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STEREOPHONICS (17/02/22)

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Kelly Jones, leader de Stereophonics, était de passage à Paris pour promouvoir Oochya!. Une bonne occasion de parler du nouvel album mais également de revenir sur les évènements des dernières années.

Avant de plonger dans le nouvel album Oochya!, revenons un peu dans le temps. La dernière fois que nous t’avons entendu chanter, c’était lors de la tournée Don’t Let The Devil Take Another Day (2020). Un live incroyable, sorti après que tu aies rencontré des soucis de santé. Peux-tu nous raconter un peu le contexte de la tournée et comment tu t’es senti ?

Kelly Jones (chant/guitare) : C’était une période assez intense. L’histoire de ma tumeur à la gorge s’est produite sur une courte période de temps mais s’est avérée être une grande partie de ma vie. J’ai toujours considéré ma voix comme quelque chose d’acquis jusqu’à ce qu’il y ait une chance qu’elle me soit simplement enlevée. Je voulais faire quelque chose que je n’avais jamais fait auparavant, sortir de ma zone de confort. Être un peu plus vulnérable et parler davantage sur scène. Je ne me suis pas facilité la tâche après ce que j’ai vécu. (rires) C’était une super tournée à faire. Je ne me suis jamais senti à l’aise sur scène mais je me sentais récompensé après chaque concert.

C’était intéressant pour le public d’entendre les raisons pour lesquelles tu avais choisi de jouer chaque chanson. C’était assez inhabituel venant de toi.

Kelly : Chaque chanson que j’ai joué venait d’une situation d’adversité que j’ai rencontrée dans ma vie. Elles racontent toutes une histoire de lutte et une leçon à tirer. Il ne s’agissait pas de jouer les grands succès de Stereophonics, il s’agissait de creuser un peu plus loin.

Tu as chanté quelques tubes, mais d’une manière que nous n’avions jamais entendue auparavant. Etait-ce intéressant pour toi d’explorer de nouvelles manières de jouer ces titres ?

Kelly : Oui. Quand je compose les chansons, je joue à la guitare ou au piano et je veux que les chansons fonctionnent de manière minimaliste. Ensuite, je leur apporte tout ce qu’il faut au niveau de la production. Je pense que la clé d’une bonne chanson c’est de pouvoir lui faire subir plein d’arrangements différents et de sentir qu’elle fonctionne toujours. Qu’il s’en dégage encore le même sentiment initial. C’était une chose vraiment cool à faire.


Tu as fini par être très ouvert sur ce qui t’est arrivé, en faisant le documentaire et en parlant dans les médias.

Kelly : Je n’ai rien dit à personne jusqu’à ce que ce soit fini. Et je n’en ai parlé à personne jusqu’à ce que je sache que je pouvais faire ce dont j’étais capable avant, voire même le faire mieux. Je pense que si j’avais dit aux gens à l’époque ce qui se passait, la pression sur moi aurait été difficile à supporter. Comme la blessure pour une danseuse de ballet ou ce genre de choses. Le groupe ne savait rien. L’équipe ne savait rien. Je ne pensais pas raconter cette histoire dans un documentaire. Mais mon manager trouvait que cette histoire faisait partie de moi, que c’était un bon arc narratif et c’est de là qu’est partie l’idée d’en parler autant.

Comment les membres du groupe ont réagi en apprenant la nouvelle ?

Kelly : C’était bizarre. C’était une période étrange, parce qu’ils voulaient tous être positifs et dire que cela allait aller. Je ne sais pas ce qu’ils ont vraiment ressenti. Mais pour moi, c’était une opération en janvier, une semaine sans parler et quelques semaines à dire très peu de choses. J’ai ensuite pris un coach vocal pour travailler correctement et sans relâche afin de revenir à mon niveau. J’ai ensuite mis les pieds dans plat en disant que j’aimerais recommencer à enregistrer, d’ici avril ou mai. J’étais très anxieux, parce que je ne savais pas comment je me sentirai. Je n’ai rien dit au producteur, je n’ai rien dit à l’ingénieur. Et puis quand je suis entré dans la cabine d’enregistrement, je me suis senti vraiment bizarre.

Cela a-t-il changé ton rapport à la musique ou à ta voix ?

Kelly : Maintenant je fais beaucoup de travail sur ma voix et j’ai beaucoup de respect pour elle. J’ai toujours été assez discipliné. Si nous sortions faire la fête, je faisais attention à quoi boire etc. Je pense que nous avons annulé deux concerts en vingt-cinq ans. Ce n’est pas un mauvais bilan. Je pense que je comprends mieux qu’il s’agit d’un muscle et ce qu’il peut ou ne peut pas faire, et à quel point vous pouvez le rendre fort. Alors oui, je me sens beaucoup plus capable qu’avant.

Cela vous a fait du bien de revenir en studio pour enregistrer un nouvel album ?

