Interviews

PHILM (18/11/14)

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Bien que le nouvel album de Philm soit sorti quelques mois auparavant, Dave Lombardo a tout de même pris le temps d’effectuer une petite tournée promotionnelle.

Salut Dave comment vas-tu ?

Dave Lombardo (batterie) : Je vais bien, très bien. Je suis très heureux d’être à nouveau à Paris, ça faisait un bail.

Comment était la session dédicace à Gibert Joseph ?

D : C’était cool. Il y avait pas mal de jeunes et nous avons passé un très bon moment. Après ça, j’ai eu un très bon diner.

Tu es donc présent pour la promo de Philm. L’album est sorti il y a deux mois (ndlr : au moment de l’interview), n’est-ce pas étrange de faire la promo après la sortie ? Sans doute en raison de ton emploi du temps ?

D : Tout à fait. J’aurais dû être là le mois dernier mais cela ne s’est finalement pas concrétisé.

“Fire From The Evening Sun” est un album très intense. Quelle a été votre approche musicale ? Ou bien tout fut basé sur l’expérimentation et l’imagination ?

D : Nous nous sommes appuyés sur notre imagination mais également autour des influences de chacun. Personnellement le latin jazz, le punk, le jazz m’inspirent. Que ce soit du thrash metal à la musique classique, ou du punk à l’ambiant, tout m’intéresse et m’influence. Je travaille également autour de bandes-son donc cela touche à tout. On pourrait dire que c’est un mélange de tout.

Car nous avons également l’impression qu’il n’y a pas vraiment de limite.

D : En effet, il n’y a pas de limites. Je pense d’ailleurs qu’être créatif aide le groupe à modeler son propre son donc nous n’avons pas à se limiter, par exemple “ah non je n’aime pas cela, c’est trop jazzy” au contraire je vais dire “vas-y balance” car au final, cela restera tout aussi heavy; que ce soit jazzy ou funk, peu importe, car au bout du compte, nous jouerons des titres heavy.

Y a-t-il des émotions particulières que vous souhaitiez véhiculer au travers de cet opus ? Que ce soit vous, les musiciens, et le public.

D : À vrai dire je ne me soucie pas de cet aspect-là. Cependant ce que j’aimerais leur transmettre est que nous sommes des musiciens, s’exprimant de la plus pure des façons sans qu’aucune limite ne mette en question notre musique. Je veux leur montrer que j’ai travaillé avec deux excellents musiciens et bien même leur “anonymat”, je les ai choisis car ils sont très bons dans ce qu’ils font. Et je veux tout simplement le partager avec tout le monde. Ce que nous avons fait, ce que j’ai fait, est d’être certain que notre musique était bonne à écouter, puissante et tout simplement un travail artistique réussi.

Penses-tu que l’intégration d’un quatrième musicien se posera un jour ? Un guitariste ou un claviériste, par exemple.

D : Yeah ! Des claviers ! Peut-être pas un claviériste mais quelqu’un qui puisse apporter des sons habillant l’ensemble, comme un backdrop. Tout ce que l’on entend sur le CD est réalisé en live même “Corner Girl”, le dernier titre. On utilise des percussions et j’ai utilisé des bongos et plein d’autres instruments. Nous pouvons donc les jouer live mais cela ne sonnera pas exactement comme en studio, on se dirige plus vers une variante, une version revue.

Quelles ont été les étapes les plus difficiles à réaliser ? Durant l’écriture/enregistrement/mixage/mastering.

D : Trouver une maison de disque ! (rires) Ce fut difficile. Autrement je pense que le mixage était un peu pénible car nous avions deux à trois mixs différents et nous n’étions satisfaits qu’avec le dernier en date. Mis à part ça, toutes les autres étapes se sont passées sans encombre.

Combien de temps avez-vous mis pour réaliser l’album ?

D : Lors de l’enregistrement du premier album, nous composions déjà pour le suivant à savoir “Fire From The Evening Sun”, ce qui est assez inhabituel au fond. Après avoir sorti “Harmonic” (2012), nous avons immédiatement attaqué ce second opus. Durant l’enregistrement du deuxième album, nous avons composé entre sept et huit nouvelles chansons pour le prochain album. Nous avons déjà de la matière pour le disque suivant ! Six titres sont déjà enregistrés, deux nécessitent encore quelques prises et nous avons donc encore deux titres à composer d’ici là.

