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POP EVIL (10/05/21)

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Pop Evil est de retour avec son sixième album “Versatile”, qui affiche comme objectif de mélanger et défier les genres. RockUrLife a pu discuter avec Leigh Kakaty des différentes expérimentations qui font que ce disque se démarque.

Alors, qu’est-ce que cela fait de sortir un nouvel album dans ce contexte ?

Leigh Kakaty (chant) : C’est génial, mais c’est tellement différent. Tellement fou. Et il n’y a pas de lignes directrices pour cela. On avance un jour à la fois, mais je me sens bien, je suis content de pouvoir enfin sortir cet album.

Vous aviez écrit tous les morceaux avant la COVID ?

Leigh : Nous avons fait tout avant le confinement. L’album devait sortir au printemps dernier. Maintenant on a enfin l’impression que les choses reviennent un peu à la normale. C’est excitant.

Quand on écoute votre single “Work”, c’est vraiment étonnant de voir à quel point les paroles sont pertinentes par rapport à la situation actuelle. Avec toutes les restrictions et autres contraintes que nous avons, il semble que la seule chose que nous ayons le droit de faire est de travailler.

Leigh : Totalement ! C’est fou, car toutes ces chansons ont été écrites avant la COVID. Alors maintenant qu’ils ont en quelque sorte pris forme et qu’ils prennent vie, c’est fou de se rendre compte à quel point beaucoup de ces chansons sont reliées à cette pandémie. J’espère que cet album sera une chose positive, qui pourra aider les gens à traverser cette période.


Versatile” commence par “Let The Chaos Reign”, un titre qui nous met dans le bon état d’esprit. Une chanson avec des riffs puissants et des lignes de rap inattendues. Et cela ouvre la voie à toutes tes expérimentations vocales.

Leigh : Oui, j’ai fait beaucoup de choses différentes sur cet album avec ma voix. J’ai essayé de ne pas avoir peur et de me concentrer sur le fait de m’amuser. J’ai repensé à l’album précédent et à toutes les choses que je n’aimais pas dans le processus d’enregistrement. J’ai essayé d’éviter ces situations et de ne pas nous mettre dans des positions où je n’avais pas l’impression que c’était la meilleure chose pour notre créativité. Je ne supporte pas les sessions d’enregistrement en studio. Tout est toujours une question d’argent. C’est comme si vous pouviez même aller aux toilettes sans devoir payer. Vous essayez d’être créatif et vous vous sentez toujours sous le joug d’un flingue. Nous avons adoré notre studio maison, nous faisions des démos et gardions beaucoup de premières prises lors des premières sessions. Je voulais que les fans entendent ces moments où les chansons prenaient forme et prenaient vie, et cette énergie ne peut tout simplement pas être recréée. Je pense qu’il y a quelque chose d’intimidant à finir un album ou à terminer les démos, puis à trouver un producteur qui ne sait peut-être rien de vous ou de votre groupe. Il doit enregistrer douze chansons, quatorze chansons avec le groupe et cela me semble un peu factice. Il n’y a rien de naturel dans cette expérience du début à la fin. Alors pourquoi ne pas faire les choses différemment ? Nous sommes donc retournés au studio à la maison et avons travaillé sur les effets sur la voix, les effets sur les guitares, la batterie et la basse. Nous avons pu jouer davantage avec les sons de guitare et de batterie, et c’était la clé de cet album. Cela m’a permis de revenir à mes racines poétique. Revenir à ma ma vraie voix, pas ma voix rock et développer ma capacité à rebondir vocalement. C’est ce qui fait que cet album se démarque dans notre catalogue.


Dans chaque morceau, tu continues à expérimenter avec ta voix, en utilisant différents rythmes et effets. Comme, avec “Inferno”, par exemple, tu arrives à véhiculer un sentiment si sombre et mélancolique. Quelle a été la chanson la plus difficile pour toi ?

