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ROBERT RANDOLPH AND THE FAMILY BAND (17/06/19)

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Sacrée histoire que celle de la pedal steel guitar. A première vue, rien de très rock n’roll. Mais cette entrevue en compagnie de Robert Randolph est des plus intéressantes et sort de l’ordinaire pour RUL. Alors, les jours meilleurs sont-ils à portée de main en écoutant sa riche musique ?

Bonjour Robert comment vas-tu ? Tu as collaboré avec Dave Cobb pour ton nouvel album “Brighter Days”. Qui et, comment, a fait le choix de retourner à tes premiers amours musicaux ? Qu’on définit comme “musique d’église”.

Robert Randolph : Je vais bien merci ! C’est simplement un retour aux sources. C’est le gospel, le blues et l’association des deux. Simplement ce désir d’avoir une musique inspirante et qui rend les gens heureux. C’est l’essence même du gospel.

En comparant tes derniers disques, celui-ci signe un retour aux sources. Quel est, s’il existe, le rapport entre le titre et le contenu du disque ?

Robert : On ne vit pas une belle époque. Beaucoup sont déprimés, il y a également beaucoup de haine et de mauvaises ondes partout dans le monde. J’ai simplement envie de dire que les jours meilleurs sont là, juste au coin de la rue. A vrai dire, tu dois apprendre à atteindre et vivre ces jours meilleurs, en faisant abstraction du négatif qui t’entoure. La musique est là pour nous réunir, elle aide à se soigner et le monde entier peut se soigner de cette manière. La clé est là, il suffit d’en faire bon usage.

Tu joues du lap steel guitar depuis tes dix-sept ans. Comment as-tu commencé ?

Robert : En grandissant à l’église, de plus mon église a cet instrument depuis tant d’années et ça a toujours été comme ça. Les gens jouent du lap steel depuis les années trente car certaines églises ne pouvaient acheter d’orgue. J’ai ainsi commencé à en jouer et la voici. (rires) C’était la seule chose dans notre église et des gens tels que Henry Nelson, Lorenzo Harrison, Chuck Campbell, Calvin Cooke y ont joué.

Quid du chant ? Chantais-tu dans la chorale à l’église ?

Robert : On ne chante jamais dans la chorale. Cependant, toute ma famille est une famille de chanteur/chanteuse. Sur mes albums, j’ai ma sœur qui y chante, mes autres cousins aussi, nous avons une petite chorale, donc c’est très collectif mais tout part, avant tout, de la voix du chanteur et ensuite ça se complète.

Comment as-tu eu le déclic pour chanter ?

Robert : En fait c’est à cause de Henry Nelson. Ils jouaient et lui faisait des sons ressemblant à une voix, et c’est parti de là.

Au premier jour en studio, tu as composé “Baptize Me”. D’habitude, quel est ton processus créatif ? Tu jammes ou tu fais des maquettes en amont ?

Robert : Chaque jour, je démarre avec un riff et ensuite ça se met en place naturellement. On écrit les titres et les refrains. Pour cet album, on souhaitait vraiment que chaque titre délivre un message. On voulait également donner la possibilité aux gens de groover, avec du rythme, du blues et du gospel également. Quand je dis gospel, c’est qu’on souhaite transmettre quelque chose comme des propos inspirants. Au fond, il s’agit vraiment de cela. Chacun peut s’approprier ces messages de différentes manières, c’est pour cela qu’on dit “le gospel selon”. Les gens chantent pour oublier les choses néfastes qui les concernent. J’ai appris tellement à l’église : avoir confiance en soi, s’exprimer, l’amour. Et musicalement, on a tellement appris des différents rythmes, les notes et la manière de s’y attacher spirituellement.


Côté texte, parles-tu essentiellement de foi et de religion ? Pas seulement peut-être ? Que recherches-tu à créer/procurer via tes textes ?

Robert : J’ai simplement envie de pouvoir inspirer les gens, avec ces histoires. Il y a tellement d’histoires. Par exemple, “Second Hand Man”, c’est un type qui souhaite devenir un homme de seconde main. Puis quand je dis, dans la chanson, “mec t’es un idiot, tu sais que tu aurais pu faire mieux que ça”. A vrai dire, tous ces messages renvoient au fait d’aller au plus profond des choses et de les comprendre. Et quel que soit le titre et le message qui s’y trouve, cela te mènera à des jours meilleurs.

La musique est un langage universel. Un langage qui rassemble des gens de différentes religions, couleurs, origines sociales et tout le monde danse et tape des mains. Tu peux parfois même te sentir proche de Dieu. C’est vraiment ce qu’il en est. Prends un groupe comme les Beatles. Qui aime The Beatles ? Tout le monde. Que tu sois Chrétien, Juif, Musulman ou Bouddhiste. C’est le pouvoir de la musique, cette universalité. La musique nous réunit tous. Quand on évoque la musique qui perdure, qui transmet et inspire, j’aimerais être un de ces artistes qui créé une musique intemporelle qui restera à tout jamais.

