Interviews

THE RASMUS (18/11/17)

English version

Quelques heures avant le concert au Trabendo, RockUrLife a eu la chance de rencontrer Lauri Ylönen, le chanteur de The Rasmus. Dans l’intimité du tour bus, nous avons parlé du retour du groupe mais aussi de la vie personnelle de Lauri, de la Finlande et de bien d’autres choses.

Dark Matters” est déjà votre neuvième album en vingt ans d’existence. Ça fait un sacré long périple. Comment est-ce que tu te sens par rapport à tout ça ?

Lauri Ylönen (chant) : En effet, c’est une longue histoire. On a commencé en 1994, donc ça fait vingt-trois ans maintenant et on commence à vraiment apprécier parce que c’est une longue amitié. On est amis depuis toujours. J’ai rencontré Eero au CE2, j’avais dix ans. Je n’ai jamais eu des amis comme ces mecs. On est si proches, un peu comme des frères. C’est précieux d’avoir ça et on apprécie encore beaucoup d’être ensemble. On a fait une petite pause de cinq ans mais c’était très facile de revenir parce qu’on se connait tous très bien. C’était comme si c’était hier.

Du coup tu as presque répondu à la question suivante qui était sur le line up de The Rasmus, stable depuis 1998. (rires)

Lauri : En fait, il faut avoir du respect pour les autres, un peu comme dans une famille ou dans une bonne relation. Tu respectes ta femme, tu respectes ses idées. Si elle a d’autres rêves, il faut lui donner l’opportunité de les réaliser. Me concernant, j’ai par exemple une passion pour l’architecture et en Finlande, j’ai ma propre émission sur l’architecture. Je construis des maisons, j’ai mon entreprise et ça me prend beaucoup de temps et d’effort mais les mecs du groupe savent que cela me rend heureux quand je le fais. Pareil pour Eero, il étudie le cinéma en Australie. C’est important d’avoir d’autres activités dans la vie.

Le titre du nouvel album “Dark Matters” rappelle celui de “Dead Letters” (2003). C’est un album clé dans votre carrière. Y a-t-il un lien entre cet album et le nouveau ?

Lauri : Quand on a trouvé le titre, on a pensé que c’était en effet très similaire à “Dead Letters” et du coup on a décidé d’avoir une pochette d’album qui reprend le même état d’esprit. On a aussi remis l’ancien logo avec les feuilles.

Mis à part ça, les deux albums sont musicalement très différents.

Lauri : Avec le temps, tu réalises des choses et il devient plus facile de regarder ton groupe avec la distance que peut t’apporter une pause de cinq années. Pour nous, c’est intéressant de changer et de s’essayer à de nouvelles choses. Beaucoup de gens nous demandent “pourquoi est-ce que vous ne faites pas un deuxième “In The Shadows” ?”. En fait, je ne pense pas que je pourrai le faire. Car en arrière-plan de chaque chanson, on retrouve l’ADN de The Rasmus. C’est juste que la production est parfois différente mais l’essence, elle, reste la même.

On a regardé les clips issus de “Dark Matters” et on a ressenti qu’il y avait une sorte d’histoire derrière. Peux-tu nous en dire plus ?

Lauri : Pour “Paradise”, je marche à travers une porte enflammée que l’on retrouve également sur la pochette de l’album. C’est une sorte de métaphore pour dire qu’il faut tenter sa chance, faire des sacrifices peut-être, être courageux dans la vie. Et c’est aussi plus personnel. J’ai divorcé il y a environ deux ans et ça n’a pas été une décision facile à prendre, surtout parce que j’ai un enfant. Pour passer à autre chose, il faut du courage et peut-être passer par cette porte enflammée. (rires)

Il faut admettre qu’on a été surpris par certains éléments électroniques du nouvel album. Est-ce quelque chose que vous allez garder dans le futur ?

Lauri : Je ne sais pas ce que nous allons faire. On a juste pensé que c’était intéressant de le faire à ce moment-là. On avait essayé de jouer de façon normale certaines chansons qui étaient plus électroniques et ça sonnait tellement lent ! Parfois avec des claviers, on peut faire des sons minimalistes mais vraiment intéressants ! Et on a décidé de tout garder tel quel. Avoir de l’estime pour soi, je pense que c’est fondamental quand tu fais de la musique. Il faut également avoir du courage pour la sortir si tu l’aimes, même si c’est sur un terrain musical sur lequel tu ne t’es jamais aventuré avant.

Peu importe ce que les gens en penseront ?

Lauri : Exactement. Tu ne peux pas faire de la musique en donnant de l’importance à ce que les fans pourraient en penser. Si tu viens au concert de ce soir, quand on jouera les nouvelles chansons et maintenant qu’on a tous ces claviers et ces nouveaux éléments, tu verras que ça sonne plutôt bien. Même si c’est électronique, ça envoie ! On continue toujours d’apprendre ! On a commencé à écrire de nouvelles chansons mais le dernier album était sorti il y a cinq ans donc on a encore du temps ! (rires)

Tu dois savoir ou ne seras pas surpris d’apprendre que la Finlande est le pays où l’on compte le plus grand nombre de groupes de rock / metal par habitant. Comment l’expliques-tu ?

