par une rencontre que Luke a eu avec des gens dans les années 80 où il avait entendu une conversation entre deux femmes très riches qui parlaient des difficultés de leur vie. Et Luke n’avait clairement pas d’argent à ce moment-là, pas de succès, et forcément, quand il a entendu cette discussion, il a pensé : “ces gens sont vraiment des extraterrestres”. Les choses qui les inquiètent ne sont pas vraiment celles qui nous inquiètent. (rires) Il a cette idée depuis des années et des années, de faire une chanson là-dessus. Il faut faire très attention quand il y a Monsieur Luke Morley dans les parages, vous ne pouvez rien dire parce qu’il a toujours un carnet sur lui. (rires)

Quelle est la signification de l’illustration de votre pochette ? Que la vie est fragile et en équilibre constant ?

Danny : Je pense que c’est une belle interprétation mais ce n’est pas du tout comme cela que nous l’avons vu. Nous avons choisi le titre à partir des paroles de “Destruction”, et une fois que nous avons eu le titre, nous avons commencé à regarder, à chercher des instruments de musique intéressants ou farfelus. Pas des instruments de musique ordinaires, mais quelque chose qui nous aurait inspiré pour faire notre jaquette. Et nous avons découvert cet arbre sonnant et “chantant”, qui est en fait une sculpture. Et c’est cette sculpture qui apparaît sur la pochette de l’album. C’est un objet réel, qui a environ sept ans, et qui a été construit sur une colline dans une partie très sombre et exposée du monde, dans le nord de l’Angleterre. Elle surplombe une ville appelée Burnley. Quand le vent souffle, il fait un bruit très étrange, comme un sifflement.

Tous les morceaux de l’arbre sont des tuyaux en métal qui sont tous composés d’un tuyau coupé à l’intérieur, ce qu’il fait qu’ils résonnent tous à une certaine fréquence quand le vent souffle. C’est très bizarre, presque surnaturel quand on se tient à côté apparemment. Ce qui nous a plu, plus que tout autre chose, c’est qu’il détonne posé là, à flanc de colline, mais tout en semblant aussi complètement à sa place. C’est comme un extraterrestre qui pourrait dominer Burnley de haut, le protégeant des envahisseurs. Mais d’un autre côté, ce pourrait également être l’envahisseur qui s’apprête à attaquer Burnley. Nous avons aimé le fait que nous ne pouvions pas savoir de quel côté il pouvait se situer. Le fait est que c’est une image étonnante. Ce que vous voyez sur la couverture est une photo prise par notre ami Jason, notre photographe, à trois heures et demie du matin, lorsque le soleil se levait. Et il n’y a pas de retouches sur cette photo. C’est ce à quoi cela ressemble à trois heures et demie du matin. Je ne peux pas imaginer à quel point cela a dû être fabuleux d’être là, de prendre cette photo à cet instant-là. Il a dit qu’il faisait très froid. (rires) Et je pense que les habitants de Burnley sont fiers qu’un de leur monument local soit en couverture d’un album.

Quelle a été la chanson la plus difficile à terminer, à finaliser ?

Danny : Il y a une chanson sur l’album qui est une ballade, “I’ll Be The One”, où il y a probablement le meilleur solo de guitare que Luke ait jamais joué. J’adore ce solo. C’est un solo de guitare sur lequel je chante. Je ne pense pas avoir jamais chanté sur d’autres soli de guitare, mais je chante sur celui-là. C’est une idée très étrange, je sais. Mais la chanson elle-même, le couplet, est, du point de vue du chant, très difficile pour moi, parce qu’il est très calme, très doux. J’ai passé toute ma vie d’adulte à essayer de faire beaucoup de bruit. Je n’ai jamais vraiment essayé de chanter doucement. Je n’ai jamais vraiment eu envie de le faire, jusqu’à ce qu’il compose cette chanson. Et j’ai essayé de la chanter pendant la première session, car je t’ai déjà dit que nous avions fait l’album en trois sessions, et j’ai échoué. Je n’ai pas pu le faire correctement, cela ne marchait pas du tout. Je suis devenu très frustré, alors j’ai abandonné et j’ai chanté autre chose.