Kelly : La partie studio était amusante. Parce qu’on ne s’était pas vus depuis un an et qu’on n’avait rien fait la première année de confinement, à part être en famille. Se retrouver avec tous les autres était super. Le processus d’écriture était légèrement différent. Je n’avais pas l’intention de faire un nouvel album. J’ai trouvé quelques chansons sur certains disques durs, qui n’avaient pas été publiées. J’ai pensé qu’il pourrait peut-être y avoir des chansons à sortir sur une compilation des vingt-cinq ans. Ensuite, j’ai fait quelques autres morceaux. Et avant que je ne le sache, il y avait beaucoup de titres et nous avons décidé de faire un nouvel album. Le catalyseur de l’idée était peut-être juste de trouver quelques chansons qui n’avaient pas été utilisées.


Le disque commence par une ouverture au tempo rapide avec “Hanging On Your Hinges”. C’est rock et utilise beaucoup d’effets sur ta voix. Difficile de reconnaître le groupe dans cette chanson !

Kelly : C’est un peu pop, c’est un peu les The Stooges, c’est un peu ZZ Top, c’est un peu The Black Keys, c’est juste un côté bluesy, c’est la musique que j’aime écouter. C’est un super titre pour débuter un album. C’est un titre qui transporte dans différents états d’esprit. C’est une excellente façon de commencer un disque, en particulier le contraste de cette première chanson avec le dernier morceau du dernier album est très important. J’aime toujours essayer, quoi que j’aie fait avant, de faire le contraire de ce que c’était. Ce titre sert cet objectif.


Vous avez laissé libre cours aux guitares dans “Do Ya Feel My Love?”

Kelly : Oui. C’est une chanson assez anthémique et elle est devenue assez populaire très rapidement. J’ai écrit ce morceau quand Adam [ndlr : Zindani] était dans le groupe. C’était l’une des chansons que nous avons trouvées inutilisées ou inachevées, et nous l’avons reconstituée. C’était un morceau qui sonnait comme un grand classique pour Stereophonics. La maison de disques a tout de suite dit qu’il pourrait s’agir d’un single. Avec les quelques lives qu’on a fait, on a vu que les gens réagissaient instantanément avec cette chanson.


Tu as toujours été un bon conteur. Et il semble qu’avec “Right Place Right Time”, tu racontes ta propre histoire ?

Kelly : J’ai fait une longue promenade ce jour-là. Je contemplais le Saatchi Gallery Museum à Londres, je me suis dirigé vers Kings Road et je suis rentré chez moi. Je me suis posé sur un toit-terrasse et j’ai juste écrit tous ces mots qui me venaient de la musique. Je crois que cela n’a rien à voir avec la pandémie. C’est une chanson qui dresse le bilan de comment je suis arrivé là où en j’en suis. Je ne pense pas avoir déjà écrit une chanson avec trois ex. C’est un concept assez bizarre. J’ai continué et j’ai continué et je pourrais encore écrire sur chaque personne que j’ai rencontrée dans ma vie. Mais c’est un concept intéressant parce que cela part de la rencontre avec Stuart [ndlr: Cable]devant chez lui avec sa batterie et mon oncle me montrant comment devenir boxeur. Il y a plein de petites histoires différentes et beaucoup de couplets. Je pense que cela devrait être notre prochain single.

Dans cette chanson tu dis avoir concilié passion et rage, qu’entends-tu par là ?

Kelly : Je pense que cette ligne là sur ce couplet dit que je suis né dans ce monde dans un couloir. Je suis vraiment né dans un couloir, ma mère a été en travail pendant environ deux/trois jours avant d’accoucher. Je ne venais pas et elle a fini par me mettre au monde dans un couloir devant tout le monde. C’est presque comme si j’étais né devant un public. C’était l’histoire que j’entendais quand j’étais enfant. Mes frères me disaient que mes parents étaient un peu volatiles pendant une période. Ils se disputaient beaucoup avant ma naissance. Mais quand je suis né, tout a changé. D’une certaine manière je suis devenu un bébé de la réconciliation. J’ai en quelque sorte tout réparé, comme certains bébés peuvent le faire. Je pense que j’ai joué ce rôle toute ma vie. J’essaie toujours de faire en sorte que les gens se sentent bien et de réparer les choses. Je n’avais pas conscientisé tout cela. Rétrospectivement, tout ce que j’ai écrit était subliminal et dans mon subconscient, mais je pense que c’est ce que ce couplet signifie.


“Made A Mess Of Me” accroche avec ses riffs pétillants et très pop. Le morceau semble un peu naïf de prime abord, mais les paroles sont douces-amères et le contraste fonctionne très bien.

Kelly : C’est une sorte de pop estivale très colorée, une chanson entraînante et très américaine. Je pense que cela parle d’une relation que j’avais en quelque sorte commencée, sans être capable de la poursuivre. L’histoire s’est passée en Californie. Donc cela sonne comme la Californie, et cela ressemble à la Californie et il y a ces images de sable. J’avais un peu oublié cette chanson. Je l’ai trouvée à l’état brut, nous avons travaillé dessus et cela s’est plutôt bien passé. C’est une chanson très feel good. Mais comme tu l’as dit, il y a aussi quelque chose d’autre derrière. Je pense faire cela avec beaucoup dans les chansons, c’est comme un déguisement caché là-dedans.