Lauri : Quand j’étais ado, tout le monde en Finlande jouait de la guitare, de la batterie et s’essayait à différents instruments. A l’école, on a aussi l’opportunité de pouvoir jouer dans un groupe. Nous recevons également beaucoup d’aides de la part du gouvernement. Quand il y a la possibilité de s’essayer à quelque chose comme ça, forcément quelque chose en sort. Parfois, dans certains pays, c’est plus le sport qui domine. Par exemple, on va au Brésil et on se demande pourquoi il n’y a pas de groupes de rock ou de metal au Brésil… bon, il y a Sepultura (rires) mais c’est parce qu’ils sont plus dans le foot, ils y jouent toute la journée. C’est peut-être aussi en raison du climat, du beau temps alors qu’en Finlande il vaut mieux rester au chaud. (rires) Puis dans certains pays, certaines villes, il y a aussi des sortes de “scènes”, comme quand on avait commencé et même avant nous. La scène metal finlandaise est toujours très active par exemple.

Toujours au sujet de la Finlande, le pays va célébrer le centième anniversaire de son indépendance en décembre. Comment tu te sens vis-à-vis de ça ? Est-ce quelque chose dont les Finlandais parlent cette année ?

Lauri : C’est évidemment très important. Il y a aura une grande fête ce jour-là. Je serai à Los Angeles parce que j’y vis depuis trois ans mais j’ai aussi été invité à l’ambassade de Finlande. Il y aura une fête et la fête principale se déroulera dans le palais du Président. Ça commencera donc à 8h du matin pour moi à Los Angeles, je serai en direct à l’écran donc tout le monde sera habillé sauf moi. (rires) Il y aura de la nourriture et des boissons finlandaises. C’est très réjouissant, je me sens patriotique quand je suis loin de la Finlande car à Los Angeles, j’ai pu rencontrer de nombreux Finlandais talentueux. Je n’ai pas seulement été en contact qu’avec des musiciens mais aussi des photographes, des cinéastes, des gens qui font des jeux vidéos comme “Angry Birds”. De bien des façons, je suis très fier de notre pays.

Tu as de quoi !

Lauri : Oui, c’est un petit pays mais de nombreux trucs cools en sortent.

La semaine dernière marquait les deux années des événements tragiques qui sont survenus au Bataclan. N’aviez-vous pas peur de jouer et de revenir à Paris ou tu sens plus que, peu importe, “le spectacle doit continuer” ?

Lauri : La deuxième option bien entendu. Tu ne peux pas vivre de cette façon. Je veux dire, je ne peux pas penser au fait que des choses horribles comme ça se produisent parce que sinon je deviendrai dingue. Je suis quelqu’un de très sensible, j’ai un bon sens de l’imagination et si je lui laisse trop d’espace pour s’exprimer, ça ne va pas être bon. Ce qui s’est passé est vraiment horrible et ça me fait beaucoup de peine d’y penser.

On a un peu triché et regardé la setlist de cette tournée et on a été très surpris de voir que vous jouiez encore des chansons de chaque album depuis “Into”. Est-ce important pour vous de le faire ?

Lauri : En fait, on ne joue pas de chaque album. Par exemple, je pense que les trois premiers albums ne sont pas très connus en France. En Finlande, c’est différent, on peut jouer des chansons de ces albums, même si c’est un style de musique différent, car on a justement commencé à avoir vraiment du succès en Finlande avec ces chansons. Ici [en France], les gens veulent écouter des chansons qu’ils connaissent et c’est normal. J’ai justement rencontré quelques fans et ils m’ont dit qu’ils étaient nostalgiques de notre concert, ils se souviennent combien ils étaient différents à cette époque. Donc ce soir, oui, on va jouer des chansons de différents albums mais aussi cinq chansons issues du nouveau !

Peux-tu nous dire s’il y a des groupes français que tu aimes écouter ?

Lauri : Daft Punk est l’un de mes groupes préférés ! Je les aime depuis l’album “Homework” (1999). En fait, il y a quelques années, j’ai fait un album solo où j’ai expérimenté plus de choses électroniques car l’électro est aussi l’une de mes passions. Sinon, il y a aussi ce groupe nommé The Do.

Le duo franco-finlandais ? Ils sont très connus ici !

Lauri : Oui, c’est incroyable ! Il y a très longtemps, j’ai rencontré la fille, elle était fan de The Rasmus. Je lui ai parlé de nombreuses fois avant qu’elle commence le groupe et hop, tout à coup, elle est célèbre ! Je suis vraiment content pour elle.

Pour terminer, notre média s’appelle “RockUrLife”. Qu’est-ce qui rock ta life ?

Lauri : Et bien, ça doit être The Rasmus ! J’ai tellement de bonnes choses dans ma vie, une famille, mon émission sur l’architecture, je construis des maisons… mais la chose la plus importante reste le groupe ! Tellement de bonnes choses sont arrivées grâce au groupe, j’en suis très reconnaissant. Faire des tournées, c’est l’éclate et ça fait du bien de laisser les responsabilités derrière soi, de sauter dans un bus… et de se réveiller à Paris !

Site web : therasmus.com