Quels sont les trois titres que tu choisirais pour présenter cet album ? Et pourquoi ?

Robert : Je dirais :

“Have Mercy” : car il y a cette connexion directe avec les chœurs. Mais aussi car c’est une sorte de chanson lente, mais pas tant, plus mid tempo mais avec des transitions, des gros chœurs. La chanson en elle-même aborde cette personne qui est en tort, qui a fait une grosse erreur et qui essaie de s’en tirer mais elle ne sait pas comment procéder.

“Don’t Fight It” : C’est une version gospel de ce que nous faisons normalement à l’église. Les arrêts, les reprises. Une sorte de prêche, ne combats pas tes sentiments. Si tu es bien, acceptes le, etc.

“Cut Em Loose” : En gros, éloignes toi de tes problèmes, peu importe ce qui t’atteins, ce qui t’affectes négativement, changes de voie.

Quel a été le déclic pour que tu ailles te produire dans les clubs ? Hors de l’église donc.

Robert : Je savais qu’il y avait quelque chose de plus grand à faire et transmettre vis à vis de ce que nous faisions dans notre église. Ce qu’il se passe dans l’église, ça fait maintenant des centaines d’années que ça existe. De mes arrière grands parents, mes grands parents, mes parents. Cela a toujours existé et toujours de la même manière. La “sacred steel guitar” ne prenait place qu’à l’église et nulle part ailleurs. J’ai donc décidé de sortir cela de l’église, au travers des concerts.

Ça me rappelle d’ailleurs cette fois où on a accompagné Eric Clapton en Europe. C’était notre première fois en Europe, on était jeune, on ne savait pas trop quoi faire et à l’époque les portables coûtaient une blinde. Tu en avais pour dix dollars pour un simple appel. (rires) Du coup, une fois rentrée, nos factures affichaient genre deux mille dollars. (rires)


Tu as eu des invités tels que Clapton ou Santana auparavant, y a-t-il un artiste que tu rêverais d’avoir sur un morceau ?

Robert : J’ai déjà joué avec tant de monde. Un artiste rêvé ? Ils sont tous décédés en fait. Mais là je dirais Stevie Wonder. J’aimerais bien aussi jouer avec Queen.

Hey ! Collaborer avec Drake sinon ! (rires)

J’ai joué sur des albums country, R’n’B mais pas encore hip hop et pourtant j’ai bossé avec pas mal de producteurs hip hop. D’ailleurs, peu le savent mais j’ai enregistré avec Ozzy aussi !

Comparé à une guitare classique, quel feeling as-tu de jouer sur une lap steel guitar ?

Robert : Je joue aussi la guitare classique, que ce soit sur cet album ou les précédents. Je suis juste plus à l’aise avec cet instrument (montrant la lap steel) mais c’est parfois plus pratique, par exemple en tournée, de prendre une guitare “normale” et de jouer. Ceci dit je suis plus un rythmique qu’un lead, je compose aussi pas mal avec les guitares normales.

On imagine que tu es investi dans ta communauté. Enseignes-tu la musique aux jeunes par exemple ?

Robert : Non je n’enseigne pas mais je fais des dons aux écoles de musique et aux associations locales. Je fais également des dons aux églises et je vais parfois voir et parler aux jeunes. Cependant, je suis trop TDA (ndlr : trouble déficitaire de l’attention) pour enseigner quoique ce soit. Je leur dirais juste d’aller chez eux et de répéter pendant des heures. (rires)

Autrement, qu’écoutes-tu habituellement ?

Robert : La plupart du temps : Stevie Ray Vaughan, Led Zeppelin, James Brown, The Allman Brothers, Cream, Great Van Fleet. (rires) Queen aussi, depuis peu. J’ai vu “Bohemian Rhapsody”, et c’est juste le meilleur film non ? Je détestais Queen avant, enfin, je n’aimais pas plutôt. Ce n’était pas vraiment mon délire. Mais après avoir vu le film, ça m’a simplement ébloui. Honnêtement je trouve que c’est le meilleur film “musique”, meilleur encore que celui sur Ray Charles. Comment ne pas devenir fan après avoir vu “Bohemian Rhapsody”, si en plus tu es musicien. C’était quelque chose de si spécial et ça n’arrivera jamais plus. Plus personne ne cherchera à mélanger l’opéra et le rock de cette façon. Puis ils ne faisaient pas qu’écrire des chansons, ce sont devenus des hymnes. Et elles sont toutes si différentes, c’est juste dingue.

Enfin, nous sommes “RockUrLife” donc qu’est-ce qui rock la life de Robert Randolph ?

Robert : Je ne peux pas vraiment dire. (rires) Ce qui rock ma life c’est le bon vin, le bon vin français !

As-tu eu l’occasion d’en boire aujourd’hui ?

Robert : Pas encore ! Mais ça ne va pas tarder ! Je veux manger un croissant et boire du vin avant d’aller à Londres ce soir. Je ne suis pas très fan des fish and chips. (rires)

Site web : robertrandolph.net

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