Leigh : Je ne sais pas forcément si c’était difficile. C’était nouveau et passionnant. Pour être dans un environnement où je m’amusais plus, j’étais plus enclin à essayer différentes choses avec ma voix. Je n’essayais pas de trop réfléchir. Nous avons dû recommencer plusieurs fois certains titres pour essayer différentes choses. Dès que cela ne fonctionnait pas ou que cela devenait difficile c’est qu’il fallait prendre une autre direction. Quand nous avions l’impression de trop réfléchir sur un titre nous passions au suivant. En tout, nous avons produit trente titres démos pour n’en sélectionner que douze. Mais en ce qui concerne la perspective vocale, c’était génial d’essayer des choses différentes et de ne pas avoir peur de trop y penser.

Parfois, vous arrivez à surprendre l’auditeur. Comme avec la chanson “Fire Inside”, on entend le début de la chanson, et on s’attend à ce que la voix explose dans le refrain. Mais ce n’est pas ce que tu fais. En fait, tu fais tout le contraire. Et je pense que c’est un choix très judicieux. Comment as-tu choisi de prendre cette direction ?

Leigh : C’est une excellente question. J’aime la manière que tu as d’amener cela avec ce niveau de complexité. Différentes chansons ont besoin de choses différentes et souvent quand on pense à son back-catalogue, aux succès que nous avons eu, il devient important d’essayer différentes choses. Donc, toutes les chansons ne sonnent pas de la même façon. Nous voulons mélanger les genres. Il ne faut plus à mettre les groupes dans une catégorie. Et je pense que c’est une perspective tellement peu amusante, quand on pense aux artistes que l’on connait, nous sommes étiquetés comme du rock ou du metal et ensuite nous devons vivre dans ce genre à tout moment. Il est vraiment difficile de s’en éloigner. Et si on appartient au rock et au metal, c’est encore plus compliqué de collaborer avec d’autres artistes.

La country collabore avec le hip hop, la country fusionne avec la musique folk, le hip hop produit toutes sortes de mélanges. Je veux voir plus de rock collaborer avec le metal. Par exemple, donnez-moi quelque chose que je n’ai jamais entendu auparavant. Mais ensuite, lorsqu’on essaie un truc expérimental, les gens ne le soutiennent pas toujours. Où est l’équilibre ? Où pouvez-vous expérimenter et essayer de collaborer et de mélanger différents genres, de les mélanger avec du rock et du metal et d’obtenir des guitares essentiellement heavy ? Et où faites-vous cela en ayant le soutien des fans ? Les fans de metal et de rock sont très, très passionnés par le genre et le style et ils sont durs. Nous n’avons pas peur de prendre des risques, et les fans ne l’aimeront peut-être pas aujourd’hui, ils ne l’aimeront peut-être pas demain, mais peut-être qu’ils nous accepteront pour qui nous sommes.

J’ai grandi au Michigan, le noyau du groupe vient du Michigan et c’est un marché test, le Midwest est vraiment un marché test. Nous n’avions pas beaucoup d’argent pour grandir. C’était ennuyeux, il faisait froid au Michigan pendant six, sept mois de l’année. Donc, tout ce que nous avions à faire était aller voir des concerts. Donc s’il y avait un concert, que ce genre n’était pas ton préféré, ou que tu n’aimais pas trop le groupe tu y allais quand même car il n’y avait rien d’autre à faire. C’était toujours mieux que de rester à la maison. Nous restons très influencés par tous ces sons et ces groupes que nous sommes allés voir.


Avec cet album, tout est très versatile, c’est sûr. Vous n’hésitez pas à abolir les frontières entre les genres. Et c’est très bien. Vous avez encore des riffs lourds, mais vous avez incorporé pas mal de sons et d’effets électroniques à la guitare, mais aussi à votre voix, comme dans “Breathe Again”, ou au début de “Worst In me”. Qu’est-ce que cela fait d’entendre votre voix avec ces effets ? Et comment les avez-vous sélectionnés ? Quelle était l’intention derrière cela ?