La dernière chanson, “Jack In The Box” est certainement la chanson la plus inattendue de Stereophonics. C’est comme si vous aviez canalisé vos racines folk ancestrale.

Kelly : “Jack In The Box” était un peu une blague. J’avais un renard dans mon jardin qui n’arrêtait pas de venir dormir dans ma voiture. Cela me tuait. J’avais cette chanson que je pensais être une chanson drôle. Et chaque fois que je la jouais, les gars adoraient ça. Les enfants commençaient à sauter partout chaque fois qu’on jouait la démo. Nous nous sommes dits que c’était un titre très accrocheur. Un soir où nous étions saouls en studio j’ai proposé de l’enregistrer. Nous avions Mike Campbell du groupe de Tom Petty qui jouait du banjo. Adam a fait cet incroyable solo de guitare en acoustique, ce qui est amusant c’est qu’il ne pourra plus jamais le refaire. Nous avons pensé le morceau comme une blague, comme “Octopus’s Garden” des Beatles. C’était une excellente façon de terminer cet album après un début avec “Hanging On Your Hinges”.


Il y a beaucoup de mélodies dans ce disque, avec de belles ballades. Quelle est la chanson la plus intime ou émouvante pour toi ?

Kelly : Je pense que c’est “Leave The Light On”. C’est assez intime. La façon je chante est émouvante pour moi. Je pense que c’est une chanson qui peut parcourir votre inconscient pour éveiller des choses en vous. Je crois que notre subconscient a généralement environ deux ans d’avance sur nous, puis on le rattrape. Je ne me suis pas assis pour écrire les paroles, elles sont venues à moi naturellement. Je pense que “All I Have Is You” est l’un de mes meilleurs titres. Il sonne un peu plus sombre que le reste.

La façon dont tu chantes les deux premières lignes de “Leave The Light On” est très frappante.

Kelly : L’émotion a été saisie avec justesse. On enregistre tout en live. On est chacun dans notre petite boite en verre, mais dans la même pièce. Quand tu joues, avec tout le monde autour de toi, je pense qu’il y a un sentiment pur et sincère qui se reflète sur l’enregistrement. Ce qui est vraiment important, parce que les mots qui sont dits ont une signification. C’est une chanson sur les luttes et les adversités que l’on peut traverser. C’est donc assez spécial sur le disque. Je pense que la musique doit refléter une vérité sincère. Beaucoup de musiques aujourd’hui manquent d’honnêteté et de vérité, car il s’agit davantage d’algorithmes et de listes de lecture. Cela ne vient pas du bon endroit. Parfois, quand il y a six auteurs-compositeurs sur une chanson, c’est comme si on avait six peintres sur un dessin. Pour moi, la musique est cathartique. C’est thérapeutique. C’est émotionnel. C’est quelque chose que je ne comprends même pas. Une minute c’est là. La suivante, il n’y a plus rien. Et puis on sent quelque chose prendre forme et tout d’un coup, cette chose arrive sur une page ou un dictaphone.


Tu as atteint un stade de ta carrière où tu ne dois sûrement plus ressentir autant de pression pour créer un nouvel album et cela se ressent.

Kelly : Je ne ressens aucune pression. Je ressens plus de compréhension et d’appréciation pour la petite contribution que j’apporte à ma musique et la manière dont nous affectons les gens. Je n’y ai pas pensé pendant des années. Je ne l’ai pas vraiment compris. Je pensais juste que c’était ce que je faisais. Je joue dans un groupe, je voyage, je fais des concerts. Je n’ai jamais pensé à l’argent. Je ne suis pas matérialiste. Évidemment, la notion de sécurité est importante. À part cela, je n’ai jamais attrapé un manager pour lui demander : “Combien je gagne pour ce concert ?” Ce n’est pas comme cela que je gère ma vie. Venant d’une très petite ville, je n’ai pas été encouragé à être positif, j’ai été élevé avec une approche de la vie très négative. J’ai donc passé vingt ans à reconditionner mon cerveau pour avoir une vision plus positive. Dans chacun de mes morceaux qui parle d’une lutte, il y a toujours un peu d’espoir à la fin. C’est ce que j’espère vraiment pouvoir transmettre, car cela a été compliqué pour moi d’en arriver là.

Et pour conclure, nous sommes RockUrLife, donc qu’est-ce qui rock ta life ?

Kelly : Je crois que c’est l’amitié. Avec ce qui s’est passé l’année dernière, j’ai beaucoup réfléchi à l’amitié. Il y a beaucoup de gens que vous considérez comme des amis, mais ils ne le sont pas. Je sais que beaucoup de gens ont abandonné certaines personnes. Mais je pense qu’au final tu trouves tes vrais amis. Et pour moi, c’est ce qui rock ma life.

Site web : stereophonics.com

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Marion Dupont
Engagée dans la lutte contre le changement climatique le jour, passionnée de Rock et de Metal le soir !