Quels sujets abordez-vous ? Comme avec “Omniscience”, “Luxhaven”, “Fanboy”…

D : La mort, le meurtre, Satan. Quoi d’autre ? Les démons, les sorcières… (rires) A vrai dire, c’est une question plus destinée à Jerry. Jerry a écrit toutes les paroles et c’est un personnage très intéressant, un mec tripant. D’ailleurs son surnom est : Satellite car il plane sans cesse. (rires) Il a beau être comme ça, cela ne remet pas en question ses qualités de guitariste. “Omniscience” par exemple, je ne sais pas du tout de quoi ça parle (rires), il faudrait que je lise les paroles, chose que je n’ai pas encore faite. (rires) Néanmoins je sais que beaucoup de chansons évoquent les femmes. Jerry écrit beaucoup à ce sujet, ce qui ne me dérange pas, il n’y a rien de mal à ça. (rires)

Les concerts mènent-ils votre musique vers un tout autre niveau ? Y a-t-il plus d’improvisation ?

D : Tout à fait, le groupe est différent sur scène. Nous jouons tous les titres figurant sur l’album et quelques-unes du premier, selon le public que nous avons en face de nous. Si nous ouvrons pour un groupe de heavy, alors nous jouerons les morceaux les plus heavy, si le groupe propose une variété plus importante dans sa musique, alors nous jouerons d’autres titres. Nous sommes plus puissants sur scène et cela tend vers un niveau différent, bien entendu. Il faut vivre notre musique lors de nos lives, c’est pourquoi je veux prendre la route avec ce groupe. J’estime que les fans ont besoin de vivre ça avec cette formation. On peut en effet avoir plus de liberté mais nous évitons cela. Les fans veulent entendre des titres bien heavy donc nous n’allons pas jouer moultes solo ou quoique ce soit d’autre. Cependant si nous jouons avec un groupe de jazz, alors on peut naturellement improviser toute la soirée.

Quels titres pourraient définir et cerner ce nouvel opus et pourquoi ?

D : “Corner Girl”, “Omniscience”, “Lion’s Pit” et “Train”. Elles sont toutes différentes les unes des autres et à leur façon.

Tu travailles également sur des bandes-son pour des séries TV ou des films. En feras-tu davantage à l’avenir ?

D : J’y compte bien en effet. J’ai pour le moment terminé tous les projets sur lesquels je travaillais et aucune nouveauté n’est à signaler pour l’instant. Ma collaboration pour le film “Insidious 3” avec Joseph Bishara, a récemment pris fin, c’était vraiment passionnant.

Comment t’es-tu retrouvé dans ce milieu-ci de la musique ?

D : A force de rencontrer des gens et d’entretenir des relations, comme par exemple avec mon pote Tyler Bates. Il a composé et travaillé pour “300”, “The Watchmen”, “Guardians Of The Galaxy” et plein d’autres films. Nous sommes amis depuis de nombreuses années maintenant et un jour il m’a demandé de bosser sur “Californication” et une autre série. De là, un autre ami qui travaille chez Disney, dans l’animation m’a demandé de participer pour la musique d’un cartoon. Puis j’ai travaillé le film “House Of Shock” qui va bientôt sortir; c’est un documentaire autour d’une maison hantée en Nouvelle-Orléans. Une personne m’a présenté Joseph etc. comme “hey tu dois vraiment bosser avec Lombardo, il fait des bandes-son aussi”.

Quelles sont les différences, dans l’approche, que ce soit pour du thrash metal, Philm et donc les bandes-son ?

D : Dans le cas de bandes-son, il faut travailler en collaboration avec le compositeur. Celui-ci m’appellera un jour et me dira “Dave j’ai besoin d’une batterie pour tel film, si jamais ça te dit”. Je vais donc en studio, il m’envoie également les partitions afin que déterminer les passages où il a besoin de moi ou alors je vais en studio sans avoir aucune information, comme pour “Insidious 3”. J’arrive et il me dit “ok donc j’ai besoin de huit parties” mais il m’indiquera bien évidemment ce qu’il attend de moi “j’ai besoin de cymbales, mais en douceur” pour créer quelque chose d’effrayant ou bien autre chose etc. Je suis très à l’aise lorsqu’il s’agit d’interpréter ce que le compositeur souhaite, comme si je pouvais parler et communiquer avec ma batterie; être heureux, triste, agressif. Je ne sais pas si tout batteur peut effectuer ce travail-ci car c’est très très différent des choses habituelles. Mais c’est également beaucoup de fun et de plaisir ! La semaine passée, pour “Insidious 3”, il y avait deux violons, un violoncelle et un alto dans un studio, moi dans un autre et Joseph nous guidait tous avec les mouvements de ses mains, créant quelque chose d’unique, c’était très intéressant.

