Interviews

PAPA ROACH (23/10/14)

English version

A l’occasion de la sortie prochaine de “F.E.A.R”, l’équipe de RockUrLife a eu l’opportunité de s’entretenir avec Jacoby Shaddix et Tobin Esperance de Papa Roach, respectivement chanteur et bassiste de la formation américaine, au Hard Rock Café de Paris, où s’était également tenu une conférence de presse le soir même.
 

Premièrement, comment ça va ?

Jacoby Shaddix (chant) : Bien. Vous êtes notre première interview de la journée, alors on se réveille en douceur !

Vous revenez avec un nouvel album intitulé “F.E.A.R.”. Pourquoi avoir choisi ce titre ?

J : La peur est une chose que l’on rencontre tous dans nos vies sans pour autant en avoir le choix. C’est ce que l’on fait de cette peur qui importe. Chaque jour, on doit se lever et faire de notre mieux pour surpasser nos peurs, parce que si on ne le fait pas, elles peuvent commencer à nous jouer de sacrés tours. C’est un véritable fléau qui empêche beaucoup de personnes de faire des choses extraordinaires. La peur est un de ces sujets omniprésents dans nos quotidiens, et on pensait que ça serait une bonne pièce maîtresse pour ce disque. Il parle de comment on gère la peur, et comment, en surmontant cette peur, je suis devenu une meilleure personne.

Vous avez travaillé avec Kevin Churko pour produire cet opus. Comment en êtes-vous arrivés à collaborer avec lui, et comment était-ce ?

Tobin Esperance (basse) : C’était une recommandation. Je ne connaissais pas grand-chose de lui avant que notre manager nous parle de ce mec qui a fait quelques albums avec des groupes comme In This Moment. On est plutôt le genre de groupe à travailler avec des producteurs différents : à chaque nouvel album, on change et on en choisit un nouveau. Kevin semblait être la bonne personne pour bosser sur “F.E.A.R.”, ses albums sonnaient vraiment bien. On l’a rencontré plusieurs fois, lui et son fils travaillent ensemble. Il y a ce studio à Las Vegas dans lequel on hésitait à travailler au premier abord, parce qu’on ne voulait pas vraiment aller dans cette ville. On a notre propre studio à Sacramento, et on aurait préféré pondre l’album là-bas, mais il voulait travailler dans son propre studio, alors on lui a dit “Tu sais quoi ? Tant qu’on se tient éloignés du Strip et qu’on se concentre sur la réalisation de l’album, ça nous va”. On est arrivés là-bas et tout s’est bien passé. C’était juste du travail, du travail et encore du travail.

J : On n’est pas allés à Vegas pour faire la fête.

T : Effectivement, on n’a pas fait la fête à Vegas du tout. Il y avait une maison dans laquelle on vivait tous ensemble, et le studio y était installé. On faisait des allers-retours entre la maison où l’on travaillait sur quelques morceaux et le studio, toujours en train de travailler de manière constante.

 

 

Quel était le processus créatif ? Avez-vous d’abord composé la musique ou les paroles ?

J : Le processus créatif était la musique en premier, les paroles en second.

T : On est arrivés au studio avec quasiment rien d’écrit…

J : J’avais seulement un refrain. Habituellement, on se pointe avec cinq, six, sept démos de chansons, mais cette fois, on avait nada.

“F.E.A.R.” commence avec “Face Everything And Rise”, qui est le premier single officiel. Rien que le titre de la chanson et les paroles nous indiquent que cet album risque d’être plus positif que le dernier en date, “The Connection” (2012). Pouvez-vous l’expliquer ?

