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SNOW PATROL (26/11/18)

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Sept ans. Il aura fallu sept ans à l’un des groupes pop rock les plus célèbres des années 2000 pour revenir sur le devant de la scène. Il aura fallu sept ans à Snow Patrol pour accoucher de l’enchanteur “Wildness”. Et qui de mieux que son iconique leader, Gary Lightbody, pour nous en dire plus au sujet d’un des plus beaux comebacks de l’année ?

Comment se remet-on en selle après sept ans sans monter sur scène ?

Gary Lightbody (chant/guitare) : Ça ne s’est pas fait en un jour. On se démenait pas mal, et j’étais très nerveux à l’idée de repartir en tournée. On a commencé à faire de la musique en 1994, mais on n’a pas eu de véritable succès pendant près de dix ans. Mais de 2004 à 2012, on était soit en tournée soit en studio. On avait pris nos habitudes mais elles ont disparu pendant ces sept dernières années. C’était la première fois que je construisais un foyer et que je passais une longue période de temps quelque part. C’était la première fois que je réalisais que la vie ne se résumait pas qu’à aller d’une ville à l’autre. A l’époque, je n’étais pas très fan de la sédentarité. Désormais, je suis plus à l’aise avec l’idée de me poser et de simplement être.

Tu as profité de ces sept ans de pause pour collaborer avec Ed Sheeran, Taylor Swift etc. Ça devait te faire drôle que leurs fans soient trop jeunes pour connaître Snow Patrol ?

Gary : C’était étrange. Je dirais qu’on a des fans assez jeunes grâce à nos liens avec Ed, Taylor et One Direction – mais nous avons également des fans de notre âge et des fans plus âgés. Notre objectif est que tout le monde vienne à nos concerts. C’est ce que tous les groupes veulent… à moins que vous soyez jeunes et que vous pensiez qu’avoir un public âgé n’est pas fun ! Faites-moi confiance : plus de gens viennent à vos concerts, mieux c’est ! (rires) De ce côté, on est chanceux ! Mais travailler avec Taylor, One Direction et Biffy Clyro était vraiment sympa. Le plus sympa était que je pouvais rentrer chez moi chaque soir. C’est pour ça que repartir en tournée m’inquiétait. Mais une minute après le début du premier concert, j’ai réalisé que j’adorais ça !

Pensais-tu parfois à mettre un terme à Snow Patrol ?

Gary : Bien sûr.

Dirais-tu que tu avais besoin de Snow Patrol ?

Gary : (rires) Il m’est arrivé de penser que l’on pourrait simplement sortir des albums et ne pas partir en tournée, mais nous ne sommes pas les Beatles. Ils pouvaient se le permettre, mais nous non. Enfin, nous n’avions pas l’intention de faire une telle pause. J’ai commencé à travailler sur “Wildness” en 2013, en pensant qu’il serait fini en 2014 et qu’on repartirait en tournée. De 2013 à 2017, j’ai écrit plus de six cents chansons donc on avait le choix, mais je n’ai trouvé des paroles que fin 2016. C’est à cette époque que j’ai commencé à réellement écrire.

Tu as confié à plusieurs reprises avoir été aux prises avec ton addiction à l’alcool ainsi que le syndrome de la page blanche pendant que tu travaillais sur “Wildness”. Est-ce ça a parfois été une expérience trop violente ?

Gary : C’était effrayant de réaliser que j’avais perdu le contrôle. Je me résumais uniquement à ma fonction de parolier depuis mes dix-huit ans. Quand ça a disparu, je ne savais plus qui j’étais. J’imagine que je buvais pour de nombreuses raisons, mais l’une d’elle était que je me sentais inutile. Lorsque j’ai réalisé que ça ne m’apportait rien, j’ai décidé d’arrêter. C’est la meilleure décision que j’ai prise car ça m’a permis d’entamer une nouvelle vie et d’être capable d’écrire quand je le souhaite.

T’es-tu censuré ?

Gary : Non. Il n’y a aucun filtre sur cet album. J’ai essayé de rendre mes textes aussi bons que possible, mais je n’ai rien occulté intentionnellement. Tout ce que j’avais peur de partager avec mes amis les plus proches se trouve sur cet album. Cela fait presque dix ans que je ne suis pas en couple, donc écrire des chansons d’amour me semble peu à propos. Je devais me concentrer sur des sujets plus profonds. Il s’agissait des sujets qui me terrifiaient le plus, et y faire face a été difficile mais je suis ravi d’y être parvenu car ça signifie que je ne crains plus rien. Enfin, j’ai toujours peur des requins et de ce genre de choses, mais je n’ai plus peur de m’exprimer sur quoi que ce soit. Je n’ai plus aucun tabou, donc il n’y aura plus à attendre sept ans pour écouter le prochain album. J’ai accès à ces aspects les plus sombres de ma personnalité désormais. Ça ne veut pas dire que “Wildness” est déprimant parce que je déprimais, au contraire ! Il est plein d’espoir et de joie. Il est lumineux, et ce même s’il a été écrit dans l’obscurité.

Tu t’es également exprimé au sujet de la santé mentale récemment. Cela doit être difficile de se protéger quand on s’expose autant que toi ?

Gary : C’est drôle, tous les efforts que je faisais pour éviter que les gens découvrent mes démons ne faisaient qu’empirer les choses. J’ai vite réalisé qu’en parler était la meilleure chose à faire. Ça m’importe peu si je baisse dans l’estime de certaines personnes. Mes proches ne me voient pas différemment. En vérité, ça nous a rapproché. C’est toujours bon de parler de ses problèmes. Ce n’est pas parce que ne rien faire est facile qu’il faut s’en contenter.