Et puis, lors de la deuxième session, quelques mois plus tard, j’ai réessayé, et même résultat ! C’était mieux certes, mais il n’y avait toujours pas le résultat recherché. J’ai chanté la chanson, encore et encore, entre les sessions, tout seul. En marchant dans la rue, quoique je fasse à un moment donné, je la chantais toujours et j’essayais de la réussir. Donc, quand nous avons fait la troisième session en janvier de l’année dernière, j’ai su que c’était ma dernière chance. La pression était donc là, et j’ai finalement réussi, mais c’était beaucoup plus dur que ce que cela aurait dû être.

Je n’ai jamais eu à faire trois sessions d’enregistrement, autant de préparation et de tentatives pour une chanson de toute ma vie. Donc, pour moi, cette chanson se démarque vraiment parce qu’elle a été très difficile pour moi. Mais ce qui est étrange, c’est qu’un an après l’enregistrement de cet album, ce n’est que maintenant que je peux écouter les enregistrements et enfin me sentir bien. Parce qu’à chaque fois, depuis, et jusqu’à récemment, tout ce que j’entendais, c’est tout ce que j’avais fait de mal, ou que je jugeais insatisfaisant. Mais maintenant, j’accepte ce que c’est, et je ne me souviens plus de ce que j’ai fait de mal ou de ce que j’essayais de faire. Cela semble bien, donc je suis heureux, mais cela m’a pris un an.

Cela sonne très bien.

Danny : Je te remercie. J’aurais aimé que tu me dises cela il y a un an. (rires)

Y a-t-il une personne non musicienne qui est/a été une source d’inspiration pour vous ?

Danny : Notre tout premier manager, il y a de cela de nombreuses années. Il n’était pas musicien, il ne savait pas jouer d’un instrument, et il était probablement trop vieux à ce moment-là. C’était un homme des années 70 dans un monde des années 80. Le monde de la musique avait changé. Mais il nous a appris beaucoup de leçons très importantes et de choses qu’on garde pour la vie. Je l’appelais : “perles et sagesse”. Il nous a aidé de bien des façons, et j’ai rencontré beaucoup de groupes en cours de route qui n’ont pas appris ce genre de choses. Et je pense que c’est pourquoi certains de ces groupes n’existent plus.

Un plaisir musical coupable ?

Danny : Je dirais Frank Sinatra.

Mais c’est de la très bonne musique !

Danny : Presque tous les dimanches matin, j’écoute Frank Sinatra. Pour Noël, pendant des années, très régulièrement, mon père me torturait en mettant tous les dimanches matin Frank Sinatra. Au début, quand j’étais en âge de boire, que je quittais la maison pour la première fois et que je sortais, quand je rentrai pour m’allonger dans mon lit avec une gueule de bois scandaleuse, mon père mettait Frank Sinatra à plein volume, et je savais que ça voulait dire qu’il était temps de me lever. Et quand je descendais dans la cuisine, mon père me demandait : “comment te sens-tu ?”, j’avais un très mauvais mal de tête et mon père me disait : “Frank va guérir ton mal de tête !”. Pendant des années, j’ai grandi en détestant Frank Sinatra, mais quand le moment est venu, et que j’ai eu mes propres enfants, je leur ai fait la même chose. (rires)

Et enfin, notre traditionnelle dernière question : nous sommes “RockUrLife”, donc qu’est-ce qui rock Danny de Thunder ?

Danny : Je pense que l’exercice physique est en train de bouleverser ma vie en ce moment. Le besoin d’exercer mon corps, de m’assurer que mon esprit suit également. J’ai découvert que, lorsque le confinement a commencé au Royaume-Uni l’année dernière, j’ai ressenti une envie irrésistible de sortir, de faire de l’exercice et d’être au grand air, et je l’ai fait tous les jours depuis. J’ai recommencé à courir, parce que je n’avais pas couru depuis des années. J’ai un mauvais genou et un mauvais dos, mais surtout, j’aimais cela, je me sentais très en forme et fort. Et je pense que mon esprit fonctionne mieux grâce à cela. La stimulation, sans aucun doute. Je suis très heureux de la vie, même si elle est pleine de misère par moment et pour certains.

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