J : C’est intéressant la manière dont on a atterri à Vegas. C’est la scène du crime, là où j’ai accompli quelques-unes des plus grosses erreurs de ma vie, et pour une raison qui m’est inconnue, j’étais supposé revenir à Vegas et retenter ma chance. On est allé là-bas et c’est de là qu’est venu le “angels keep falling from the sky / I’ll take their broken wings and learn to fly” du refrain. Les erreurs passées servent à apprendre et grandir. Je suis passé par des phases très sombres dans ma vie, et j’ai pris ces moments pour les incorporer dans la musique. Ces situations sont les choses auxquelles je peux m’identifier, comme peuvent le faire beaucoup d’autres dans ce monde, ce qui m’a permis de sentir que je faisais quelque chose qui allait beaucoup plus loin que ma propre personne. Il y a définitivement de l’espoir dans cet album. Il y a aussi des plumes dans le clip, elles représentent l’espoir et le courage. Ces valeurs sont également évoquées dans l’artwork, c’est un thème récurrent au sein du disque.

 

Une chose remarquable à propos de “F.E.A.R.” est la musique elle-même, qui se veut technique, entraînante et efficace, comme par exemple le riff de guitare et de basse dans “Broken As Me”. Tobin, comment te sont venues les idées pour ce nouvel album ?

T : C’était un peu différent pour cet album sachant que l’on était supposés jammer et trouver des pistes pour de futurs morceaux sur le tas. Il y a eu un effort de collaboration, car nous vivions ensemble et mon frère était aussi là, à nous aider dans tout ce que l’on faisait. Il a eu de l’influence et contribuait à sa manière en nous faisant part de son avis quant à ce que nous composions ou ce qu’on devait composer, que ce soit des riffs ou des idées plus générales. C’était bénéfique d’avoir un avis extérieur. Avec cette chanson plus particulièrement, il nous a aidés à trouver le bon équilibre. Habituellement, je ne me concentre jamais sur ce que la guitare fait, mais sur le rendu global de la chanson. Je ne veux pas jouer au bassiste individualiste et clinquant… L’important est la musique en tant que processus créatif et effort collectif.

 

 

 

Jacoby, sur la majorité des albums, on retrouve toujours au moins une chanson concernant ta femme, comme dans “Love Me Till It Hurts” dans le cas de ce nouvel effort. Quelle influence ont l’amour et la famille dans tes écrits ?

J : Ma femme et moi-même avons une manière tordue de s’aimer : on s’aime dans les moments difficiles et les mauvaises phases. Elle perçoit quelque chose en moi que je ne vois pas parfois. J’en suis reconnaissant. J’ai une épouse géniale, une femme merveilleuse, une de mes meilleures amies, mais je pense qu’il est important de toujours incorporer des éléments de ta vie dans la musique, c’est la raison pour laquelle je joue du rock n’roll. Je le fais car ça me permet d’être émotif. Je suis une personne très créative et sensible, et pour moi, former un groupe de rock était la meilleure chose à faire. C’est la raison pour laquelle Dieu m’a mis au monde. J’ai trouvé ma destinée à un âge précoce, je me suis lancé à corps perdu et je vis maintenant mon rêve.

Il y a une très bonne chanson qui a attiré notre attention: “Gravity”. C’est la septième piste de l’album, en featuring avec Maria Brink de In This Moment, dans laquelle tu allies chant et rap, comme tu le faisais dans les premiers albums de Papa Roach. Comment en êtes-vous arriver à cette chanson, et comment avez-vous commencé à travailler avec Maria ?

