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THE OFFSPRING (15/11/21)

English version

The Offspring était de passage dans la capitale pour enregistrer l’émission Taratata. L’occasion rêvée pour échanger avec le frontman Dexter Holland sur le nouvel album Let The Bad Times Roll, son doctorat et revenir sur l’actualité des derniers mois.

Vendredi 13 novembre, vous avez sorti une nouvelle version de “Gone Away” en single. C’est une période particulièrement difficile, en particulier en France avec l’anniversaire des attentats au Bataclan. Pourquoi avoir choisi de ré enregistrer ce morceau ? Pensez-vous que ce titre est une forme d’hymne sur la perte et comment la commémorer ?

Dexter Holland (chant/guitare) : C’était en quelque sorte un accident, la façon dont cela s’est produit. Nous jouons ce titre en tournée depuis de nombreuses années et nous voulions faire quelque chose pendant le concert, juste pour changer un peu le rythme. Notre show est très punk, rapide et bruyant. Nous voulions juste prendre une minute pour le laisser respirer. Nous nous sommes dit que nous pourrions faire “Gone Away” d’une manière différente, avec du piano.

Nous aimions l’idée qu’avoir un piano dessus rendrait la chanson plus personnelle, plus directe. Maintenant, on entend davantage les paroles. Ce n’était pas vraiment une décision consciente. Nous ne nous attendions pas à une telle réaction des gens lorsqu’on l’a jouée pour la première fois. C’était vraiment quelque chose ! Nous avons commencé à recevoir des messages de personnes disant : “Où est-ce que je peux avoir le CD ? Je veux entendre cette version du morceau“. Nous étions pris entre deux portes pour savoir si c’était une bonne chose d’enregistrer cette version. C’est étrange de ré enregistrer un morceau qui a plus de vingt ans. Mais les événements de ces deux dernières années ont vraiment changé les choses. Je crois que les gens ont un sentiment de perte bien plus profond désormais. Peut-être que vous avez perdu un proche, qu’il a été atteint du COVID ou pris dans les attentats du Bataclan. Il y a différentes choses auxquelles les gens peuvent se connecter et s’identifier. C’est toujours ce qui est intéressant dans un morceau, c’est comment vous pouvez l’attacher à quelque chose qui a du sens dans votre propre vie.


En parlant de réenregistrement de morceaux, vous l’aviez fait avec “Dirty Magic”, après l’avoir joué en live dans une version acoustique. C’était une façon différente de ressentir la chanson et de l’entendre.

Dexter : Oui, c’est un titre sur Ignition (1992), qui est sorti avant Smash (1994). Smash a très bien fonctionné pour nous. J’avais envie que tous ces gens écoutent Ignition, parce que c’est aussi un bon disque. C’était comme si personne ne connaissait “Dirty Magic”, à part les fans inconditionnels. Nous avons donc pensé, que ce serait bien de ré enregistrer le titre pour le faire découvrir, pour que les gens découvrent que c’est une bonne chanson. Nous ne l’avons pas beaucoup changé. Je ne sais pas si cela a eu l’effet escompté. Parfois je pense qu’il ne faut pas revenir en arrière et revisiter son art. Il y a cette belle histoire à propos de To Kill A Mockingbird. JD Salinger a dit qu’il y est revenu dix ans plus tard, qu’il a regardé son livre et qu’il a vu des choses qu’il aurait aimé pouvoir changer. Il a dit : “J’ai l’impression que c’était stupide, et je n’aurais pas dû dire ça de cette façon“. Et puis il s’est rendu compte que, malgré tous ses défauts, cela faisait partie de ce qui lui donne son caractère, son essence originelle. Peut-être qu’en regardant en arrière, pour Ignition on n’a pas eu beaucoup de moyens dans sa production mais c’est un album qui a du caractère. Il a touché des personnes avec cela.

Five Finger Death Punch a sorti sa propre version de “Gone Away”, ce qui était assez inattendu. Vous en ont-ils parlé avant de le faire ?