Leigh : Nous avons adoré. On est toujours en concurrence avec nous-mêmes, à la fin de la journée, on veut toujours dépasser nos anciens albums. J’ai entendu ma voix sonner de manière naturelle depuis toujours. Donc jouer avec ma voix était un jeu. J’étais ouvert à tout. Je voulais juste créer une sorte d’émotion avec les membres du groupe. Les effets étaient une touche agréable, quelque chose de différent que nous n’avions pas entendu. Nous étions vraiment enthousiasmés par quelque chose de nouveau, de nouveau pour notre catalogue. Je sais que juste avant le début de la COVID, nous étions vraiment ravis de commencer les répétitions et de jouer ces chansons en live. Nous voulions qu’elles prennent vie et commencer à en prendre possession. C’est une chose de les écrire en studio. Une autre chose pour les jouer sur scène.

Pensez-vous pouvoir revenir à cette notion de plaisir en remontant sur scène ? Nous avons traversé et on pense que nous traversons encore une période très sombre et cela a affecté beaucoup de gens. On ne sait pas comment cela vous a affecté personnellement et les relations entre les membres du groupe. On sait que vous avez parlé de certains des gars qui retournaient au travail pour subvenir aux besoins de leur famille, pourriez-vous nous en dire plus ?

Leigh : Oui, soyons réalistes. Les gens ne comprennent pas, ils pensent que les rock stars sont millionnaires, mais cela ne marche pas comme cela. Nous avons une équipe qui compte sur le groupe. Je ne pense pas que les fans s’en rendent toujours compte. Notre équipe ce sont des personnes qui nous ont consacré leur vie pendant des années. Si nous ne jouons pas, ils ne gagnent pas d’argent. Il ne s’agit donc même pas seulement de nous. Ensuite, il y a un sentiment d’ennui complet. Nous sommes obligés de rester à rien faire. Un musicien n’a pas le droit de faire quoi que ce soit de productif pour gagner même un centime. Comment subvenir aux besoins de nos familles ? Une chanson comme “Worst In Me” est une véritable ode à notre famille et à nos amis. Ils font tellement pour nous pendant que nous essayons de vivre nos rêves égoïstement. La COVID nous a en quelque sorte mis à genoux et nous a rappelé ce qui est vraiment important, en dehors de la musique. Cela nous a donné l’occasion de faire des choses que nous avons toujours voulu faire. Mais certains d’entre nous ont dû trouver un emploi et un travail normal n’est pas quelque chose pour laquelle les gens vont embaucher un musicien.


Comment tous les membres du groupe ont-ils vécu cette période ? Vous êtes-vous soutenus mutuellement et êtes-vous restés en contact ? Comment cela a-t-il affecté les relations entre vous ?

Leigh : Nous nous sommes définitivement soutenus. Nous avons apprécié le temps loin les uns des autres. Nous avons passé tellement de temps ensemble que c’était agréable de voir d’autres personnes. Nous savons qu’une fois que nous aurons recommencé, ce sera non-stop, probablement pour rattraper le temps perdu. Ce fut une pause saine pour nous tous. Je pense que nous avions tous besoin de nous reposer. Chaque membre du groupe a bien sûr vécu les choses différemment, mais ça a été. Nous étions dans un bon état d’esprit et dans une bonne période avant la COVID. Mais depuis tout a changé. C’est une période très dévastatrice pour beaucoup de gens. Nous ne connaîtrons pas vraiment les ramifications de cette crise. Nous sommes sur le terrain et nous voyons comment cette pandémie a vraiment affecté les gens individuellement. C’est une période très sombre pour l’humanité. Qui aurait pensé que nous vivrions quelque chose comme cela ? Dans le groupe on s’est serré les coudes et on est heureux de sortir l’album.

Cela fait plaisir à entendre. Mais on suppose que c’est une période qui crée également de nouvelles opportunités. Par exemple, one ne pense pas que la vidéo animée “Work” serait sortie sans ce contexte. C’est l’occasion d’essayer de nouvelles choses.