J : Oh, merci ! Pour la petite histoire : Jerry était en train de bosser sur cette chanson et je l’ai entendu au travers du mur, je suis rentré dans la pièce et elle avait ce petit truc émouvant, quelque chose auquel j’arrivais à m’identifier. A chaque fois que l’on compose un titre qui se détache des autres et qui est différent mais efficace, on sait que l’on doit approfondir le morceau en question. La même chose s’est passée pour “Scars”, c’était différent et ça nous a parlé. Donc, j’ai juste voulu pousser l’originalité plus loin et faire quelque chose de spécial en revenant au rap. Tobin et Jerry m’ont dit : “Ecoute mec, si tu veux rapper sur celle-là, t’as intérêt à nous faire pleurer.” (rires). Alors j’ai fait de mon mieux. Je me suis inspiré de l’obscurité qui assombrit la relation avec ma femme parfois et l’ai mise lyriquement dans la chanson afin de l’utiliser comme témoignage pour des gens qui ont pu être dans la même situation, ou qui le sont toujours. Ma femme et moi sommes passés par beaucoup d’obstacles, mais grâce à ça, on en est devenus meilleurs. C’est un morceau qui parle de passer de l’obscurité à la lumière, et avoir Maria sur ce titre était génial. In This Moment étaient au studio en train de travailler avec Kevin en même temps que nous, donc le timing était parfait.

Et quelle est la chanson que vous préférez sur cet album ? Pourquoi ?

T : J’adore “Falling Apart” parce que le couplet a cette rythmique un peu décalée, puis le refrain arrive, c’est très joli. Bizarrement, ça reste tout de même très heavy et progressif. Il y a ce petit plus dans la mélodie, ça met en valeur ce sens assez touchant de la spiritualité et de l’espoir que l’on a essayé de développer dans cet opus. Ça te fait ressentir toutes ces choses à la fois, et tu veux headbanger, sauter en l’écoutant.

J : Je te rejoins pour cette chanson. Elle est très dynamique. Le couplet, le refrain et le bridge nous emmènent vers trois endroits différents, mais d’une certaine manière, ils vont très bien ensemble.

T : Quand Jacoby nous a présenté la mélodie vocale et les paroles qu’il avait trouvé, j’étais là : “Il y a quelque chose d’original sur celle-là, on dirait que tu t’exprimes différemment par rapport à ce que tu fais habituellement pour les autres refrains.”

J : Elle est entraînante et elle envoie !

 

 

Votre style a justement évolué au fil des différents albums. Qu’auriez-vous à dire aux personnes qui préfèrent “l’ancien Papa Roach” ?

J : Ecoutez l’ancien Papa Roach !

T : Je pense que cet album possède plus d’intensité et d’énergie que les premiers. Il y a une bonne poignée de riffs puissants, ce que l’on faisait au premier album, plus toutes sortes de mélanges différents, ce qui résume bien la manière dont on aime composer maintenant. On a pris une multitude d’influences et on les a associées avec ce que l’on faisait dans le passé.

J : Aux personnes qui préfèrent ce que l’on faisait avant: vous devez voir la carrière d’un groupe comme si c’était un film. Il se trouve que l’on est juste au commencement. Vous êtes fan du groupe ou vous ne l’êtes pas ? Vous aimez seulement le début du film mais pas la fin ? L’évolution fait juste partie du déroulement logique d’une vie dédiée à la création. En plus, on joue nos vieux titres en live !

T : Les vieux titres sont toujours aussi fous en concert, mais tout ce que nous ferons dans le futur sera une capture instantanée de qui nous sommes à ce moment précis.

En parlant de live, vous avez joué au Warped Tour il y a une quinzaine d’années. A cette période, la foule semblait pouvoir s’amuser autant qu’elle le désirait. Cependant, les temps ont changé: le mosh ou le crowdsurf y sont maintenant interdits. Que pensez-vous de tout ça ?

J : (rires aux éclats) Ça ne dissuade absolument pas les gens !

T : Ce que j’ai le plus remarqué, c’est qu’à l’époque où l’on jouait au Warped Tour, il n’y avait pas de téléphones portables ou de personnes essayant d’enregistrer le set. Le concert était juste dingue. Quand les gens se blessent, ils portent plainte, et la technologie l’emporte à présent. Ce ne sont rien d’autre que de bonnes excuses pour empêcher la foule de passer un bon moment.