As-tu déjà ressenti de la pression à l’idée d’un jour sortir une chanson qui pourrait se mesurer à “Chasing Cars” ?

Gary : Ça me semble impossible d’avoir le même succès aujourd’hui. “Chasing Cars” est arrivée au bon moment. On était en pleine ascension. On avait bonne presse et les radios diffusaient la chanson. Elle a aussi figuré dans quelques séries qui avaient débarquées au bon moment. C’était magique ! On ne peut pas reproduire ce genre de chose. Même si vous pouviez écrire une autre chanson comme “Chasing Cars”, ce ne serait pas pareil parce qu’elle existe déjà. On essaye de ne pas se répéter. “Wildness” reçoit de bonnes critiques et se vend bien, mais on ne se fait pas d’illusion : il n’aura jamais autant de succès que “Eyes Open”. On est reconnaissant de ce qui nous est arrivé, mais on ne peut pas vivre dans le passé. On doit penser à l’avenir.

Souhaiterais-tu que les gens vous associent à une autre chanson ?

Gary : (rires) Si ça permet à pas mal de gens de nous identifier, ça me va. On est très fier de cette chanson ! S’il s’agissait d’une chanson écrite par quelqu’un d’autre ou une chanson que l’on détestait, on le vivrait mal – mais on tient à “Chasing Cars”. On la joue à chaque concert. On n’essaye pas de s’en défaire. Si ça permet à davantage de personnes d’écouter nos nouveaux titres, il n’y a rien à dire.

 

 

Tu as mentionné à plusieurs reprises que tu étais préoccupé par la situation politique en Irlande du Nord. Considères-tu qu’un artiste ait le devoir de s’exprimer sur ce genre de sujet ?

Gary : Je ne parle pas souvent de politique. “Take Back The City” est probablement ce qui se rapproche le plus d’une chanson politique, en ce qui concerne Snow Patrol. Enfin, ce n’était pas entièrement une chanson politique, mais elle parlait de Belfast. Ce que j’ai déclaré à la BBC se rapportait au fait que notre gouvernement a complètement abandonné le peuple nord irlandais. On est dans une impasse. C’est ça qui m’inquiète. Le Brexit me cause également du souci. J’ai toujours espoir que tout tombe à l’eau. Ce qui m’inquiète le plus c’est la possibilité du retour d’une frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Ça me briserait le cœur et ça entamerait le processus de paix. Les gens pensent que tout va bien en Irlande du Nord et ils n’ont pas entièrement tort, mais rien n’est acquis. Eriger une nouvelle frontière aurait un impact dévastateur !

 

 

Tu as également déclaré que “Wildness” était l’album dont tu es le plus fier. Pourquoi ?

Gary : Je pense que c’est mon album préféré pour de nombreuses raisons. C’était le plus compliqué à enregistrer, mais c’est celui sur lequel se trouve les meilleures chansons. “Life On Earth” est probablement la meilleure chanson que nous avons écrite. “Soon” m’est également très chère, et “Empress” m’a été inspirée par ma filleule donc elle est très importante à mes yeux. Quant à “Don’t Give In”, elle m’a sûrement sauvé la vie. Aucun autre album ne possède tous ces éléments. Ils sont vitaux à l’existence du groupe… et peut-être à la mienne.

Ça a dû être compliqué de choisir le premier single ?

Gary : On a tout d’abord sorti “Life On Earth” pour teaser l’album. Je voulais en faire notre premier single, mais on m’a conseillé de m’abstenir parce que ça ne serait pas diffuser en radio. J’ai essayé de parlementer, mais tout le monde préférait “Don’t Give In”. C’est un succès, donc j’imagine que j’avais tort !

Gardes-tu le potentiel commercial d’une chanson à l’esprit quand tu composes ?

Gary : Je suis reconnaissant aux radios pour leur soutien, mais je suis convaincu que vous ne pouvez rien faire de bien si vous vous demandez constamment ce que les gens veulent entendre. Cela n’a aucun sens. Si vous n’enregistrez pas les chansons que vous voulez, vous ne serez jamais fier de vous. Essayer de contenter les gens est une mauvaise idée car la seule personne que vous pouvez vraiment contenter est vous-même.   

Snow Patrol se produira le 23 janvier 2019 au Zénith. Quel rapport entretiens-tu avec la France ?

Gary : J’adore la France ! J’adore le cinéma et la musique française. Phoenix ne le sait pas, mais nous avons entretenu une relation pour le moins spéciale avec leur musique car nous avons écouté “Wolfgang Amadeus Phoenix” avant chacun de nos concerts pendant près de quatre ans. Je suis également obsédé par le cinéma français, et Vincent Cassel est probablement mon acteur préféré. Je suis donc très impatient de revenir en France.

 

 

Quelle est l’artiste le plus surprenant qui se trouve dans ton téléphone ?

Gary : Probablement Rosalia. Cette fille est en passe de devenir une grande star. Elle est incroyable !

Pour finir, notre site s’appelle “RockUrLife”. Alors, qu’est-ce qui rock ta life ?

Gary : En ce moment, c’est Sam Fender. Je ne voudrais pas lui mettre la pression, mais je pense qu’il va réinventer le rock en Grande-Bretagne.

 

 

Site web : snowpatrol.com

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