Dexter : Il n’y a rien à demander, tout le monde peut reprendre un morceau sans aucun consentement. Peut-être qu’ils nous ont vus jouer ce morceau au piano sur scène et ils ont aimé. Ce sont des gars sympas. Je m’entends bien avec eux. Je pense que chaque fois que quelqu’un reprend l’une de vos chansons, c’est flatteur. Donc je l’ai juste pris comme cela.

Votre dernier disque Let The Bad Times Roll est sorti en avril, il commence par “This Is Not Utopia”. On sait que vous n’aimez pas vous considérer comme un groupe politique, mais les mots que vous utilisez et le message que vous véhiculez sont assez forts et directs. Cela rappelle des titres comme “LAPD”.

Dexter : Tu as raison, je ne nous considère pas comme un groupe politique et cette chanson est peut-être la plus proche de faire de de nous un groupe politique. Tu as mentionné “LAPD”, ce qui est drôle parce que, même à l’époque, je me demandais si je devais mettre une chanson comme cela sur le disque. Je parlais à notre producteur et il m’a dit : “c’est ce qui se passe actuellement, comment pourrais-tu ne pas écrire sur ce qui se passe ?” De la même manière avec “This Is Not Utopia” c’était juste, c’est ce qui se passait dans le monde. Cela devenait presque impossible de ne pas écrire là dessus et d’ignorer quelque chose qui était vraiment important. Je pense que le message de cette chanson est la haine. La haine est bien réelle dans le monde. Cela semble particulièrement le cas maintenant. C’est tellement dommage que la fin de la chanson dise : “Combien de temps faudra-t-il pour que l’amour triomphe de la haine“. C’est cela le message, en fin de compte. Vous pouvez écrire une chanson et vous plaindre et dire, cela craint. Et cela craint, et tout le monde se déteste et tout. Mais j’ai l’impression que vous devez offrir un peu d’espoir au final.


Vous mentionnez également le mur que Trump voulait construire entre le Mexique et les États-Unis. En réalité, il y a plein d’idées et de sujets délicats abordés dans cet album.

Dexter : “Let The Bad Times Roll”. J’avais l’impression que ce titre coulait de sens, qu’il était évident. Il reflète ce qui se passe dans le monde. Ce n’est pas seulement la pandémie, c’est tous les bouleversements sociaux qui se déroulaient à l’époque, et ce qui se passe avec les dirigeants politiques. On a l’impression que les gens se rejettent davantage au lieu de s’aimer. Ils devraient prendre conscience que les temps sont durs et essayer de s’entraider pour que les choses se passent mieux. Mais là c’est comme si les gens redoublaient d’efforts pour rendre les choses pires qu’elles ne le sont déjà. J’ai l’impression que c’est encore plus le cas qu’auparavant. C’est un peu le point que je voulais faire valoir dans cette chanson.


C’était vraiment agréable d’entendre une chanson comme “Hassan Chop” sur l’album. C’est comme libérer de l’énergie pure et brute. Qu’est-ce que cela fait d’écrire et de jouer quelque chose comme cela ?

Dexter : L’énergie brute, oui c’est vraiment cela ! Chaque fois que nous la jouons, nous rions juste après parce que c’est tellement drôle. C’est super punk. Ce n’est même pas vraiment de la composition. C’est plus de l’énergie qu’un vrai morceau. Mais c’est l’expression d’un sentiment. Alors c’est plutôt cool aussi. On a aimé le fait que c’est minimaliste, réduit à sa plus simple expression. Cela nous a fait rire, c’était amusant à faire.


Le fun a toujours été une composante essentielle de ce que vous faites, souvent de manière inattendue. Comme cette chanson “We Never Have Sex Anymore” et son clip vidéo.