Y a-t-il encore des projets que tu souhaiterais parachever en tant que musicien/batteur ?

D : Oui ! D’ailleurs je les réalise en ce moment même en travaillant en compagnie de différents musiciens et artistes, quel que soit leur style, essayant d’y apporter de nouvelles choses à l’image d’un scientifique qui tente d’associer différents éléments/produits.

Y aura-t-il une tournée ? Si oui, quelles sortes de groupes pourraient coller à votre style ? Car il est assez compliqué de vous définir musicalement.

D : Ouais, quelqu’un m’a dit Porcupine Tree, un autre Monster Magnet dans un registre stoner rock. Je ne sais pas vraiment, il y a beaucoup de groupes et beaucoup de journalistes me donnent de bonnes idées. Cela démontre également le niveau des musiciens car nous pouvons aller d’un style à un autre et c’est important pour nous.

Qu’as-tu écouté dernièrement ?

D : Qu’ai-je écouté ? Brian Eno, dont la musique est très ambiante, ça m’inspire pas mal d’ailleurs. Bien que parfois il n’y soit pas de batterie du tout, j’aime beaucoup. J’ai également acheté le dernier album des Pink Floyd mais aussi “Axis: Bold As Love” de Jimi Hendrix en vinyl bien évidemment, j’ai hâte de rentrer afin de les écouter.

Quels conseils pourrais-tu donner aux jeunes groupes ?

D : Laissez tomber, oubliez. (rires) A vrai dire, si tu aimes la musique, tu ne devrais jamais arrêter d’en jouer, que ce soit dans ta chambre avec la musique en fond, peu importe, ça fait du bien, c’est sain. Que ce soit la batterie ou la musique en général, il ne faut jamais laisser tomber ça de côté. J’entends tellement de musiciens sans cesse dire “oh je jouais de la guitare mais ce n’est plus le cas maintenant” pourquoi donc ? Pourquoi avoir arrêté ? Même si tu n’es pas un musicien professionnel, cela reste tout aussi magnifique et cool de jouer avec un groupe de potes. Pour tous ceux qui souhaitent percer dans le milieu, il faut avant tout apprendre comment tourne et fonctionne ce business. Apprendre et comprendre l’industrie de la musique, c’est très important. Car si tu ne saisis pas son mode de fonctionnement, tu pourrais être confronté à de sérieux ennuis. Apprendre et comprendre le business est tout aussi important que la maitrise de ton instrument de musique.

Sinon, prêt pour Motörhead ce soir au Zénith ?

D : Oui ! Je viens tout juste de croiser Lemmy ! Ça fait un moment que je ne les ai pas vus donc j’attends ça avec impatience !

Enfin : nous sommes “RockUrLife” donc qu’est-ce qui rock la vie de Dave Lombardo ?

D : Jouer dans un groupe, j’adore ça, jouer en compagnie de musiciens, d’artistes. Quoi d’autre ? Voyons voir. J’aime conduire; prendre la route les dimanches ou parfois durant la semaine, juste conduire, mettre un peu de musique. J’adore aller à la plage, faire du skateboard, j’en fais d’ailleurs pas mal. Me poser à la plage, relaxer les pieds dans le sable. Quoi d’autre ? J’adore cuisiner ! Je suis un chef ! (rires) J’a-d-o-r-e cuisiner !

Quelle est ta meilleure recette ?

D : Je fais un très très bon “arroz con pollo” qui est un plat à base de poulet et de riz mais à la cubaine. Je prépare également d’excellents petits-déjeuners, un très bon café. Mon Dieu, mon café est incroyable ! Mes capuccinos aussi d’ailleurs !

As-tu déjà eu l’idée d’ouvrir un petit restaurant ? Comme Nicko McBrain (Iron Maiden)

D : Ouais ça pourrait être très sympa ! Cependant ça demande beaucoup de travail et je ne sais pas si j’aurais le temps de gérer un restaurant. Mais l’idée me plait beaucoup.

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