Leigh : Oui, 100% d’accord. Nous n’avions aucune option, mais nous savions que nous devions tourner une vidéo, il n’y avait pas de meilleur moment que maintenant pour faire une vidéo animée. Nous ne pouvions tout simplement pas nous réunir, Hayley est notre batteur, elle vit au Royaume-Uni. Elle était coincée à Londres, avec les restrictions de voyage à l’étranger. Je suis aussi reconnaissant pour la vidéo de “Breathe Again”. Nous savions que nous devions être dans la vidéo d’une manière ou d’une autre, nous n’avions même pas joué ensemble depuis des mois. Nous étions donc tellement excités de faire quelque chose ensemble. Nous l’avons tourné avec un fond blanc, découpé toutes les vidéos où nous étions ensemble et cela a fait l’affaire. C’était la première fois depuis longtemps que nous étions tous ensemble, du moins les gars du groupe. Nous tournions dans le Michigan. Le Michigan a été frappé durement. Nous ne pouvions pas nous voir. Et là on parle d’une période avant l’arrivée des vaccins, c’était un exploit d’arriver à sortir un clip.

Vous n’arrêtez pas de nous surprendre avec les chansons, comme quand on lit le titre “Raise Your Flag”, on s’attend à quelque chose d’accrocheur qui vous donnera envie de lever le poing. Mais le rythme et le son de la chanson nous emmènent dans une autre direction.

Leigh : Je sais ce que tu veux dire. Le morceau parle du fait de sentir bien et fier dans sa peau. Comme dans tous ces festivals européens, vous voyez tout le monde avec des drapeaux, ce n’est pas seulement qu’ils sont fiers de leur pays, ils sont fiers de leurs racines, ils sont fiers de leur héritage. Et je pense que cette chanson, c’est un appel pour lever ton drapeau, arrêter de fuir, affronter tout. Encore une fois, le titre a été écrit avant la pandémie, et maintenant plus que jamais, cela résonne dans cette période difficile que nous devons traverser. La seule chose intéressante à ce sujet est que vous n’êtes pas seul. Tout le monde traverse la même chose dans le monde. Ce n’est pas juste un truc français, ou ce n’est pas seulement un truc américain. Nous traversons tous cela. J’adore le fait que lorsque l’on entend le titre, il y a une émotion et un processus de réflexion qui s’enclenche. Le cerveau commence à imaginer quelque chose, et finalement cela ne sonne pas comme cela. Si on commence à écouter “Breathe Again”, le titre fait penser que c’est une ballade et puis il vous frappe en plein visage avec ses sons de guitare. Avec “Raise Your Flag” on s’attend à un hymne de guitare et le morceau vous frappe d’une autre manière.


Comment vos fans ont-ils réagi aux premiers singles ?

Leigh : C’était énorme, nous n’avons pas eu ce genre de réactions depuis notre troisième album. Vous voulez proposer un mélange de trucs nouveaux et frais, mais au final, vous voulez toujours respecter ce qui vous a amené ici en premier lieu. Nous voulons respecter ce son et les trucs que les fans que nous avons aiment. Ils s’attendent à des choses et ce sixième album était un défi.

C’est votre sixième album en vingt ans d’existence, une étape importante !

Leigh : N’est-ce pas ? C’est fou, c’est une grosse année.

On espère donc que vous serez bientôt de retour sur scène. Dernière question : notre média s’appelle “RockUrLife”, alors qu’est ce qui rock ta vie, Leigh ?

Leigh : Le rock et les fans évidemment, et ma famille. Pour un groupe, les fans c’est tout ce qui compte. Il s’agit de diffuser un message positif chaque fois que vous pouvez voir cette personne sourire ou que vous voyez cet enfant sur les épaules de ses parents à votre émission et qu’ils le chantent ensemble. Qu’est-ce que cela pourrait être plus important que cela ? Il n’y a pas d’argent, pas de succès ou de renommée qui puisse vraiment voir la joie des gens se rassembler pour célébrer la musique que vous créez. Au fur et à mesure que vous vieillissez et que vous progressez dans votre carrière, cela signifie encore plus chaque année, et, vous savez, maintenant avec la pandémie, et cela nous est enlevé, j’ai juste hâte de voir ces espaces sourire en retour. Quand nous serons de retour sur scène, pour la première fois, les gens vont déjà connaître les chansons et les chanter. Cela va être un choc émotionnel. Et nous voulons certainement développer la base de fans à l’étranger, là-bas en Europe et en France également. Et j’espère que c’est la prochaine étape pour nous !

Site web : popevil.com

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Marion Dupont
Engagée dans la lutte contre le changement climatique le jour, passionnée de Rock et de Metal le soir !