Dexter : Oui, bien sûr. Je veux dire, nous mettons parfois des chansons étranges sur nos disques. J’avais l’idée de ce morceau depuis longtemps, c’était une sorte de chanson swing. Mais c’était compliqué pour nous parce que nous ne jouons pas ce genre de musique. On bossait dessus quelques temps, mais le résultat n’était pas convainquant alors on le mettait de côté pour y revenir quelques temps plus tard. Il nous a fallu jusqu’à maintenant pour le terminer. Ensuite, quand nous l’avons joué pour les gens de l’industrie, ils nous ont dit que cette chanson ne fonctionnerait jamais en tant que single parce qu’elle ne ressemble à rien d’autre qui existe en ce moment. Cela nous a plu de faire quelque chose d’unique. On s’est dit qu’il fallait qu’on fasse un clip outrageux pour aller avec, quelque chose qui permettrait aux gens de comprendre d’où nous venons. Certaines personnes disaient que c’était déprimant de parler de l’absence de sexe. Les gens ne veulent pas parler de cela. Ils veulent parler de sexe. Mais je crois que pour une majorité de gens c’est l’absence de sexe qui est une réalité, pas l’inverse. On voulait donc faire une vidéo un peu choc et amusante. Le morceau parle d’un couple qui est déconnecté, nous ne pouvions pas le faire de manière parlante avec des humains. On a donc misé sur des chimpanzés.


Vous avez également surpris tout le monde pendant le confinement lorsque vous avez sorti “Here Kitty Kitty”. Comment en êtes-vous arrivés là ?

Dexter : Tu as vu Tiger King ? C’est juste fou. Je sais que pour vous, en Amérique tout est fou ! Mais là même pour nous c’était complètement fou et je n’arrivais pas à arrêter de le regarder. En plus, nous étions un peu coincés avec la pandémie, ce n’était pas le bon moment pour sortir le disque. Nous étions, en quelque sorte, en train d’attendre que quelque chose se passe. C’est à ce moment là que quelqu’un a dit : “Hey, pourquoi ne pas reprendre une chanson de Tiger King ?“. On a pris un morceau que Noodles aimait bien et on a commencé à le jouer. Plus on le jouait, plus on avait l’impression de devoir l’adapter un peu pour nous. Nous avons un peu changé l’arrangement et je me suis pris au jeu, je suis entré dans un nouveau personnage et j’ai modifié ma voix. Après on est passé à la vidéo. Comment faire une bonne vidéo ? On était au début de la pandémie ! On a joué avec les masques, les distances de sécurité et des gens qui dansaient. C’était vraiment idiot, mais parfois ce sont les choses les plus amusantes celles où vous n’essayez pas de réaliser quelque chose. Vous essayez juste de faire quelque chose comme cela, sans but précis.

C’est aussi pour cela qu’on vous aime, parce que vous êtes capables de faire des choses funs juste par envie. Pendant la pandémie, vous avez passé beaucoup de temps à échanger avec vos fans sur Facebook, puis vous avez publié des vidéos How To: With The Offspring. Comment vous sont venues ces idées ?

Dexter : Il devient de plus en plus évident que la vidéo prend une place importante. Par vidéo je parle de ce que vous, les gens de l’industrie, appelez du contenu. On a besoin de contenu. On dirait qu’on parle d’un produit, mais en fait on veut quelque chose de vrai, de réel. Nous avons donc essayé de réfléchir à ce que nous pouvions faire, ce qui avait du sens pour nous. Je ne voulais pas créer un compte Instagram pour publier ce que je mange au petit-déjeuner. Je sais que certaines personnes le font, mais je ne me voyais pas faire cela. Je voulais faire une vidéo pour chaque titre, même si ce n’était qu’une vidéo avec paroles. Nous avons fait des vidéos paroles pour toutes les chansons. Et puis nous avons fait des vidéos de style MTV pour trois ou quatre, quatre chansons sur cet album jusqu’à présent. Mais on s’est ensuite posé la question : “que pouvons-nous faire d’autre ?” Et c’est de là qu’est venue l’idée de How To: With The Offspring. C’est d’ailleurs assez éloigné de la vidéo d’instruction car au final on ne dit pas comment faire quoi que ce soit. Et c’était un peu la blague !