J : Il n’y a pas de meilleur show qu’un show de P.Roach ! Ce genre de règle est la raison pour laquelle on ne participera plus à cette tournée. Honnêtement, tout ça vient sûrement des promoteurs qui essaient de se protéger. Si quelqu’un se blesse, ils diront “on leur avait dit de ne pas mosher ! Ça ne relève pas de notre responsabilité !”. Les gens aiment déposer des plaintes… On en a reçu certaines.

Vraiment ?

J : Oui ! Par nos propres fans, dans notre ville natale. Merveilleux. (rires)

Qui dit nouvel album dit nouvelle tournée. Avez-vous déjà pensé aux nouveaux morceaux qui se retrouveront dans la setlist ?

J : Tous les titres peuvent être géniaux en live. Period.

T : On médite là-dessus tous les jours. On a aussi parlé de jouer “F.E.A.R.” en entier, ou le tout premier LP à un festival, du début jusqu’à la fin. On pense à toutes sortes d’idées parce que l’on aimerait faire quelques surprises en 2015. Oh et, on va jouer des nouvelles compos sur cette prochaine tournée.

 

 

D’ailleurs, qu’est-ce qui vous a attiré vers la scène alternative plutôt qu’une autre ?

J : J’ai envie de dire que c’est dans notre sang ! C’est ce que l’on fait, ce avec quoi on a grandi. On écoutait tous styles de musique, mais ce qui nous a tous rapprochés était l’immense culture derrière la musique rock.

Et quels étaient vos groupes préférés lorsque vous étiez ados ?

J : Red Hot Chili Peppers, Faith No More.

T : Pas mal de groupes à la Helmet, ou les formations pop punk comme Fugazi, Bad Religion ou Social Distortion. Faith No More, Red Hot Chili Peppers, Rage Against The Machine, Nine Inch Nails ou encore Korn étaient ceux que l’on écoutait beaucoup lorsque l’on était au lycée. Deftones a aussi été un groupe que l’on admirait, on les regardait jouer en se disant “un jour, on obtiendra un contrat, on sortira un album…”

J : (blague) “… on sera aussi cool qu’eux !”

T : Tout ce qui s’est fait au début des années 90 a également forgé notre identité et nous a permis de comprendre que le rêve pouvait devenir réalité.

On suppose que vous avez partagé l’affiche avec certains de ces groupes depuis !

T : Exact !

J : Il y avait notamment ce show en Nouvelle-Zélande avec Faith No More, j’étais aux anges.

 

 

Si l’on voulait avoir une meilleure idée de qui vous êtes, quels bouquins devrions-nous lire ou films devrions-nous regarder ?

J : (pause) Je dirais “The Dirt” de Mötley Crüe, quatrième chapitre.

T : (rires)

J : Ensuite j’irai chercher la Bible dans mon étagère, la lire pendant trois minutes, puis regarder “Pulp Fiction”.

T : Ou “Fight Club”.

J : “Fight Club” ! C’était une grosse influence.

T : C’est une bonne question… Peut-être un film de John Waters ?

Y-a-t-il un livre ou un film que vous avez lu/regardé récemment et que vous recommanderiez ?

J : Tous les films que j’ai vu récemment était nazes au possible. Ma femme se charge de choisir les films que l’on regarde et… Errrghhh…

T : (rires) J’ai personnellement vu de bons films : “Boyhood” et “Mud”. Ce sont des films indie assez simples, rien de très artsy.

J : Il y a aussi ce film, “Chef”. Vous l’avez en France ? Il est cool. Ou “Irréversible” ?

T : (rires)

J : Il est complètement pété…

 

 

Pour conclure, notre site s’appelle “RockUrLife”. Qu’est-ce qui rock vos vies ?

T : Ma famille rock ma vie.

J : (rires) Pour de vrai mec ? –  Ma femme, mes enfants, la musique, les fans, la spiritualité.

T : M’entraîner, aller dehors et courir ou faire de la randonnée, tout ce qui contribue à me faire transpirer.

J : Faire du sexe avec ma femme, ça ça rock ma vie.

 

Site web : paparoach.com