Cela nous a permis de prendre un avion avec toi pour découvrir le ciel !

Dexter : Je pensais que plus c’était aléatoire, mieux c’était. Comme comment attraper une vague, ou comment observer les oiseaux. J’essayais de penser à de nouvelles choses et j’ai demandé à Noodles ce qu’il aimait faire. Tu sais qu’il était gardien et agent de nettoyage avant que le groupe ne décolle. Alors il me dit : “Je suppose que je pourrais faire un comment nettoyer le vomi“. Nous avons pensé que cela pourrait être drôle ou dégoûtant. Mais comme il habite près de la plage, il aime regarder les vagues le matin. C’est un surfeur. Et lui, parce qu’il est dehors à observer la nature, il regarde parfois les oiseaux. Il en est arrivé à un point où il peut identifier beaucoup d’espèces. Il m’a proposé de faire une vidéo sur l’observation des oiseaux. Et nous en avons d’autres à venir. Je pense que nous en avons fait une sur “Comment ouvrir une bouteille de bière avec n’importe quoi“. Car, quand tu es en tournée, tu n’as pas toujours d’ouvre-bouteille. Tu dois utiliser un couteau ou quelque chose. Et au bout d’un certain temps tu deviens très bon dans ce domaine.

Vous pourriez donc faire un “Comment obtenir votre doctorat avec The Offspring ?

Dexter : D’accord, c’est une excellente idée, mais comment tu fais cela ? Comment rendre cela drôle ? Je ne sais pas comment faire pour l’instant.

C’est très inspirant d’apprendre que tu es retourné à l’école pour obtenir ton doctorat en microbiologie moléculaire tout en dirigeant plusieurs entreprises et en faisant partie d’un groupe international à succès. Comment as-tu fait cela? Qu’est-ce qui a déclenché cette décision ?

Dexter : Merci. Je voulais le finir. Et je me sentais un peu coupable de ne pas l’avoir fait. Je ne l’ai pas fait directement après mon diplôme alors que je voulais poursuivre mes recherches. Nous étions très occupés avec le disque. C’était devenu l’une de ces choses où l’on se dit qu’on le fera un jour et que l’on repousse sans cesse à plus tard.

J’ai eu l’occasion de déjeuner avec l’un de mes anciens professeurs. Il m’a donné l’impression que la porte était toujours ouverte, qu’il pensait que l’école m’accepterait de nouveau. Il vieillissait. Je savais que la fenêtre allait se fermer si je ne commençais pas le doctorat dans les deux prochaines années. Cela a été le moment déclencheur. Si je devais le faire il fallait le faire maintenant. Je pensais le faire en quelques années car j’étais à temps partiel, cela a pris cinq ans et demandé beaucoup de travail. Pendant cette période nous avons moins enregistré, nous avons moins tourné, c’était le moment de le faire. Et je suis vraiment content. Maintenant c’est fait et nous sommes de retour avec un nouveau disque.

Alors demain, vous allez jouer dans l’émission Taratata, qu’est-ce que vous avez de prévu ?

Dexter : Nous allons jouer trois de nos chansons. Et nous allons chanter quelques autres avec Shaka Ponk. Cela devrait être amusant. Je ne sais pas. Je suis sûr que je serais nerveux à propos de cette émission de télévision.

Pour conclure, nous sommes RockUrLife, alors qu’est-ce qui rock ta life, Dexter ?

Dexter : Oh, mon Dieu, tant de choses ! Je pense juste qu’il y a tellement de choses dans la vie que tu dois faire et qui sont funs. Notre temps est compté. Sans que l’on s’en rende compte les années passent. Je suis retourné à l’école. J’ai eu tellement de chance avec le groupe. Je viens de faire mon premier triathlon, il y a eu cinq heures bien difficiles ! Il faut tirer le meilleur parti du temps dont on disposez et c’est ce qui rock ma life.

Site web : www.offspring.com

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Marion Dupont
Engagée dans la lutte contre le changement climatique le jour, passionnée de Rock et de Metal le soir !